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Poésie

Posts Tagged ‘suivre’

Nostalgie (Roger-Pol Droit)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2019




    
Nostalgie

Je me souviens
De la baleine qui se cache à l’eau
De la rivière
Qui suit son cours
Sans sortir de son lit

Du grand-père
Qui n’était pas vitrier
Et de zéro plus zéro
Égale la tête à toto

C’était classe
Élémentaire
Laïc
Républicain
Amusant
Tu veux du Zan?

C’était il y a très
Très longtemps
Poil aux dents

(Roger-Pol Droit)

 

Recueil: Où sont les ânes au Mali
Traduction:
Editions: Seuil

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Eldorado (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

Alena Plihal -  (14) [1280x768]

Eldorado

Gens de partout,
Sages et fous,
écoutez bien la ballade
De celui-là
Qui s´en alla
Pour trouver l´Eldorado.

Comme autrefois
Princes et rois
S´en allaient pour les croisades,
Il a laissé
Tout son passé
Pour trouver l´Eldorado.

Crinière au vent,
Le mors aux dents
En folle cavalcade,
Que cherchait-il
Vers cet exil,
Là-bas en Eldorado?

Sur mon cheval,
Sous les étoiles
Et le soleil en cascade
Pour que demain
Brille en nos mains
Tout l´or de l´Eldorado.

Il a traîné
Comme un damné
De mirage en mirage.
Il a vieilli
Jour après nuit
Sans trouver l´Eldorado.

Mais la mort
Qui l´avait suivi
En fidèle camarade
Lui a dit : « Viens,
Je connais bien
La terre d´Eldorado. »

On l´a trouvé,
Le front brûlé
Par le soleil et le sable
Sur le chemin
Qui va sans fin,
Là-bas, en Eldorado.

La nuit, parfois,
Chante une voix :
C´est son âme en ballade
Qui cherche encore
La poudre d´or
Quelque part en Eldorado. {x4}

(Georges Moustaki)

Illustration: Alena Plihal

 

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LE TEMPS QUI BRÛLE (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019




    
LE TEMPS QUI BRÛLE
à Nelly.

Lente, gloire lente, femme lente,
Lente, tu es lente,
A l’heure somptueuse du corps.
Tu es le temps qui console
Tu es le sablier de la douceur
Ton corps mesure en moi la force des marées
Ton corps indique le temps infini
Encore un instant de bonheur !
Encore l’oubli, encore une victoire glorieuse sur la mort !
Encore toi, encore ta haute vague !
Encore ta jeunesse qui brûle !
Encore ta gloire, encore ton délire !
Lente, gloire lente, femme lente,
Tes cheveux, tes cuisses, tes os,
Ton enfance, tes poupées, ta joie
Pénètrent jusque dans mes os.
Lente, gloire lente, femme lente
Tes caresses me suivront jusque dans la poussière !

(René Depestre)

 

Recueil: Journal d’un animal marin
Traduction:
Editions:

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Soupe de cailloux (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



    

Soupe de cailloux
(à Jean-Claude Pirotte)

l’horreur et la merveille
se cachent sous la même pierre
la pierre c’est demain

deux mains sont nécessaires
pour soulever la pierre
deux mains font le chemin

le chemin est de cendre
de boue et de poussière
tu le suis comme un chien

tu goûtes et tu renifles
tu lèches la lumière
tu mords le grand rien

les pieds ne vont nulle part
les pieds sont une prière
tu marches sur les mains

hier va plus loin
demain est une pierre
aujourd’hui tu as faim

L’horreur et la merveille
se cachent sous la même pierre
la pierre c’est demain

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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POURQUOI? (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2019




    
POURQUOI?

Il a besoin de réconfort
mon coeur sombre éparpillé

Dans les failles fangeuses des pierres
comme une herbe de ce pays
il veut trembler à la lumière doucement

Mais je ne suis
dans la fronde du temps
que l’écaille des pierres taraudées
sur la route improvisée
de la guerre

Depuis le jour
où il a regardé la face
immortelle du monde
tombant dans le labyrinthe
de son cœur soucieux
ce fou a voulu savoir

Il s’est aplati
comme un rail
ce coeur à l’écoute
mais il s’est découvert à suivre
comme un sillage
une navigation disparue

Je regarde l’horizon
qui se variole de cratères
Mon coeur veut s’illuminer
comme cette nuit
au moins de fusées

Je soutiens mon coeur
qui s’encave
et ébranle et gronde
comme un projectile
dans la plaine
mais qui ne me laisse
pas même un signe d’envol

Mon pauvre coeur
ahuri
de ne pas savoir

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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IN MEMORIAM (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Illustration
    
IN MEMORIAM

Son nom c’était
Mohammed Scheab

Descendait
des émirs nomades
s’est suicidé
parce qu’avait
plus de Patrie

Aimait la France
changea de nom

Il fut Marcel
mais pas Français
savait plus vivre
sous la tente des siens
où l’on écoute
la cantilène du Coran
en buvant du café

Et ne savait
pas délivrer
la chanson
de son abandon
Je l’ai suivi
avec la patronne de l’hôtel
où nous vivions
à Paris
au numéro 5 de la Rue des Carmes
une ruelle en pente les murs fanés

Il repose
au cimetière d’Ivry
un faubourg qui semble
éternellement
dans une journée
où s’en va la foire

Et peut-être suis-je seul
à savoir encore
qu’il a vécu

***

In memoria

Si chiamava
Moammed Sceab

Discendente
di emiri di nomadi
suicida
perché non aveva più
Patria

Amò la Francia
e mutò nome

Fu Marcel
ma non era Francese
e non sapeva più
vivere
nella tenda dei suoi
dove si ascolta la cantilena
del Corano
gustando un caffè

E non sapeva
sciogliere
il canto
del suo abbandono

L’ho accompagnato
insieme alla padrona dell’albergo
dove abitavamo
a Parigi
dal numero 5 della rue des Carmes
appassito vicolo in discesa

Riposa
nel camposanto d’Ivry
sobborgo che pare
sempre
in una giornata
di una
decomposta fiera

E forse io solo
so ancora
che visse

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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On part à sa guise et l’on chante (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2019



 

Eugeniusz Zak -  [1280x768]

On part à sa guise et l’on chante
— Quel écho dira le refrain ?
Ce sont nos vieux airs qui me hantent,
Et comme une angoisse m’étreint —

On part à son heure et sans hâte
— Et le pas s’est précipité —
On a choisi la route plate
— Nous allons gravir le sentier ;

On part pour se prouver libre,
À son heure, sur la route qui plut
— Déjà on est las de la suivre :
N’est plus libre quiconque a voulu.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Eugeniusz Zak

 

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Aussi bien je me dirais joyeux (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

Nicholas Roerich drops-of-life-1924 [1280x768]

Aussi bien je me dirais joyeux,
Car la joie est subtile et fait mal
— La pluie en fils soyeux
Traîne sur l’horizon pâle.

Aussi bien je me croirais aimé,
Car l’amour est étrange et cruel
— Le soleil d’un rire enflammé
Met du sang au bord du ciel.

J’ai honte et j’ai hâte de vivre
Dans le deuil et la mort du monde,
Je ne sais quelle route suivre ;
Mais j’entends mourir les secondes !…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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Plus bas (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019



 


   
Plus bas

Quand l’obscurité me paraît céder en un point,
blanchir un peu de lumière,
c’est toujours un effet sans lendemain.
J’ai beau suivre les points brillants
dans la pénombre,
j’arrive chaque fois en bas
et chaque fois, de plus en plus bas,
là où je risque de ne plus prendre part à la vie.

Depuis le temps, j’aurais dû m’en douter:
c’est comme ça –

je finis toujours par m’abandonner
à des idées noires
comme si l’obscurité me saisissait en plein jour
et n’avait cessé depuis l’enfance
d’effriter la terre dans mes mains,
quand bien même je travaillerais,
avec l’obstination d’un dément,
essayer de rendre les choses plus visibles.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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J’ai toujours aimé les êtres originaux (Paul Léautaud)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



Agnès Boulloche  7 [1280x768] 

J’ai toujours aimé les êtres originaux, bizarres, chimériques, singuliers.
Ils sont pour moi le sel de la vie, autant qu’en sont l’horreur les gens qui ressemblent à tout le monde.
J’aime leur fantaisie, leur folie.
Je les suis quand je les rencontre dans la rue, je cherche à me renseigner sur eux,
je voudrais les connaître et les fréquenter, je n’ai que dégoût pour ceux qui se retournent et rient sur leur passage.
Ils ont encore pour me plaire qu’ils sont souvent très bons, bien qu’étant toujours très pauvres.
N’est-ce pas curieux, cet assemblage si fréquent de l’originalité et de la bonté,
alors que les gens qui se ressemblent par milliers sont, dans leur médiocrité, en général si égoïstes et si malfaisants ?
Je rattache encore cela à tout ce qui sépare des êtres qui sont libres d’autres qui ne sont que des esclaves.
S’habiller à sa guise, agir et vivre de même, sans souci des sots qui s’étonnent ou qui se moquent,
c’est encore, dans un petit domaine, le signe d’un esprit libre.

(Paul Léautaud)

Illustration: Agnès Boulloche

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