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Poésie

Posts Tagged ‘subsister’

Cela pourrait signifier beaucoup (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Cela pourrait signifier beaucoup : nous passons,
nous venons sans être sollicités et devons céder la place.
Mais que nous parlions sans nous comprendre
ni atteindre à aucun moment la main de l’autre

réduit tant de choses à néant : nous ne subsisterons pas.
Des signes étrangers menacent déjà la tentative,
et le désir de nous regarder jusqu’au fond
une croix le rompt, pour nous biffer d’un trait, solitaires.

***

Es könnte viel bedeuten: wir vergehen,
wir kommen ungefragt und müssen weichen.
Doch daß wir sprechen und uns nicht verstehen
und keinen Augenblick des andern Hand erreichen,

zerschlägt so viel: wir werden nicht bestehen.
Schon den Versuch bedrohen fremde Zeichen,
und das Verlangen, tief uns anzusehen,
durchtrennt ein Kreuz, uns einsam auszustreichen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Ô conscience (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019




    
Ô conscience, à laquelle il faut toujours et toujours, des événements !
Il suffit que tu sois, et sois éveillée pour être remplie
Toujours tu préfères le hasard au vide et le chaos au zéro.

Tu es faite pour toute chose,
et tu fais n’importe quelle chose pour subsister.
Et quel monstre que tu fasses, tu veux lui donner une signification, ne pas l’avoir vu en vain…

Et invinciblement aussi, tu te divises,
tu préfères quelqu’une de tes parties.
Tel fantôme sera le roi des autres.
Telle parole sera plus puissante.
Telle idée plus étendue,
plus maîtresse que son instant.

— Adieu

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Seuls peut-être subsisteront les restes ruinés d’un filet (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Il est certaines heures
où semblent affleurer
la confusion de l’air,
le doute de la lumière,
la fatigue de l’eau,
la tristesse de la nuit.

Tout équilibre a besoin de repos.
Ainsi s’affaissera l’équilibre dernier
et s’abattront
jusqu’au chant des oiseaux
et jusqu’à la parole la plus secrète.

Seuls peut-être subsisteront
les restes ruinés d’un filet.

(Roberto Juarroz)

Illustration: Île Nancy

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La Bohème (Charles Aznavour)(Jacques Plante)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2018



 

Illustration: Alcide Théophile Robaudi
    
La Bohème

Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux

Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
Tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie

Souvent il m’arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Épuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps

Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts

La bohème, la bohème
On était jeunes
On était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout

(Charles Aznavour)(Jacques Plante)

 

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La nuit je mens (Alain Bashung)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018




    
La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Je m’en lave les mains
J’ai dans mes bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho.

(Alain Bashung)

 

Recueil: La nuit je mens
Traduction:
Editions:

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Le miroir me dit (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Le miroir me dit: je suis belle!
Vous dites que vieillir est aussi mon sort.
Devant Dieu tout doit subsister éternellement,
Aimez-le en moi pour ce moment.

***

Der Spiegel sagt mir: ich bin schön!
Ihr sagt: zu altern sei auch mein Geschick.
Vor Gott muss alles ewig stehn,
In mir liebt ihn, für diesen Augenblick.

(Goethe)

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L’ABSENCE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
L’ABSENCE

Elle est sortie, elle est loin, mais je la vois
car tout est plein d’elle dans cette chambre,
tout lui appartient, et moi comme le reste.

Ce lit encore tiède, où je laisse errer ma bouche, est foulé à la mesure de son corps.
Dans ce coussin tendre a dormi sa petite tête enveloppée de cheveux.

Ce bassin est celui où elle s’est lavée; ce peigne a pénétré les noeuds de sa chevelure emmêlée.
Ces pantoufles prirent ses pieds nus. Ces poches de gaze continrent ses seins.

Mais ce que je n’ose toucher du doigt, c’est ce miroir où elle a vu ses meurtrissures toutes chaudes,
et où subsiste peut-être encore le reflet de ses lèvres mouillées.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Des heures tournées vers l’océan (Karel Logist)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    

Des heures tournées vers l’océan,
noyées demain dans le bouillon des jours,
subsistent entre hâle et peau,
entre sommeil et rêve,
entre sable et marée,
ces quelques fines rides
qui tirent tes yeux vers demain.

(Karel Logist)

 

Recueil: J’arrive à la mer
Traduction:
Editions: De le Différence

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Vivre (Bakary Bamba Junior)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



Vivre

Vivre et ne pas seulement exister
parce que l’hirondelle apporte le printemps
Parce qu’après la pluie, le beau temps
parce qu’il faut toujours rester enfant.

Toujours vivre!
parce que le bonheur est quotidien
Parce qu’aimer fait du bien
Parce que donner ne coûte rien.

Encore Vivre!
Parce que la fleur sent bon
Parce que le gâteau sur la langue fond
Parce que nous aimons cette chanson.

Oh vivre!
Parce que la peine est passagère
parce que la rancune est meurtrière
Parce que la vengeance est amère.

Oui vivre!
parce que le pardon soulage
Parce que le sourire chasse la rage
Parce qu’oublier demande du courage.

Hum vivre!
Parce que demain rimera avec liberté
Parce que bientôt émergera la vérité.
Parce que nus avons tous droit à la gaieté.

Enfin vivre!
Parce que chaque défaite nous assagit
Parce que chaque victoire nous grandit
Parce que ce combat nous affranchit.

Vivre et ne plus seulement subsister
Parce que la vie est éternelle
Parce que l’amour est immortel
Parce que la mort est un horizon irréel.

(Bakary Bamba Junior)

 

 

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CANTIQUES SPIRITUELS DE L’ÂME (Saint Jean de la Croix)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Illustration: Marc Chagall
    
CANTIQUES SPIRITUELS DE L’ÂME

I
Où vous étes-vous caché, mon bien-aimé ?
Vous m’avez abandonnée dans les gémissements ;

Vous avez pris la fuite comme un cerf,
Après m’avoir blessée;
Je suis sortie après vous en criant ;
mais déjà vous vous en étiez allé.

II
Pasteurs, autant que vous êtes qui irez
Par les cabanes à la colline,
Si par hasard vous voyez
Celui que je chéris plus que tout le monde,
Dites-lui que je languis,
que je suis tourmentée, que je me meurs.

III
En cherchant mes amours,
J’irai par ces montagnes et par ces rivages ;
Je ne cueillerai point de fleurs,
Je ne craindrai pas les bêtes sauvages,
Et je passerai par les forts et par les frontières.

IV
O forêts, ô épaisseurs,
Plantées par la main de mon bien-aimé !
O pré toujours vert,
Émaillé de fleurs!
Dites si mon amant a passé par vos campagnes.

V
En répandant mille grâces,
Il a passé à la hâte par ces forêts,
Et en les regardant
De sa seule figure,
Il les a laissées revêtues de sa beauté.

VI
Hélas qui me pourra guérir?
Ah! donnez-vous véritablement tout à moi;

Ne m’envoyez plus
D’ici en avant des messagers,
Qui ne peuvent dire ce que je souhaite.

VII
Et tous autant qu’ils sont qui s’appliquent à vous connaître,
Me parlent de mille grâces qui viennent de vous ;

Mais alors ils me blessent davantage,
Et me laissent toute mourante;
Ils disent je ne sais quoi en bégayant,
Mais ils ne s’expliquent pas clairement.

VIII
Mais comment subsistez-vous,
O vie, ne vivant pas où vous vivez,
Puisque les traits qui vous viennent des choses
que vous connaissez en votre bien-aimé,
vous donnent la mort?

IX
Pourquoi donc avez-vous blessé ce coeur,
Et pourquoi ne l’avez-vous pas guéri?
Et puisque vous l’avez dérobé,
Pourquoi l’avez-vous laissé?
Pourquoi ne prenez-vous pas la proie que
vous avez faite ?

X
Éteignez mes ennuis,
Que personne que vous ne peut adoucir ;
Que mes yeux vous voient,
Puisque vous êtes leur lumière ;
Je ne désire les avoir que pour vous.

XI
Faites voir votre présence,
Et que votre beauté me fasse mourir :
Considérez que la maladie d’amour ne se guérit bien
que par la présence et par la figure.

XII
O fontaine cristalline,
Si dans vos surfaces argentées
Vous formiez promptement les yeux que je désire,
Et que j’ai ébauchés dans mes entrailles !

XIII
Détournez vos yeux,mon bien-aimé,
Parce que je m’envole.
Revenez, ma colombe;
Car le cerf qui est blessé paraît sur le haut de la colline,
Et le vent de votre vol le rafraîchit…

XIV
Mon bien-aimé est comme les montagnes,
Comme les vallées solitaires et pleines de bois,

Comme les îles étrangères,
Comme les fleuves qui coulent avec bruit,
Comme le souffle des doux zéphyrs.

XV
Il est comme une nuit tranquille
Qui approche de l’aurore naissante ;
Comme une musique sans bruit,
Comme une solitude harmonieuse,
Comme un souper qui recrée et qui attire l’amour.

XVI
Notre lit est couvert de fleurs,
Entrelacé de cavernes de lions,
Teint de pourpre,
Fait sur la paix,
Couronné de mille boucliers d’or.

XVII
Après vos vestiges,
Les jeunes filles courent au chemin,
Au toucher d’une étincelle,
Au vin mixtionné,
Aux odeurs d’un baume divin.

XVIII

J’ai bu dans la cave intérieure de mon bien-aimé;
Et quand je suis sortie
Par toute cette plaine,
Je ne connaissais plus rien,
Et j’ai perdu le troupeau que je suivais auparavant.

XIX
Là il m’a donné ses mamelles,
Là il m’a enseigné une science très-savoureuse ;

Et je me suis donnée effectivement toute à lui,
sans réserver aucune chose ;
Là je lui ai promis d’être son épouse.

XX
Mon âme et toute ma substance s’emploient à son service;
Je ne garde plus mon troupeau, et je ne fais plus d’autre office,
Car tout mon exercice est d’aimer.

XXI
Si donc d’ici en avant
on ne me voit plus dans les prés,
et si on ne m’y trouve plus,

Dites que je me suis perdue;
car, étant tout enflammée d’amour,
je me suis volontairement perdue;
mais ensuite on m’a recouvrée.

XXII
De fleurs et d’émeraudes
Choisies dès le grand matin,
Nous ferons des bouquets.
Fleuris en votre amour,
Et liés de l’un de mes cheveux.

XXIII
Dans ce seul cheveu
Que vous avez considéré volant sur mon cou,

Et que vous avez regardé sur mon cou,
Vous avez été lié,
Et vous avez été blessé par l’un de mes yeux.

XXIV
Lorsque vous me regardiez,
Vos yeux m’imprimaient votre grâce ;
C’est pourquoi vous m’aimez.
En cela mes veux méritaient d’adorer ce qu’ils voyaient en vous.

XXV
Ne me méprisez pas ;
Car si vous avez trouvé en moi une couleur noire,

Vous pouvez maintenant me regarder.
Après que vous m’avez déjà regardée,
Car vous m’avez laissé de la grâce et de la beauté.

XXVI
Prenez-nous les renards,
Car notre vigne est déjà fleurie,
Pendant que nous faisons un bouquet de roses,

En forme de pomme de pin,
Et qu’aucun ne paraisse dans nos collines.

XXVII
Arrête-toi, vent du septentrion, qui donnes la mort;

Viens, vent du midi, qui réveilles les amours ;

Souffle par mon jardin,
Et que ses odeurs se répandent,
Et que mon bien-aimé se repaisse entre les fleurs.

XXVII
L’épouse est maintenant entrée
Dans l’agréable jardin qu’elle désirait,
Et elle repose à son gré,
Le cou penché,
Sur les doux bras de son bien-aimé.

XXIX
Sous un pommier
Je vous ai épousée ;
Là je vous ai donné la main,
Et vous avez été réparée
Où votre mère avait été violée.

XXX
Oiseaux, qui avez les ailes légères,
Lions, cerfs, daims sautants,
Montagnes, vallées, rivages,
Eaux, vents, ardeurs,
Craintes, gardes de nuit,

XXXI
Par les lyres agréables,
Et par le chant des syrènes, je vous conjure
D’apaiser votre colère,
Et de ne point toucher la muraille,
Afin que l’épouse dorme plus sûrement.

XXXII
O nymphes de Judée,
Pendant qu’entre les fleurs et les rosiers
L’ambre gris répand son parfum,
Demeurez dans les faubourgs,
Et ne touchez pas le seuil de nos portes.

XXXIII
Cachez-vous, mon bien-aimé,
Et tournez le visage pour regarder les montagnes,

Et ne le dites à personne ;
Mais, au contraire, voyez les campagnes
De celle qui va par les îles étrangères.

XXXIV
La colombe blanche
Revint dans l’arche avec une branche d’olivier;

Et la chaste tourterelle
Trouve sa compagne qu’elle désire
Dans les rivages verts.

XXXV
Elle vivait dans la solitude;
Et elle a mis son nid dans la solitude :
Et son bien-aimé seul
La conduit dans la solitude;
Il est ainsi blessé d’amour dans la solitude.

XXXVI
Réjouissons-nous, mon bien-aimé;
Allons nous regarder dans votre beauté.
Sur la montagne ou sur la colline,
D’où coule une eau pure;
Entrons plus avant dans l’épaisseur.

XXXVII
Et incontinent nous irons ensemble
Aux sublimes cavernes de la pierre,
Qui sont fort cachées,
Et nous entrerons là,
Et nous y goûterons le jus des grenades.

XXXVIII
Là vous me montreriez
Ce que mon âme prétendait ;
Et là même vous me donneriez encore aussitôt,

O ma vie, ce que vous m’aviez donné l’autre jour.

XXXIX
L’agréable souffle du vent,
Le doux chant du rossignol,
Le bois et son agrément,
Pendant la nuit sereine,
Avec la flamme qui consume et qui n’est pas fâcheuse.

XXXX
Aminadab n’était vu de personne,
Et il ne paraissait pas ;
Le siège s’adoucissait,
Et la cavalerie descendait
A la vue des eaux.

***

I
Adonte te eseondiste,
Amado, y me dexaste con gemido ?

Como ciervo huiste,
Aviéndome herido;
Sali iras ti clamando, y eras ido.

II
Pastores, los que fuerdes
Allá por las majadas al otero,
Si por ventura vierdes
Aquel que yo mas quiero,
Dezidle que adolezco, peno, y muero.

III
Buscando mis amores
Iré por essos montes y riberas;
Ni cogeré las flores,
Ni temeré las fieras,
Y passaré las fuertes, y fronteras.

IV
O bosques y espessuras,
Plantadas por la mano de mi amado !
O prado de verduras !
De flores esmaltado,
Dezid si por vosotras ha passade

V
Mil gracias derramando
Passó por estos sotos con presura,
Y yéndolos mirando
Con sola su figura
Vestidos los dexó de su hermosura.

VI
Ay quien podrá sanarme !
Acaba de entregarte va de vero,

No quieras embiarme
De oy mas ya mensagero,
Que no saben dezirme lo que quiero

VII
Y todos quantos vagan

De li me van mil gracias referiendo,

Y todas mas me liagan,
Y déxame muriendo
Un no se que, que
Queda balbuciendo.

VIII
Mas como perseveras,
O vida, no viviendo donde vives,
Y haziendo porque mueras,
Las flechas que recibes,
De lo que del amado en ti concibes?

IX
Porqué pues has Ilagado
Aqueste corazon , no le sanaste ?
Y pues me le lias robado,
Porqué asi le dexaste,
Y no tomas et robo que robaste ?

X
Apaga mis enojos,
Pues que ninguno basta à dehazellos,
Y véante mis ojos,
Pues qu’ ere lumbre dellos,
Y solo para ti quiero tenellos.

XI
Descubre tu presencia,
Y máterne tu vista y hermosura ;
Mira que la dolencia
De amor no bien se cura,
Sino con la presencia y la figura.

XII
O cristalina fuente,
Si en essos tus semblantes plateados,
Formasses de repente los ojos deseados,

Que tengo en mis entrañas dibuxados.

XIII
Apartaos, amado,
Que voy de buelo.
Buelete, paloma,
Que el ciervo vulnerado
Por el otero assoma,
Y el ayre de tu buelo fresco toma.

XIV
Mi amado, las montañas,
Los valles solitarios nemorosos,

Las insulas estranas,
Los rios sonorosos
El silvo de ios ayres amorosos.

XV
La noche sossegada,
En par de los levantes del aurora,
La musica callada,
La soledad sonora,
La cena que recrea, y enamora.

XVI
Nuestro lecho florido,
De cuevas de leones enlaçado ;
En purpura teñido,
De paz edificado,
Con mil escudos de oro coronado.

XVII
A zaga de tu huella,
Las jovenes discurren al camino,
Al toque de centella,
Al adobado vino,
Emissiones de bàlsamo divino.

XVIII
En la interior bodega de mi amado bebi,
Y quando salla,
Por toda aquesla vega,
Ya cosa no sabia,
Y el ganado perdi, que antes seguia.

XIX
Alli me dió su pecho,
Alli me enseñó ciencia muy sabrosa :

Vo le di de hecho ;
A mi, sin dexar cosa,
Alli le prometi de ser su esposa.

XX
Mi alma se ha empleado, y todo mi caudal en su servicio;
Ya no guardo ganado, ni ya tengo otro oficio,
Que ya solo en amares mi exercicio.

XXI
Pues ya si en et exido de oy
mas no fuere vista ni hallada;

Direis, que me he perdido;
que andando enamorada,
mehize perdedizà, y fui ganada.

XXII
De flores y esmeraldas
En las frescas mañanas escogidas
Haremos las guirnaldas,
En tu amor florezidas,
Y en un cabello mio entretexidas.

XXIII
En solo aquel cabello,
Que en mi cuello volar consideraste,

Mirastele en mi cuello,
Y en él preso quedaste,
Y en uno de mis ojos te Ilagaste.

XXIV
Quando tu me mirabas,
Tu gracia en mi tus ojos imprimian ;
Por esso me amabas,
Y en esso merecian,
Los mios adorar lo que en ti vian.

XXV
No quieras despreciarme ;
Que si color moreno en mi hallaste,

Ya bien puedes mirarme,
Despues que me miraste,
Que gracia, y hermosura en mi dexaste.

XXVI
Cogédnos las eaposas,
Que está ya florecida nuestra viña,
En tanto que de rosas,

Hazemos una piña,
Y no paresca nadie en la montiña.

XXVII
Detente cierço muerto,

Ven austro que recuerdas los amores ;

Aspira por mi huerto,
Y corran sus odores,
Y pacerá et amado entre las flores.

XXVII
Entrado se ha la esposa,
En el ameno huerto deseado,
Ya su sabor reposa,
El cuello reclinado,
Sobre los dulzes braços del amado.

XXIX
Debaxo del mançano
Alli con migo fuiste desposada ;
Alli te di la mano,
Y fuiste reparada
Donde tu madre fuera violada

XXX
A las aves ligeras,
Leones, ciervos, gamos saltadores,
Montes, valles, riberas,
Aguas, ayres, aidores,
Y miedos de la noche veladores,

XXXI
Por las amenas liras,
Y cantos de syrenas os conjuro,
Que cessen vuestras iras,
Y no toqueis al muro,
Porque la esposa duerma mas seguro.

XXXII
O ninfas de Judea,
En tanto que en las flores y rosales
El ambar parfumea,
Morad en los arrabales,
Y no querais locar nuestros umbrales.

XXXIII
Escóndete, carillo,
Y mira con tu haz á las montañas,

Y no quieras dexillo;
Mas mira las campañas,
De la que va por insulas extrañas.

XXXIV
La blanca palomica
A la arca con el ramo se ha tornado;

Y ya la tortolilla,
Al socio deseado,
En las rilteras verdes ha hallado.

XXXV
En soledad vivia ;
Y en soledad ha puesto ya su nido :
Y en soledad la guia,
A solas su querido,
Tambien en soledad de amor herido.

XXXVI
Gozémonos, amado,
Ya vámonos á ver en tu hermosura,
Al monte ó al collado,
Do mana et agua pura ;
Entremos mas adentro en la espesura.

XXXVII
Y luego alas subidas
Cabernas de la piedra nos iremos,
Que estan bien escondidas,
Y alii nos entraremos,
Y el mosto de granadas gustaremos.

XXXVIII
Alli me mostrarias,
Aquello que mi alma prelendia,
Y luego me darias

Alli tu, vida mia, aquello que me diste el otro dia.

XXXIX
El aspirar del ayre
El canto de la dulce filomela,
El soto y su donayre,
En la noche serena,
Con llama que consume, y no da pena.

XXXX
Que nadie lo miraba Aminadab,
Tam poco parecia,
Y el cerco sossegava,
Y la caballeria,
A vista de las aguas descendia.

(Saint Jean de la Croix)

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/carmel/jeandelacroix/jeandelacroix08.htm#_Toc134006116

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