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Poésie

Posts Tagged ‘style’

Parler (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



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Parler —

Art de laisser filer la sonde dans la profondeur
que ne peut soupçonner l’homme de surface, l’homme actif, psychique.
Car nous, riverains ou nageurs,
toujours nous péririons dans l’ignorance de l’altitude sous nous,
sans la parole qui opère à tout instant le sondage pour nous,
et qui ainsi est notre profondeur,

Ecrire, c’est écrire malgré tout.
Comme une barque assemblée contre l’Océan sans mesure
— et la barque tire sa forme de l’Enorme qu’elle affronte en craignant la défaite,
et différents sont les esquifs autant que les ports d’un pôle à l’autre —
ainsi le style est ajointement malgré tout, manière de se jeter à cœur perdu mesure de l’immense;
et chacun reçoit figure de l’aspect que montre l’Elément où de son côté il se trouve jeté,
de la terreur déterminée que lui inspire l’indéterminé.

Faire front dans le tumulte pour m’y tenir à flot, quelque temps, sur l’inconnaissable.
—La phrase, ligne de flottaison.

(Michel Deguy)

Illustration: Hokusai

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BOULDERS (Patricia Nolan)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2018



 

Sergey Smirnov (2)

BOULDERS

Boulders, pub de brousse
à huit kilomètres de Tulbagh
au bout d’une route goudronnée.
Cabane en bois
dotée d’une table de billard
et de deux télévisions géantes.
Tu l’as encore loupé,
tu grognes. Si seulement
tu me disais quelque chose
du style, j’ai quelque chose
d’important à te dire.
Écoute-moi s’il te plaît.
D’un seul coup tu auras
toute mon attention.
Ne sais-tu pas que les femmes
feraient n’importe quoi
pour faire parler les hommes

(Patricia Nolan)

Illustration: Sergey Smirnov

 

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Le ciel est le joueur (Omar Khayyâm)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

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Le ciel est le joueur, et nous, rien que des pions.
C’est la réalité, non un effet de style.
Sur l’échiquier du monde, il nous place et déplace,
Puis nous lâche soudain dans le puits du néant.

(Omar Khayyâm)

 

 

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Pour combattre ma tendance au silence (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Illustration: https://wordart.com/
    
Pour combattre ma tendance au silence (comme on dit « tendance au suicide »),
il n’y avait que des mots, rien que des mots pour m’en sortir.

Les mots m’ont appris à reconnaître les choses, les arbres, les fleurs,
les styles d’architecture, les individus, les attitudes et même les rêves.
Ainsi, les mots m’ont-ils appris à dessiner.

Ce sont mes seuls maîtres, ils me tiennent éveillé, comme des vigiles.
J’ aimerais pouvoir m’en défaire. Mais ce n’est pas possible.

Ils existent sans moi, impavides et dominateurs.
Ce sont les souverains du silence.

(Alain Jouffroy)

 

Recueil: Être-Avec
Traduction:
Editions: De la Différence

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Il ne faut pas travailler tout le temps (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration: René Baumer
    
Il ne faut pas travailler tout le temps.
Il faut prendre des temps,
prendre son temps.

Il faut digérer. Oui.
C’est dans la digestion des connaissances
que réside le talent.

L’essentiel est de n’avoir pas de minutes vulgaires ou insignifiantes.
Ennuyez-vous.

Car ce jour-là vous prendrez un porte-plume et un papier
et vous ferez peut-être un chef-d’oeuvre.
Tout est dans la qualité de l’ennui.

Aimer les mots. Aimer un mot.
Le répéter, s’en gargariser.
Comme un peintre aime une ligne,
une forme, une couleur.

Autour d’un mot se coagule une phrase, un vers, une strophe, une idée.
Ah ! quel beau mode d’extériorisation !
Et extérioriser, c’est tout!

Sans doute par la quantité d’idées, de sentiments qui se sont incendiés pour la produire
ou bien parce qu’elle s’attache à un pivot qui n’est pas en vous.

Je crois que les œuvres très extériorisées sont très rares.
Le style c’est d’extérioriser!

(Max Jacob)

 

Recueil: Conseils à un jeune poète
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le vers est partout dans la langue (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



    

Le vers est partout dans la langue où il y a rythme,
partout, excepté dans les affiches et à la quatrième page des journaux.

Dans le genre appelé prose, il y a des vers,
quelquefois admirables, de tous rythmes.

Mais en vérité, il n’y a pas de prose :
il y a l’alphabet et puis des vers plus ou moins serrés :
plus ou moins diffus.

Toutes les fois qu’il y a effort au style,
il y a versification.

(Stéphane Mallarmé)

 

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APRÈS NOUS (Jean-Luc Caizergues)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    
APRÈS NOUS

Je sélectionne
j’épure
un mot ici
une phrase là
aucun style
ni imagination
je n’écris pas
je copie

(Jean-Luc Caizergues)

 

Recueil: La plus grande civilisation de tous les temps
Traduction:
Editions: Flammarion

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Au jardin du Sud (Li Ho)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Au jardin du Sud

Chercher son style, cueillir ses phrases, quel vieux scrutateur de vermisseaux!
La lune matinale, devant le store, s’accroche comme un arc de jade.
Ne voyez-vous pas, d’année en année, sur les hautes mers,
La littérature pleurer son sort dans le vent d’automne?

(Li Ho)

 

 

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AURELIA (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



30 juillet. L’archipel s’est fait excentrique – aujourd’hui,
pour la première fois depuis des années, l’eau
grouille de méduses, elles progressent avec calme
et avec douceur, elles appartiennent à la même
compagnie maritime: AURELIA, elles dérivent comme
des fleurs après des obsèques en mer, lorsqu’on les
retire de l’eau, elles perdent toute forme comme si
l’on tirait de l’ombre une indicible vérité qui se
formulait en gelée amorphe, elles sont en fait
intraduisibles, elles ne peuvent que rester dans leur élément.

2 août. Quelque chose voudrait être dit, mais les mots
ne suivent pas.
Quelque chose qui ne peut être dit, aphasie,
il n’y a pas de mots, mais peut-être un style…
Il arrive qu’on se réveille la nuit
et qu’on jette très vite quelques mots
sur le papier le plus proche, dans la marge d’un journal
(les mots rayonnent de significations!)
mais le matin : les mêmes mots ne veulent plus rien
dire, des gribouillis, des lapsus.
Ou les fragments du grand style nocturne qui nous
aurait frôlés ?

(Tomas Tranströmer)

 

 

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PSAUME (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2016



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PSAUME

Personne ne nous repétrira de terre et de limon,
personne ne bénira notre poussière.
Personne.

Loué sois-tu, Personne.
Pour l’amour de toi nous voulons
fleurir.
Contre
toi.

Un rien
nous étions, nous sommes, nous
resterons, en fleur :
la rose de rien, de
personne.

Avec
le style clair d’âme,
l’étamine désert-des-cieux,
la couronne rouge
du mot de pourpre que nous chantions
au-dessus, au-dessus de
l’épine.

***

Psalm
Niemand knetet uns wieder aus Erde und Lehm,
niemand bespricht unseren Staub.
Niemand.

Gelobt seist du, Niemand.
Dir zulieb wollen
wir blühn.
Dir
entgegen.

Ein Nichts
waren wir, sind wir, werden
wir bleiben, blühend:
die Nichts-, die
Niemandsrose.

Mit
dem Griffel seelenhell,
dem Staubfaden himmelswüst,
der Krone rot
vom Purpurwort, das wir sangen
über, o über
dem Dorn.

(Paul Celan)

 

 

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