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Poésie

Posts Tagged ‘subtilité’

Franchises vénéneuses (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
Franchises vénéneuses
salutaires mensonges
subtilités sauvages
agressives patiences
pardons impitoyables
dévorants aliments
nourrissantes morsures
baisers qui font saigner
aveux qui font mystère

Si rugueuses tendresses
si donnantes conquêtes
si riantes rigueurs
si douces cruautés
si ferventes froideurs
et si fraîches brûlures
qu’on ne sait pas
entre ombre et jour
entre supplice et volupté
où naît et meurt l’amour

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE BOURDON (Benoît Pastisson)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



LE BOURDON

Ce poème
Je l’écris pour le vendre.
Certes, il n’est pas terrible,
Mais j’utiliserai tous les moyens possibles :
Je taperai du poing,
Je couperai la parole,
J’adapterai mon image,
Je montrerai ma culotte,
Je travaillerai mon sourire,
Je soudoierai les journalistes,
Je collaborerai avec les ennemis,
Je coucherai avec tous les obstacles,
Je ferai des crasses à mes meilleurs amis,
Je développerai les subtilités de l’hypocrisie.
Car pour réussir, il faut développer des talents de
c
l
o
c
h
e

(Benoît Pastisson)

 

 

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Attention (Ikkyû)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

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Un jour, un homme du peuple dit au Maître Ikkyu :
— Maître, vous plairait-il d’écrire pour moi quelques maximes de la plus haute sagesse ?
Ikkyu prit immédiatement son pinceau et écrivit le mot « Attention ».
— C’est tout ? demanda l’homme. N’ajouterez-vous pas quelque chose ?
Ikkyu écrivit alors deux fois de suite : « Attention. Attention. »
Irrité, l’homme lui dit :
— Je ne vois vraiment pas beaucoup de profondeur ou de subtilité dans ce que vous venez d’écrire.
Alors Ikkyu écrivit le même mot trois fois de suite : « Attention. Attention. Attention. »
L’homme, presque en colère, demanda : Que signifie ce mot, en fin de compte ?
Et Ikkyu répondit gentiment : « Attention signifie attention. »

(Ikkyû)

 

 

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J’attends (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018


J’attends.
Peut-être ne puis-je plus attendre.
Peut-être que savoir ne plus attendre
est la perfection même.
Je conserve ma passivité,
je veux la conserver dans l’acte même d’écrire.
Je veux être apte à le recevoir,
dans un état d’esprit de patience, de modestie, de subtilité,
de tendresse aussi…

(António Ramos Rosa)

Illustration: Benoit Colsenet

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La sagesse des verts (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
La sagesse des verts

Verts cendreux, flétris, effacés
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur lassé
Epris d’ombre et de cécité,

Verts des mousses à la racine
D’un vieil érable desséché,
Sourds autant qu’un sanglot caché
Mourant au creux de la poitrine.

Nuance vraiment d’un mystique
Pénétrant, rappelant la fine
Tonalité des dalmatiques
Qu’un reflet de cierge satine.

Et verts, pourtant inconsolés
Sous le ciel d’hiver impassible,
Parlant de désirs immolés
Et de rêves inaccessibles

Ou que le réel étouffa…
Vert mélancolique et d’antan
Qu’ont les gourgouran de sopha
Ou les menuets chevrotants

Au fond du passé; verts des mousses
Qui parez cet arbre chancreux,
Vous scandez, accord qui s’émousse,
Un langage mystérieux.

Mais, ô paroles estompées,
J’ai saisi vos subtilités
Et je comprends vos mélopées
De tristesse et de volupté,

Verts cendreux, effacés, flétris
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur épris
De néant et de cécité.

(Marie Dauguet)

 

 

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Censure morale sur une rose et par elle sur ses semblables (Soeur Juana Inès de la Cruz)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Censure morale sur une rose et par elle sur ses semblables

Rose divine qui en culture élégante
es, avec ta subtilité parfumée,
magistère pourpre dans la beauté,
enseignement neigeux à la splendeur.

Semblant de l’humaine architecture,
exemple de la vaine élégance,
où, dans ton être, la nature a réuni
le berceau joyeux et la sépulture triste.

Comme, hautaine dans ta pompe, fière,
superbe, le risque de mourir tu méprises,
et après évanouie et recroquevillée

de ton être caduc tu donnes des signes fanés,
et ainsi par une mort savante et une vie niaise,
en vivant tu trompes et en mourant enseignes!

(Soeur Juana Inès de la Cruz)

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