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Poésie

Posts Tagged ‘subtil’

Le Chat (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




Le Chat

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fond le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux.

(Charles Baudelaire)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: ArbreaPhotos

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Montagne de printemps, nuit de lune (Yu Leang-Che)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



Illustration: Ohara Koson   
    
Montagne de printemps, nuit de lune

La montagne de printemps déborde d’instants parfaits.
Jouons jusqu’à la nuit dans l’oubli du retour !
Je puise de l’eau – la line à mes mains se love;
Je taquine les fleurs – leurs senteurs m’inondent.

La joie efface le proche et le lointain.
Comment partir, prisonnier des parfums ?
Au Sud, quand la cloche frémit,
Les terrasses glissent dans le bleu subtil.

(Yu Leang-Che)

Recueil: La montagne vide Anthologie de la poésie chinoise (IIIè – XIè siècle)
Traduction: Patrick Carré et Zéno Bianu
Editions: Albin Michel

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Ecole buissonnière (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Ecole buissonnière

Ma pensée est une églantine
Eclose trop tôt en avril,
Moqueuse au moucheron subtil
Ma pensée est une églantine ;
Si parfois tremble son pistil
Sa corolle s’ouvre mutine.
Ma pensée est une églantine
Eclose trop tôt en avril.

Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes,
Un peu rude au doux abandon
Ma pensée est comme un chardon ;
Tu viens le visiter, bourdon ?
Ma fleur plaît à beaucoup de bêtes.
Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes.

Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux
Aux chants des eaux et des oiseaux,
Ma pensée est une insensée.
Les roseaux font de verts réseaux,
Lotus sans tige sur les eaux
Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux.

Ma pensée est l’âcre poison
Qu’on boit à la dernière fête
Couleur, parfum et trahison,
Ma pensée est l’âcre poison,
Fleur frêle, pourprée et coquette
Qu’on trouve à l’arrière-saison
Ma pensée est l’âcre poison
Qu’on boit à la dernière fête.

Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid
Sans souci d’heure ni d’endroit
Ma pensée est un perce-neige.
Si son terrain est bien étroit
La feuille morte le protège,
Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid.

(Charles Cros)

Illustration

 

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Désir d’Amour (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Illustration: Carole Cousseau
    
Désir d’Amour

JE voudrais te dire des choses
Que nulle oreille n’entendit
Et sur ton sein cueillir les roses
Que nul encore ne cueillit

Pour tes yeux pleins de lueurs chaudes
Pour ton corps aux parfums subtils
Je voudrais trouver dans mes rôdes
Parmi la nuit d’autres myrtils

Car je sais qu’aucun homme encore
N’a goûté ton hautain baiser
O ton baiser ! le faire éclore
Sur tes lèvres, ô me griser !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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RÊVERIE (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



RÊVERIE

A quoi, dans ce matin d’avril,
Si douce et d’ombre enveloppée,
La chère enfant au cœur subtil
Est-elle ainsi tout occupée ?

La trace blonde de ses pas
Se perd parmi les grilles closes ;

Je ne sais pas, je ne sais pas,
Ce sont d’impénétrables choses.

Pensivement, d’un geste lent,
En longue robe, en robe à queue,
Sur le soleil au rouet blanc
A filer de la laine bleue.

A sourire à son rêve encor,
Avec ses yeux de fiancée,
A tresser des feuillages d’or
Parmi les lys de sa pensée.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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J’ai encore failli écrire (Petr Král)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
J’ai encore failli écrire quelque chose de très subtil
sur les arbres et sur le poudroiement distraitement radieux
que répandent des couronnes fraîches…
Mais est-ce toujours aussi important,
ces efforts obstinés, durs, patients
pour pénétrer dans l’intimité du Tout ?

(Petr Král)

 

Recueil: Cahiers de Paris
Traduction:
Editions: Flammarion

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J’écris peut-être pour maintenir l’ouverture de la source (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

J’écris peut-être pour maintenir l’ouverture de la source,
même si je ne peux pas la découvrir.

Ce que j’appelle parole n’est rien de plus
que les harmoniques d’un accord juste,
le plus juste possible.

Ce n’est pas pour parler que j’écris, mais pour entendre,
ou plutôt, être capable d’entendre.

J’accueille dans sa nudité douloureuse
ce qui est sans nom ni figure.

Entre nous il n’y a aucun lien,
mais une liaison qui ne devrait pas exister,
et qui existe cependant :
cela même qui refuse de se manifester est pourtant l’origine
de la manifestation dans sa totalité.

Il faut que le don accueille le don
et que le silence remercie la parole,
le silence qui est à son tour remercié.

Mes paroles aimeraient être une pure confidence.
Car mes paroles vont à la rencontre de ce moment inouï
où l’inconnu se retourne dans la vive transparence d’un contact subtil.

Ce qui produit les choses, le monde, et qui n’est rien de ce monde,
et cependant qui n’est pas en dehors de lui,
ce que je ressens en même temps comme présence et absence,
crée la plénitude d’un visible transparent qui s’enracine dans l’invisible.

Et pourtant je ne pourrai jamais dire que je l’ai rencontré.
La rencontre est toujours impossible, problématique, incertaine.
Je sais néanmoins qu’elle n’adviendrait pas si je n’écrivais pas.

J’écris en essayant d’entendre la rumeur de l’inconnu.
Ce que j’écris dépend de cette relation ténue
à quelqu’un d’invisible qui attend et supplie.

C’est donc ce que j’écris qui rend possible la rencontre,
le dire diaphane de l’altérité.

J’écris, et ce que j’écris ne mène nulle part.

Les mots sont pauvres, blancs, transparents.
Peut-être qu’ils sont une silencieuse irradiation du vide.

Mais c’est ainsi que je m’approche du dieu inconnu.

(António Ramos Rosa)

Illustration: Danielle Decollonge

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N’oeuvre pas d’avance (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
N’oeuvre pas d’avance,
n’envoie pas au-dehors,
tiens-nous
dedans :

transfondé par le Rien,
libre de toute
prière,
subtil, selon
la Pré-Scription,
indépassable,

je te recueille
en lieu de toute
paix

(Paul Celan)

 

Recueil: Contrainte de lumière
Traduction:
Editions:

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DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




    
DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE

En vain dans tes grands yeux quelque bûcher s’allume,
En vain de tes baisers le tourment me consume,
Mes lèvres sont meurtries, mais je veux davantage !

Pour arracher ta robe, un feu incendiaire
En vue des cieux profonds halète dans ta chair.
Et qu’y a-t-il encor? Mais je veux davantage.

Pareil au nourrisson que sa catin de mère
Pour qu’il morde le feu jette en la poudrière,
Voici mon сoeur, mon coeur si beau, fou de désir !

Ah! combien j’aimerais que nos corps s’unissant,
Le sang, le mien, le tien ne soient qu’un même sang,
Fleuves unis par l’ouragan qui va finir !

Double, notre âme unique alors s’envolerait,
Calme, vers l’infini; mais qui l’effacerait,
Juste pour un seul corps et que plus rien ne touche,

Rêve de tristes fleurs qui vont éclore ensemble,
tel un subtil parfum dans la brise qui tremble,
Lorsque s’apaise enfin la tourmente farouche.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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La terrasse des Lilas (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



    

La terrasse des Lilas

Il est des lieux sur cette Terre
Où l’on se sent vraiment chez soi
La vie y semble plus légère
On y est plus heureux qu’un roi
Ce qu’ils offrent à votre vue
Ce n’est pas un vaste horizon
Mais tout simplement une rue
Un peu de ciel sur des maisons
Il en est un qui dans l’espace
Est bien loin maintenant de moi
Un café avec sa terrasse
Et quand je veux je le revois

C’était dans un coin de Paris
Un coin de Paris qui sourit
Un café avec sa terrasse
A Montparnasse
C’est à l’enseigne des Lilas
Des lilas il n’y en avait pas
Mais le nom était resté là
En souvenir, sans tralala
Ce café – vous en souvient-il ?
Avec son arôme subtil
Faisait tenir tout le Brésil
Dans votre tasse
Le patron était alsacien
Le garçon était vénitien
Mais malgré tout ça c’était bien
Un café parisien

J’aimais à l’heure apéritive
M’y asseoir aux premiers beaux jours
Pour embrasser la perspective
De ce merveilleux carrefour
J’y observais l’Observatoire
Et Bullier, souvenir d’un bal
Et le pavé chargé d’histoire
Du boulevard de Port-Royal
Un kiosque à journaux sans mystère
Fleurissait sur le terre-plein
Face à ce temple nécessaire
Hommage au fameux Vespasien

C’était un café de Paris
Entre mille joli, fleuri
Avec son bar et sa terrasse
A Montparnasse
Au coeur de ce beau carrefour
Où Saint-Michel et Luxembourg
Avaient rendez-vous tour à tour
Avec l’étude, avec l’amour
On y rencontrait des acteurs
Des poètes, des percepteurs
Jamais, jamais de dictateur
Ivre d’espace
Et l’on fumait du Caporal
Sous la statue d’un général
Etait-il, je m’en souviens mal
A pied ou à cheval ?

Le crépuscule sur la ville
Traînait sa robe de lilas
Un vieux monsieur lisait Virgile
En dégustant un marsala
De jeunes femmes odorantes
Offraient leur visage cruel
A cette lumière expirante
Un reflet attardé du ciel
Et des hommes avec ces femmes
Echangeaient de subtils propos
Sur l’immortalité de l’âme
Ou le chic exquis d’un chapeau

C’était un café de Paris
Une voix disait : « Mon chéri »
L’amour aussi avait sa place
A la terrasse
On saluait des gens très bien
Que l’autobus des Gobelins
Vous déversait comme un trop plein
Sur ce rond-point si cartésien
Des amis venaient, excellents
Hélas où sont-ils à présent ?
Alors dans le jour finissant
Du Val-de-Grâce
Des frondaisons du Luxembourg
Des vieilles pierres du faubourg
Pour notre Paris de toujours
Montait un chant d’amour

Il est venu de lourds soldats
Qui ont écrasé tout cela
Ah dites-nous qu’il reviendra
Le beau temps des lilas !

(Jean Villard–Gilles)

 

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