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Poésie

Posts Tagged ‘suer’

La nuit tambourine à la porte (Francis Valette)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: John Henry Fuseli
    
La nuit tambourine à la porte
Nos échecs
Veulent une place dans le lit

La nuit se repaît
Nos peurs
Prennent toute la couette

La nuit gronde
Nos secrets
Mettent la tête sous l’oreiller

Se croyant à l’abri
Des délires et des suées

Du sérum de vérité
D’une nuit agitée

(Francis Valette)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: 125-126
Traduction:
Editions: Arpa EXILS

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Une charogne (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



    

Une charogne

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

(Charles Baudelaire)

 

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HAMLET (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

HAMLET

Être ou ne pas être, telle est la question.
Est-il plus noble pour l’esprit de souffrir
Les coups et les flèches d’une injurieuse fortune,
Ou de prendre les armes contre une mer de tourments,
Et, en les affrontant, y mettre fin? Mourir, dormir,
Rien de plus, et par un sommeil dire : nous mettons fin
Aux souffrances du coeur et aux mille chocs naturels
Dont hérite la chair; c’est une dissolution
Ardemment désirable.-Mourir, dormir,
Dormir, rêver peut-être, ah! C’est là l’écueil.
Car dans ce sommeil de la mort les rêves qui peuvent surgir,
Une fois dépouillée cette enveloppe mortelle,
Arrêtent notre élan. C’est là la pensée
Qui donne au malheur une si longue vie.
Car qui voudrait supporter les fouets et la morgue du temps,
Les outrages de l’oppresseur, la superbe de l’orgueilleux,
Les affres de l’amour dédaigné, la lenteur de la loi,
L’insolence du pouvoir, et les humiliations
Que le patient mérite endure des médiocres,
Quand il pourrait lui-même s’en rendre quitte
D’un coup de dague ? Qui voudrait porter ces fardeaux,
Pour grogner et suer sous une vie harassante,
Si la terreur de quelque chose après la mort,
Contrée inexplorée dont, la borne franchie,
Nul voyageur ne revient, ne déroutait la volonté
Et ne nous faisait supporter les maux que nous avons
Plutôt que fuir vers d’autres dont nous ne savons rien?

[…]

***

HAMLET

To be or not to be, that is the question:
Whether ’tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them? To die: to sleep;
No more; and by a sleep to say we end
The heart-ache, and the thousand natural shocks
That flesh is heir to,’tis a consummation
Devoutly to be wished. To die, to sleep;
To sleep: perchance to dream; ay, there’s the rub;
For in that sleep of death what dreams may come,
When we have suffled off this mortal coil,
Must give us pause: there’s the respect
That makes calamity of so long, life,
For who would bear the whips and scorns of time,
The oppressor’s wrongs, the proud man’s contumely,
The pangs of despised love, the law’s delay
The insolence of office, and the spurns
That patient merit of the unworthy takes,
When he himself might his quietus make
With a bare bodkin? Who would fardels bear,
To grunt and sweat under a weary life,
But that the dread of something after death,
The undiscover’d country, from whose bourn
No traveller returns, puzzles the will,
And makes us rather bear those ills we have
Than fly to others that we know not of?

[…]

(William Shakespeare)

 

 

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LE CHAMEAU (Pierre Coran)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



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LE CHAMEAU

Un chameau entra dans un sauna.
Il eut chaud,
Très chaud,
Trop chaud.

Il sua,
Sua,
Sua.

Une bosse s’usa,
S’usa,
S’usa.

L’autre bosse ne s’usa pas.

Que crois-tu qu’il arriva ?

Le chameau dans le désert
Se retrouva dromadaire.

(Pierre Coran)

Illustration

 

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Inquiétude (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Inquiétude

Si mes mains se blessent à l’écorce
Qui sue la résine
C’est pour cueillir des fruits
Mais serai-je aussi patient que la sève ?

Dans l’air joyeux
Un orage est suspendu
La pluie se fait silence
Effrayé par l’espace
L’oiseau se pose
Sur l’ombre de la branche

Alors que le jour se taillade les veines
Que des étoiles vont neiger sur la nuit
Je ne tiens pas à réveiller les heures assoupies.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Le pain le meilleur (Aphorismes Bretons)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2017




    
Af gwellañ bara da zebriñ
A vez gounezet o c’hweziñ.

Le pain le meilleur à manger
C’est en suant qu’on le gagne.

(Aphorismes Bretons)

 

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Des joyaux de marées (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



   Illustration: Jolly Koh
    
des joyaux de marées descendues de l’écume des
mots dans une dentelle de hurlements
qui suent
la révolte dans les gazes des yeux
la couleur d’un baiser follement consenti
à une fleur cervicale
dans l’urne des divagations

une encre meut ses arabesques vespérales
ses arabesques hurlantes

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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La piaule au sous-sol (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



 

La piaule au sous-sol
Où je sue toute l’eau d’août
Bourdonne d’une mouche.

***

This tenement room
In which I sweat this August
Has one buzzing fly.

(Richard Wright)

 

 

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LA RUMBA (Nicolas Guillen)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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LA RUMBA

La rumba
remue sa musique épaisse
avec un bâton,
gingembre et cannelle…
Mauvais !
Mauvais car maintenant viendra le nègre mec
avec Fela.

Poivre de la hanche
croupe flexible et dorée
rumbera bonne
rumbera mauvaise.

Dans l’eau de ta robe de chambre
toutes mes angoisses naviguent :
rumbera mauvaise
rumbera bonne.

Désir ardent de naufrager
dans cette mer tiède et profonde :
fond
de la mer !

Ton pied tresse avec la musique
le noeud qui m’étreint le plus.
Ressac de toile blanche
sur ta chair couleur de blé.

Démence du bas-ventre,
haleine de bouche sèche ;
le rhum qui t’a émerveillée,
le mouchoir en guise de rênes :
je t’attraperai domptée,
te verrai bien assujettie
quand tu fuis comme maintenant
que vers ma tendresse tu viennes
rumbera
bonne
O vers ma tendresse que tu ailles,
rumbera
mauvaise !

L’attente ne sera pas longue,
rumbera
bonne,
ni éternelle la bacha
rumbera
mauvaise
elle te fera mal la hanche
rumbera
bonne
hanche dure et qui a sué,
rumbera
mauvaise…

Dernière
gorgée !
Va-t-en, cours, allons-nous en…
Allons !

(rumbera: Danseuse de rumba
Bacha: querelle)

(Nicolas Guillen)

 

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Tu viendras (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



Tu viendras lorsque les bruyères au soleil
près des routes qui se fendent ont des abeilles.

Tu viendras en riant avec ta bouche rouge
comme les fleurs des grenadiers et des farouches.

Tu lui diras que tu l’aimes depuis longtemps,
mais en lui refusant ton baiser en riant.

Mais lorsque tu voudras le lui donner, alors
tremblante et suante, tu verras qu’il est mort.

(Francis Jammes)

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