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Posts Tagged ‘subir’

GALATÉE ET PYGMALION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy Trioson
    
GALATÉE ET PYGMALION

Pygmalion, sculpteur, a travaillé la pierre
Si bien que Galatée idéale apparaît.
Il a mis tout son coeur à cet effort secret
Toute son âme émue et toute sa lumière.

Là voilà, blanche dans l’atelier solitaire,
Finie aux yeux, finie aux reins et l’on croirait
Que le pied délicat quitte le socle, prêt
A courir dans la vie. Et même la paupière

A remué! Ce n’est pas une illusion…
Le marbre devient chair! Pourquoi, Pygmalion,
As-tu fait si charmeurs ces seins et ces épaules?

Elle vit. Écrasé sous sa mignonne main
Tu subis nos douleurs d’hier et de demain :
L’épine de la rose et la neige des pôles.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis,
moi dont ne NON évoqua tout ceci,
qui me reniant fit apparaître l’Autre;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de la liberté,
communément les actions désintéressées,
petit jeu articulaire.

L’ignorance me recouvre,
moi dont le NON contempla toute existence,
connut l’Autre, vit la sagesse;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’intuition,
communément cinq sens, fissures limitées.

Et je dis: Je!
et la haine m’isole,
torturant le NON dans la complexité de ma forme,
moi dont le NON évoqua tout ceci,
vit toutes choses une seule,
la Niée devant le NON s’affirmant,
et qui fit d’elle et de lui l’union;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’amour,
communément des gestes d’épouvante, de joie et de désespoir,
échangés avec l’Autre
par les joints d’une autre armure.

(René Daumal)

 

 

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Sortilège (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
Sortilège

Entre cinq et sept heures ce soir,
J’étais étendu dans le canal du sommeil. Attaché
à ce monde uniquement par l’espoir,
je tournais dans un courant de rêves noirs.
Au même moment, le temps
subissait une métamorphose.

(Raymond Carver)

 

Recueil: La vitesse foudroyante du passé
Traduction: Emmanuel Moses
Editions: Points

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Le lien de la mer (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




    
— Le lien de la mer
à l’oeil qui la contemple,

Plus fort que le lien du vent
à la plaine qui l’accueille,

Plus fort que le lien du soleil
à la peau qui le boit,

Plus fort que le lien des mots
à la mémoire qui les tient,

Plus fort que le lien de la mort
au corps qui la subit,

Plus fort que le lien de l’aube
à l’aurore qui l’absorbe,

Le lien de la mer
à l’oeil qui la contemple
unit la nuit au jour,

nourrit le monde qu’il crée ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Mes mains me fuient (Claire Genoux)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



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Mes mains me fuient
comme l’eau d’un ruisseau
le soir suce ma pupille
et me laisse aveugle sous les lampions d’une fête
dépouillée des plus simples gestes
condamnée à subir les ruses des maraudeurs
je n’ai pourtant pas besoin de mes doigts
pour allumer le bûcher de ton ventre

(Claire Genoux)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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La Mouette qui s’éleva (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



 

Illustration: Florence Coquais Foucault
    
La Mouette qui s’éleva

Oh ! soyez-moi cléments, mes espaces fidèles !
Car je sens remuer en moi mes grandes ailes !
Et je subis ici la volupté du vent,
Moi qui sus l’affronter et le braver souvent.

Vent qui fais s’élever en moi mes larges ailes,
Vent qui sait dominer les vagues infidèles,
Viens vers moi ! Porte-moi, comme tu fis souvent,
Toi qui sais dominer la mer immense, ô vent !

(Renée Vivien)

 

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Domination du Poème (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



    
Domination du Poème

Je subis tout mon sort… L’impérieux poème
Me domine à l’égal de la femme qu’on aime.

Amèrement jaloux, despotique et méchant,
Voici que vient régner, sur mon âme, le chant.

Servilement je sers l’impérieux poème,
Mille fois plus aimé que la femme qu’on aime.

Qu’il soit méchant, qu’il soit tyrannique et jaloux,
On ne l’en sert que plus promptement, à genoux !…

(Renée Vivien)

 

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A L’ennemie aimée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Gustav Klimt

    
A L’ennemie aimée

Ses mains ont saccagé mes trésors les plus rares,
Et mon coeur est captif entre tes mains barbares.

Tu secouas au vent du nord tes longs cheveux
Et j’ai dit aussitôt : Je veux ce que tu veux.

Mais je te hais pourtant d’être ainsi ton domaine,
Ta serve… Mais je sens que ma révolte est vaine.

Je te hais cependant d’avoir subi tes lois,
D’avoir senti mon coeur près de ton coeur sournois…

Et parfois je regrette, en cette splendeur rare
Qu’est pour moi ton amour, la liberté barbare…

(Renée Vivien)

 

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En rêve (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Luc Thébault

En rêve

La séparation noire, définitive
Je la subis tout comme toi.
Comment, tu pleures ? Donne-moi plutôt la main.
Promets-moi de revenir en rêve.
Pour nous deux, c’est comme pour les montagnes,
Pour nous deux, nulle rencontre ici-bas.
Puisses-tu seulement, à minuit,
Me faire signe par-delà les étoiles.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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LA nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



 

Christian Schloe 70323648_b

La nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée :
Ces archipels de lune aux longs chemins mouvants
Et par l’unique étoile une ombre déchirée
– Appel d’un dieu perdu dans le mythe des vents.

La nuit donne à la nuit ses lambeaux de silence,
D’un silence où la mer en nous ne s’entend plus,
Où l’ange en s’endormant visite une autre enfance
Et nous laisse mourir pour ceux qui se sont tus.

La nuit n’attend que nous pour boire une eau plus pure :
L’éloge d’une larme est celui du pardon.
Mortels cloués vivants à la sainte blessure,
Notre couche d’orage à l’amour dit son nom.

– Amour, à cette nuit refuse les visages
Que nous avons subi pour déjouer ta loi !
Le temps ne t’appartient que si tu le partages
Et le jour doit mourir s’il ne meurt que de toi.

Amour, blancheur de l’ange éparse dans les nombres
Dont la nuit dissimule et surprend le pouvoir,
Dans cette solitude interdite aux décombres
Nous as-tu rejetés pour te voir sans me voir ?

(Louis Emié)

Illustration: Christian Schloe

 

 

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