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Poésie

Posts Tagged ‘subir’

HAMLET (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    

HAMLET

Il y a un moment, avant le réveil, où
rêve et réalité se confondent. Certaines fois,
le sommeil empêche de faire cette distinction ;
d’autres, nous nous jugeons engagés
dans la vie sans savoir que nous ne sortons pas encore
des limbes nocturnes. Dans tous les cas,
émotions et sentiments saisissent
le corps; nous nous déplaçons d’un bord à l’autre
avec l’angoisse de cette double existence; en rien,
nous ne dominons les actions que, cependant,
nous subissons comme si quelque chose nous avait
arrachés
à notre lit. Pendant le petit déjeuner, en y
pensant, il reste déjà peu de chose
de la nuit. Ni les personnes, ni les mots,
ni les images ne nous tourmentent avec l’intensité
de naguère. Pourtant, c’est comme s’il manquait
une partie de nous-mêmes. Et, le jour, nous répétons
des gestes dont nous ignorons les destinataires;
nous entendons des phrases dont nous ne comprenons
le sens. Et nous ne savons pas, de fait,

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Même étourdiment (Ryôkan)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2021



Illustration: William Blake
    
Même étourdiment,
ne fais plus mal à personne !
Singe que tu es,
tu n’en subirais pas moins
la conséquence des actes.

(Ryôkan)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Ô pruniers en fleur
Traduction: A.L. Colas
Editions: Folio

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DÉMON (Volker Braun)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2020




    
DÉMON

Me domine un être singulier
Qui me réjouit et me gourmande
Impossible de m’en délivrer
Depuis l’enfance il me commande.
Ma liberté, mon étroitesse
Sous le pesant harnais s’agitent
Et j’accomplis donc ma détresse
En subissant ma réussite.

(Volker Braun)

 

Recueil: Poèmes choisis
Traduction: Jean-Paul Barbe et Alain Lance
Editions: Gallimard

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La souffrance est comme un ciseau (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



Illustration: Guy Swyngedau
    
La souffrance est comme un ciseau
Qui tranche dans la chair vivante
Et j’en ai subi l’épouvante
Comme de la flèche à l’oiseau
Du feu du désert à la plante
Comme la glace sur les eaux

Mon coeur a subi les injures
Du malheur et de l’injustice
Je vivais en un temps impur
Où certains faisaient leurs délices
D’oublier leurs frères leurs fils
Le hasard m’a clos dans ses murs

Mais dans ma nuit je n’ai rêvé que de l’azur.

*

Je pouvais tout et je ne pouvais rien
Je pouvais tout aimer mais pas assez.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésie ininterrompue
Traduction:
Editions: Gallimard

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A une valseuse (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



 

Liz McKay  -ImpressioniArtistiche-7 [1280x768]

A une valseuse

Pendant que vous valsez, belle, gaie et légère
Dans les bras du premier venu,
Et que vous acceptez l’étreinte passagère
D’un étranger, d’un inconnu,

Vous la femme si bonne et la vierge si pure
Ignorant tout du sombre mal,
Vous subissez, modeste et douce, la souillure
Des désirs qu’avive le bal.

Et sans en rien savoir, livrée à la cadence,
Vous ne sentez pas que des bras
Vous possèdent bien plus que n’exige la danse;
Vous valsez et ne pensez pas.

Mais moi qui vous adore et tremble de le dire,
Qui vous aime comme de loin,
Qui connais la vertu de votre cher sourire,
Hélas ! moi qui ne danse point,

Je ne mérite pas cette faveur insigne
De presser vos petits doigts blancs,
Et je n’ai pas le droit, moi l’ami trop indigne,
Qu’a le dernier de vos galants…

Valsez, charmante fée aux jolis pieds agiles,
Qu’on se repasse tour à tour
Comme ces fins bijoux délicats et fragiles
Qu’on admire et qu’on aime… un jour !

(Albert Lozeau)

Illustration: Liz McKay

 

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Bord d’âtre (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2020



 

 

Les communs sans grand usage
subissent les pluies
une paysanne
a pour s’asseoir
un bord d’âtre noir
dans les remous de son haleine
tourne le soir
dans l’arbre creux le vent
pourquoi êtres et choses sont-ils
plutôt que rien
pense-t-elle.

(Jean Follain)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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La Tyrannie du Verbe (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2019



La Tyrannie du Verbe

Superbe,
Le Verbe
Traite en pantin
Le Sujet et son destin.
« A mon commandement:
Hop! Hop! Hohé!
Tu vas
Tu subis
Ou tu es. »

(Andrée Chedid)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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Je subis de nouveau (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2019



Je subis de nouveau à cette heure l’un de mes nombreux transferts,
je monte les degrés de mes avatars,
alors que d’autres sans doute attendent.

(Walt Whitman)

Illustration

 

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Veillée d’Avril (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Veillée d’Avril

Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves
Je tords mon cceur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or

Et voilà qu’à songer, me revient un accord,
Un air bête d’antan, et,sans bruit tu te lèves
O menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

(Jules Laforgue)

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POUSSIÈRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Ludovic Florent
    
POUSSIÈRE

Or ma poussière n’est jamais en repos.
Or toujours je dois mourir.
Cette poussière a voyagé avec la terre depuis la création des soleils
Mais n’a jamais quitté l’éternité

Dont la loi est tracée sur ma main qui écrit,
Qui porte le sceau des formes et des états de la nature;
Les étoiles obéissent à cet ordre, et l’herbe,
La beauté les innocents, et les saints.

Ces os ont vu les rochers déversés, fondus
Dans la transmutation des feux solaires,
Obéissant aux lois que j’ai brisées,
La puissance et la gloire du soleil qui règne.

Mon sang suit son cours comme le mouvement des marées,
La pluie qui tombe et le torrent, l’orage et l’accalmie,
Il a subi le poids du gel
Et la montée baroque des nuages.

L’ombre de la croix s’étend sur le vide
Dès le premier éclat jailli entre les pôles.
Le monde est bâti sur une séparation
Dont les années-lumière ne peuvent combler la distance.
La blessure prolifère, la déchirure s’étend.

La passion de l’homme est inscrite dans l’arbre,
Les colonnes du ciel, les végétaux,
Les épines, le fer, et la soif organique
Depuis le commencement dresse son calvaire.

La poussière vole à travers les figures d’une danse,
Avance — passage rituel — telle une épousée,
Marque fleurs et coquilles de spirales qui deviennent
Déserts de fossiles et brumes tournoyantes,
Tisse la rose, l’agneau, l’enfant aimé du monde,
Puis redéfait le monde que la danse a fait.

***

DUST

Only my dust is never laid
And ont), I must always die.
This dust has travelled with the earth rince suns moere made
Yet never left eternity

Whose mule is traced upon my band that writes,
That bears the seal of nature’s forms and states;
The stars obey that order, and the gras:,
The beautiful, the innocent, and the saints.

These bones have known the molten rocks outpoured
In transmutation of the solar ires,
Obedient to the laves that I have broken,
The power and glory of the reigning sun.

My blood streams with the motion of the tides,
The fall of main and cataract, storm and calm,
Has undergone the freezing of the ice
And the baroque assomption of the clouds.

The chape of the cross is laid upon the void
By the first flash that leaps between the poles.
The world is built upon a separation
Whose distance the long lightyears cannot close.
The wound proliferates, the rift extends.

Man’s passion is predestined in the tree,
The cross-beams of the heavens, vegetation,
The thorns, the iron, and the organic thirst
From the beginning raise his calvary.

The dust sweeps through the figures of a dance,
Moves in its rituel/ transit like a bride
Imprinting shells and fiowers with spiral forms that pass
To fossil hastes and whirling nebulae,
Weaving the rose, the lamb, and the world’s darling child,
And then unmakes again the world the dance has made.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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