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Poésie

Posts Tagged ‘submergé’

Gué (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

La Tisseuse et le Pâtre  Vega et Altaïr

Gué

L’an ne contient qu’un seul gué
qui me conduit vers toi. À chaque fois
je le retrouve submergé davantage, les eaux
plus gonflées, le courant
plus menaçant. Et pourtant
pourtant je t’ai rejoint encore, et le moindre instant
en fera son aliment. Et si une dure loi
nous imposait un « jamais », à nous condamnés
immobiles sur des rives opposées,
nous croiserons toutefois
les échos d’un désir transmué en splendeur.
Ainsi la Tisseuse et le Pâtre
se répondent : Vega et Altaïr
entre eux se dénoue haut perché
le fleuve des étoiles.

(Margherita Guidacci)

 

 

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BOEUF MORT (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2018



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BOEUF MORT

Comme dans les eaux troubles d’une crue,
Je me sens à demi submergé
Parmi les ruines du présent
Divisé, subdivisé,
Où roule, énorme, le boeuf mort,
Boeuf mort, boeuf mort, boeuf mort.

Arbres du calme paysage,
Avec vous — altiers, si riverains! —
L’âme demeure, l’âme interdite,
Interdite à jamais.
Tandis que le corps, lui, s’écoule avec le boeuf mort,

Boeuf mort, boeuf mort, boeuf mort.

Boeuf mort, boeuf démesuré,
Boeuf épouvantablement, boeuf

Mort, sans forme ni sens
Ni signification. Ce qu’il fut
Personne ne le sait. Désormais c’est un boeuf mort.

Boeuf mort, boeuf mort, boeuf mort!

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

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Le lichen sur la pierre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Le lichen sur la pierre, vrilles
de gomme verte, trame
le plus ancien des hiéroglyphes,
Il étire l’écriture
de l’océan
sur la roche ronde.
Le soleil la lit, les mollusques la mordent,
et les poissons glissent
de pierre en pierre comme des frissons.
Dans le silence l’alphabet
complète peu à peu les signes submergés
sur la hanche claire de la côte.

Le lichen tisserand avec son écheveau
va et vient et monte et monte
en tapissant la grotte d’air et d’eau
pour que la vague seule y danse,
pour que rien n’y arrive que le vent.

(Pablo Neruda)

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Amour, amour (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Amour, amour, à la tour du ciel les nuages
montèrent telles de triomphantes lavandières,
et tout brida en bleu d’azur, tout fut étoile :
la mer, la nef, le jour s’exilèrent ensemble.

Viens voir les cerisiers dans leur eau constellée
viens voir la ronde clef de l’univers rapide,
viens toucher le feu de l’azur instantané,
viens avant que ses pétales soient consumés.

Il n’est ici que lumière, quantités, grappes,
il n’est qu’espace ouvert par les vertus du vent
jusqu’à livrer les derniers secrets de l’écume.

Et parmi tant de bleus célestes, submergés,
nos yeux se sont perdus, ils devinent à peine
les puissances de l’air et les clefs de la mer.

***

Amor, amor, las nubes a la torre del cielo
subieron como triunfantes lavanderas,
y todo ardió en azul, todo fue estrella :
el mar, la nave, el día se desterraron juntos.

Ven a ver los cerezos del agua constelada
yla clave redonda del rápido universo,
ven a tocar el fuego del azul instantáneo,
ven antes de que sus pétalos se consuman.

No hay aquí sino luz, cantidades, racimos,
espacio abierto por las virtudes del viento
hasta entregar los últimos secretos de la espuma.

Y entretantos azules celestes, sumergidos,
se pierden nuestros ojos adivinando apenas
los poderes del aire, las llaves submarinas.

(Pablo Neruda)

Illustration: Rafal Olbinski

 

 

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Approche-moi de ta peur (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



Illustration: Guy Baron
    
Approche-moi de ta peur
offre-moi le reflet de ton ciel
la forêt submergée de ton lac
aux eaux vierges
qu’elles se couvrent de cris et de baisers
de larmes et de canards
de voiles sans destin
et de cercles concentriques

(Luis Mizón)

Recueil: Poèmes d’eau et de lumière
Traduction:
Editions: Al Manar

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Ô cygne d’autrefois (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



Ô cygne d’autrefois, raconte-moi ton histoire
De quel pays tu viens, cygne ? pour t’envoler vers quel rivage ?
Ô cygne où veux-tu prendre ton repos, que cherches-tu ?
Ce matin même, ô cygne éveille-toi, prends ton essor, suis-moi!
Je connais un pays où le doute ni le chagrin n’ont d’empire; où la terreur
de la mort n’existe plus.
Où les ramures du printemps sont fleuries et où le vent promène un « Il est Moi » embaumé
où l’abeille du coeur est immensément submergée et d’autre joie n’a plus désir.

***

Tell me, O Swan, your ancient tale.
From what land do you come, O Swan ? to what shore will you fly ?
Where would you take your rest, O Swan, and what do you seek ?
Even this morning, O Swan, awake, arise, follow me!
There is a land where no doubt nor sorrow have rule : where the terror of Death is no more.
There the woods of spring are a-bloom, and the fragrant scent « He is Me » is borne on the wind :
There the bee of the heart is deeply immersed, and desires no other joy.

(Kabîr)

Illustration

 

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Dans la maison sonore (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016




Je passais la nuit dans la maison sonore.
Ils sont nombreux à vouloir traverser les murs,
mais la plupart d’entre eux ne parviennent pas jusque-là :
ils sont submergés par les hurlements blancs de l’oubli.
Un chant anonyme est noyé dans les murs.
Des coups discrets qu’on ne veut pas entendre,
des soupirs prolongés,
mes anciennes répliques qui rampent orphelines.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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