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RANCOEUR LASSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



 

RANCOEUR LASSE

Malgré sa folle trahison
N’est-elle pas encor la même ?
La fierté n’est plus de saison.
Je l’aime.

Je sais qu’elle reste, malgré
D’impurs contacts, vierge éternelle,
Qu’aucun venin n’a pénétré
En elle,

Marbre trop charnel qui subit
Toutes souillures, mais les brave ;
Puisque la pluie, en une nuit,
Le lave.

Même au temps des premiers regards,
Je la savais vaine et perverse.
Mais l’âme aux menaçants hasards
Se berce.

Fermant les yeux, je me livrais
À sa suavité malsaine,
Pensant bien que j’en porterais
La peine.

Mordu, mourant, d’avoir serré
Sur ma poitrine la panthère,
J’en veux rester fier, et saurai
Me taire

Ce mois d’avril, je veux bannir
De mon coeur les rêves moroses.
Je veux orner son souvenir
De roses.

Et je reprends la liberté
D’adorer sa grâce suprême.
Tel que j’étais je suis resté.
Je l’aime.

(Charles Cros)

Illustration: Victor Bauer

 

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Les lampes brûlent dans chaque maison (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



 

 

Les lampes brûlent dans chaque maison,
ô aveugle ! et tu ne peux pas les voir.
Un jour tes yeux, soudain, s’ouvriront,
et tu pourras voir : et tomberont de toi les chaînes de la mort.

Il n’y a rien à dire ni à entendre ;
Il n’y a rien à faire :
c’est celui qui est vivant, quoique mort,
qui jamais plus ne doit mourir.

Et parce qu’il vit solitaire, le Yogi dit
ma demeure est loin d’ici.
Ton Seigneur est proche :
et pourtant pour le découvrir tu grimpes au haut du palmier.
Le prêtre Brahman va de porte en porte
afin d’initier chacun
Hélas ! la fidèle source de vie jaillit près de toi,
et tu exiges une pierre pour l’adorer.

Kabîr dit : Quels mots exprimeraient
la suavité de mon Seigneur. Yoga
et la récitation des rosaires, vertus
et vices — tout cela n’est rien devant Lui.

***

Lamps burn in every house,
O blind one ! and you cannot see them.
One day your eyes shall suddenly be opened,
and you shall see : and the fetters of death will fall from you.

There is nothing to say or to hear, there is nothing to do :
it is he who is living,
yet dead, who shall never die again.

Because he lives in solitude, therefore the Yogi says
that his home is far away.
Your Lord is near :
yet you are climbing the palm-tree to seek Him.
The Brahman priest goes from house to house and initiates people into faith :
Alas! the true fountain of life is beside you,
and you have set up a stone to worship.

Kabîr says : « I may never express how sweet my
Lord is. Yoga and the telling of beads, virtue
and vice — these are naught to Him. »

(Kabîr)
 

 

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Mon bien-aimé est frais et vermeil (Le Cantique des cantiques)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017



illustration-marc-chagall-amour

LA BIEN-AIMÉE

Mon bien-aimé est frais et vermeil,
il se reconnaît entre dix mille.
Sa tête est d’or, et d’un or pur ;
ses boucles sont des palmes,
noires comme le corbeau.
Ses yeux sont des colombes,
au bord des cours d’eau se baignant dans le lait,
posées au bord d’une vasque.
Ses joues sont comme des parterres d’aromates,
des massifs parfumés.
Ses lèvres sont des lis ;
elles distillent la myrrhe vierge.
Ses mains sont des globes d’or,
garnis de pierres de Tarsis.
Son ventre est une masse d’ivoire,
couverte de saphirs.
Ses jambes sont des colonnes d’albâtre,
posées sur des bases d’or pur.
Son aspect est celui du Liban,
sans rival comme les cèdres.
Ses discours sont la suavité même,
et tout en lui n’est que charme.
Tel est mon bien-aimé,
tel est mon époux, filles de Jérusalem.

(Le Cantique des cantiques)

Illustration: Marc Chagall

 

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Les bois se taisent et les fleuves… (Torquato Tasso)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Les bois se taisent et les fleuves…

Les bois se taisent et les fleuves
Et la mer sans vagues repose;
Dans leurs grottes, les vents connaissent paix et trêve
Et au sein de la sombre nuit,
La blanche lune a répandu son grand silence;
Et nous deux, nous tenons cachées
Nos suavités amoureuses:
Qu’Amour ne parle ni ne souffle,
Muets soient nos baisers et muets nos soupirs.

***

Tacciono i boschi e i fiumi…

Tacciono i boschi e i fiumi,
E’l mar senza onda giace,
Ne le spelonche i venti han tregua e pace,
E ne la notte bruna
Alto silenzio fa la bianca luna;
E noi tegnamo ascose
Le dolcezze amorose.
Amor non parli o spiri,
Sien muti i baci e muti i miei sospiri.

(Torquato Tasso)


Illustration: François-Joseph Durand

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