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Poésie

Posts Tagged ‘suivre’

Retouche aux cousines (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Retouche aux cousines

belles qui suivez l’amour
sous les trembles des années
laissez son onde aller seule et se perdre
et noire dans la mer
prendre la forme des fumées

(Daniel Boulanger)

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Mille chemins, un seul but (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020




    

Mille chemins, un seul but

Le chasseur songe dans les bois
À des beautés sur l’herbe assises,
Et dans l’ombre il croit voir parfois
Danser des formes indécises.

Le soldat pense à ses destins
Tout en veillant sur les empires,
Et dans ses souvenirs lointains
Entrevoit de vagues sourires.

Le pâtre attend sous le ciel bleu
L’heure où son étoile paisible
Va s’épanouir, fleur de feu,
Au bout d’une tige invisible.

Regarde-les, regarde encor
Comme la vierge, fille d’Ève,
Jette en courant dans les blés d’or
Sa chanson qui contient son rêve !

Vois errer dans les champs en fleur,
Dos courbé, paupières baissées,
Le poète, cet oiseleur,
Qui cherche à prendre des pensées.

Vois sur la mer les matelots
Implorant la terre embaumée,
Lassés de l’écume des flots,
Et demandant une fumée !

Se rappelant quand le flot noir
Bat les flancs plaintifs du navire,
Les hameaux si joyeux le soir,
Les arbres pleins d’éclats de rire !

Vois le prêtre, priant pour tous,
Front pur qui sous nos fautes penche,
Songer dans le temple, à genoux
Sur les plis de sa robe blanche.

Vois s’élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes,
Sombres esprit dominateurs,
Chênes dans la forêt des hommes.

Vois, couvant des yeux son trésor,
La mère contempler, ravie,
Son enfant, cœur sans ombre encor,
Vase que remplira la vie !

Tous, dans la joie ou dans l’affront,
Portent, sans nuage et sans tache,
Un mot qui rayonne à leur front,
Dans leur âme un mot qui se cache.

Selon les desseins du Seigneur,
Le mot qu’on voit pour tous varie ;
– L’un a : Gloire ! l’autre a : Bonheur !
L’un dit : Vertu ! l’autre : Patrie !

Le mot caché ne change pas.
Dans tous les cœurs toujours le même ;
Il y chante ou gémit tout bas ;
Et ce mot, c’est le mot suprême !

C’est le mot qui peut assoupir
L’ennui du front le plus morose !
C’est le mystérieux soupir
Qu’à toute heure fait toute chose !

C’est le mot d’où les autres mots
Sortent comme d’un tronc austère,
Et qui remplit de ses rameaux
Tous les langages de la terre !

C’est le verbe, obscur ou vermeil,
Qui luit dans le reflet des fleuves,
Dans le phare, dans le soleil,
Dans la sombre lampe des veuves !

Qui se mêle au bruit des roseaux,
Au tressaillement des colombes ;
Qui jase et rit dans les berceaux,
Et qu’on sent vivre au fond des tombes !

Qui fait éclore dans les bois
Les feuilles, les souffles, les ailes,
La clémence au cœur des grands rois,
Le sourire aux lèvres des belles !

C’est le nœud des prés et des eaux !
C’est le charme qui se compose
Du plus tendre cri des oiseaux,
Du plus doux parfum de la rose !

C’est l’hymne que le gouffre amer
Chante en poussant au port des voiles !
C’est le mystère de la mer,
Et c’est le secret des étoiles !

Ce mot, fondement éternel
De la seconde des deux Romes,
C’est Foi dans la langue du ciel,
Amour dans la langue des hommes !

Aimer, c’est avoir dans les mains
Un fil pour toutes les épreuves,
Un flambeau pour tous les chemins,
Une coupe pour tous les fleuves !

Aimer, c’est comprendre les cieux.
C’est mettre, qu’on dorme ou qu’on veille,
Une lumière dans ses yeux,
Une musique en son oreille !

C’est se chauffer à ce qui bout !
C’est pencher son âme embaumée
Sur le côté divin de tout !
Ainsi, ma douce bien-aimée,

Tu mêles ton cœur et tes sens,
Dans la retraite où tu m’accueilles,
Aux dialogues ravissants
Des flots, des astres et des feuilles !

La vitre laisse voir le jour ;
Malgré nos brumes et nos doutes,
Ô mon ange ! à travers l’amour
Les vérités paraissent toutes !

L’homme et la femme, couple heureux,
À qui le cœur tient lieu d’apôtre,
Laissent voir le ciel derrière eux,
Et sont transparents l’un pour l’autre.

Ils ont en eux, comme un lac noir
Reflète un astre en son eau pure,
Du Dieu caché qu’on ne peut voir
Une lumineuse figure !

Aimons ! prions ! les bois sont verts,
L’été resplendit sur la mousse,
Les germes vivent entr’ouverts,
L’onde s’épanche et l’herbe pousse !

Que la foule, bien loin de nous
Suive ses routes insensées.
Aimons, et tombons à genoux,
Et laissons aller nos pensées !

L’amour, qu’il vienne tôt ou tard,
Prouve Dieu dans notre âme sombre.
Il faut bien un corps quelque part
Pour que le miroir ait une ombre.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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UN JOUR (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



    

UN JOUR

Un jour nous nous appellerons sans nous entendre,
L’un de nous deux ne répondra plus,
L’aile déchirée un oiseau tombera
Et son oeil effrayé cherchera pourquoi
Dans le hallier le chant ne répond plus;
Pour arriver au nid tu bats de l’aile
Et cette aile frappe la terre
Comme une main qui ne peut plus rien,
Et de l’autre tombent de chaudes gouttes de corail.
Tu cours te cacher, mais pourquoi, de qui ?
Et te voilà seul dans ta solitude.
On aurait dit qu’un coeur battait auprès du tien.
Pourquoi plus, maintenant ?
Oh ! si davantage encore nous nous étions aimés,
Alors, peut-être…
Et tout à coup tu t’entends parler seul,
C’est le vide qui te fait place,
C’est le silence qui t’écoute.
Qui a mis ces linceuls noirs sur les miroirs ?
A table tu tarderas
A prendre la cuiller dans ta main
Et la chaise, tu le sais trop,
Restera vide.
Les allées de l’automne seront beaucoup plus longues
Et tu redouteras de les suivre jusqu’au bout
Et tu n’auras plus envie
De revenir à la maison.

(Mihai Beniuc)

 

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MIRAGES (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
MIRAGES

Je ne connais les choses que partiellement —
La couleur de la rose et la calme fumée
Du Vésuve et le blanc visage de l’aimée
Mais non que la douleur la ronge lentement.

Moi-même je ne suis qu’un feu sur une cime.
Mais qui sait tes tréfonds, qui donc soupçonnerait
Que tu tiens enfermé le rare minerai,
Pic qui te dresses droit sur le bord de l’abîme ?

Je suis un voyageur et d’autres avant moi
Ont suivi le chemin vers ces buts qu’on rêva,
Mais qui sont différents lorsque la main les touche.

Et, la tête déjà chenue, je vais encor
Au milieu du désert croyant que je débouche
Sur la forêt, croyant la voir. Aurais-je tort ?

(Mihai Beniuc)

 

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NE SUIVEZ PAS LES ÉTOILES DE LA NUIT (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2020



Illustration: Vincent Van Gogh    
    
Dutch, English, Spanish, French, Italian, German, Portuguese, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaysia

VOLG VAN DE NACHT niet de sterren
maar stroomopwaarts de duisternis
die aards en tastbaar is

spaar de aalmoes niet
deel met de nachtnomaden
het brood en de wijn

werp rozen in de dageraad.

GERMAIN DROOGENBROODT
Uit “Tegenlicht – Contraluz”
Uitgeverij POINT 2004

***

Don’t follow the stars of the night
but upstream the darkness,
which is earthly and palpable.

Don’t spare the alms —
share bread and wine
with the nomads of the night.

Throw roses at the break of day.

GERMAIN DROOGENBROODT
From “Counterlight”
POINT Editions 2004

***

NO SIGAS DE LA NOCHE las estrellas
sino río arriba la oscuridad
terrestre y palpable

no ahorres la limosna
comparte con los nómadas de la noche
el pan y el vino

arroja rosas en el alba.

GERMAIN DROOGENBROODT

Traducción de Rafael Carcelén en colaboración con el autor
de “el Camino – Contraluz”
Calima Ediciones 2004, Palma de Mallorca &
Editorial POINT 2004, Bélgica-España

***

NE SUIVEZ PAS LES ÉTOILES de la nuit

mais à contre-courant
l’obscurité
terrestre et perceptible

n’épargnez pas l’aumône
partagez avec les nomades de nuit
le pain et le vin

jetez des roses
dans l’aube.

GERMAIN DROOGENBROODT
Traduction de Elisabeth Gerlache
de “Contre-lumière”

***

Non inseguire le stelle notturne
ma controcorrente l’oscurità
terrestre e palpabile

non risparmiare l’elemosina
spartisci con i nomadi della notte
il pane e il vino

getta rose nell’alba.

GERMAIN DROOGENBROODT
Traduzione di Tiziana Orrù
di “Controluce”
Edizione puntoacapo, Novi Ligure, Italia

***

FOLGE DER NACHT, nicht den Sternen
sondern stromaufwärts der Finsternis
die irdisch und greifbar ist

spare an den Almosen nicht
teile mit den Nachtnomaden
das Brot und den Wein

wirf Rosen in die Morgenröte.

GERMAIN DROOGENBROODT
Nachdichtung in Zusammenarbeit mit dem Autor von
Charlotte Karner und Roman Baumgartner
Aus “Gegenlicht ─ Contraluz »

***

NÃO SIGAS AS ESTRELAS da noite
mas rio acima a escuridão
terrestre e palpável
não poupes a esmola

divida-a com os nómades da noite

o pão e o vinho
arroja rosas no amanhecer.

GERMAIN DROOGENBROODT

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia

***

NU TE CĂLĂUZI după stelele nopții
ci după întunecimea din susul râului

terestră și palpabilă
nu cruța ce-i al tău
împarte pâinea și vinul
cu nomazii nopții

întâmpină cu trandafiri revărsatul zorilor.

GERMAIN DROOGENBROODT

Traducere: Daniela Andronache
Din „Counterlight ─ Contralumină”, Ed. Ex Ponto, Constanța 2004

***

Nie podążaj za gwiazdami nocy
ale pod prąd ciemności,
która jest taka realna i namacalna.

Nie skąp jałmużny —
dziel chleb i wino
z nomadami nocy.

Rzucaj róże u progu dnia.

GERMAIN DROOGENBROODT

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka
[z:] “Counterlight”[‘Przeciwświatło’]
Wyd. POINT Editions 2004 r.

***

ΜΗΝ ΑΚΟΛΟΥΘΕΙΣ

Μην ακολουθείς τ’ άστρα της νύχτας
σκοτάδι μόνο αντίθετα στο ρεύμα
μα γήινο και χειροπιαστό

δώσε αφειδώς ελεημοσύνη
μοιράσου το ψωμί και το κρασί
με τους νομάδες της νυχτιάς
μες στο ξημέρωμα πέταξε ρόδα.

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη//

GERMAIN DROOGENBROODT
Translated in Greek by Manolis Aligizakis
From “Counterlight”
POINT Editions 2004

***

别跟夜晚的星星走
但走向黑暗的上游
黑暗就是人间的和可触的

不要吝啬施舍
与夜晚的游牧人
分享面包和葡萄酒

在天破晓时抛玫瑰。

原 作:西班牙 乔曼·卓根布鲁特

汉 译:中 国 周道模 2020-6-5
GERMAIN DROOGENBROODT

Chinese translation: William Zhou
From “Counterlight”, POINT Editions 2004

***

لا تهتدوا بنجوم الليل وأحرى لكم
أن تمخروا عباب الظلام،
فأنتم أدرى به وهو الأقرب إليكم.
لا تبذروا خبزكم الشهي ـ
ونبيذكم
مع من ترتحلون في الليل.
أنثروا الزهور مع إشراقة النهار.

جيرمان دروغنبروت
ترجمة عن الانجليزية: سارة سليم

من “Counterlight”
POINT Editions 2004

***

के तारों के
पीछे मत जाओ
लेकिन अंधेरे के ऊपर,
जो सांसारिकऔर गूढ़ है।
भिक्षा देना मत छोड़ो-
रोटी और शराब बांटे
रात के खानाबदोशों
के साथ।
दिन की भोर में
गुलाब फेंकते हैं।
जर्मेन ड्रोजेनोब्रोड्ट

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

夜の明るい星々につき従うのではない
暗闇の流れに逆らって歩むのだ

そのほうが土のようにたくましく生きることができる

施しを惜しんではいけない
パンとワインを分かち合うのだ
夜の遊牧民たちとともに
夜明けにバラの花をまくがいい

ジャーマン・ドローゲンブロート(2004)
「Counterlight(逆光)」より
POINT Editions 2004

***

در شب ستاره ها را دنبال نکن
اما بالادست تاریکی
که زمینی و قابل لمس است
خوبی ها را صرفه جویی نکن
نان و شراب را قسمت کن
با خانه به دوشانی از شب
گلهای رز رادر سحرگاه پرتاب کن.
جرمین دروگنبرودت
ترجمه سپیده زمانی

***

Не следвай звездите на нощта,
но тръгни срещу тъмнината,
която е суетна и осезаема.

Не пести милостинята –
споделяй хляб и вино
с номадите на мрака.

Хвърляй рози с началото на деня.

Из „Контрасветлина”
И-во POINT 2004
ПРЕВОД ОТ АНГЛИЙСКИ: ИВАН ХРИСТОВ

***

Eltið ekki stjörnur næturinnar
heldur á móti straumnum
jarðneskt og áþreifanlegt myrkrið.

Sparið ekki ölmusu —
gefið flækingum næturinnar
af brauðinu og víninu.

Varpið rósum í morgunroðann.

GERMAIN DROOGENBROODT

Þór Stefánsson þýddi
Úr “Counterlight”
POINT Editions 2004

***

Ходи не за ночными звездами,
ходи против течения
земной и зримой тьмы.

Не жалей милосердия,
с ночными странниками
дели вино и хлеб,

Разбрасывай розы на рассвете.

ГЕРМАЙН ДРОГЕНБРОДТ

ПЕРЕВОД ДАРЬИ МИШУЕВОЙ
Из: «Подсветка» – “Tegenlicht – Contraluz”
Издательство POINT 2004

***

USAH IKUT BINTANG malam
tapi mudiklah kegelapan
yang lebih duniawi dan ada kewujudan
Usah hulurkan sedekah

sebaliknya agihkanlah makanan dan minuman

kepada nomad malam.

Taburkan bunga mawar pada waktu subuh.
GERMAIN DROOGENBROODT, SEPANYOL
Penterjemah : Dr. Raja Rajeswari Seetha Raman

Sumber: “Counterlight”
POINT Editions 2004

(Germain Droogenbroodt)

Recueil: ITHACA 635
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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JE CHERCHE PAIX (Olivier De Magny)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2020




    
JE CHERCHE PAIX

Je cherche paix, et ne trouve que guerre,
Ores j’ai peur, ores je ne crains rien,
Tantôt du mal et tantôt j’ai du bien,
Je vole au ciel et ne bouge de terre.

Au cœur douteux l’espérance j’enserre,
Puis tout à coup je lui romps le lien,
Je suis à moi et ne puis être mien,
Suivant sans fin qui me fuit et m’enferre.

Je vois sans yeux, je cours sans déplacer,
Libre je suis et me sens enlacer
D’un poil si beau que l’or même il égale :

J’englace au feu, je brûle dedans l’eau,
Je ris en pleurs, et ronge mon cerveau,
Chantant toujours comme fait la cigale.

(Olivier De Magny)

 

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À Rosette (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



À Rosette

Mai sourit au firmament,
Mai, le mois des douces choses ;
Ton aveu le plus charmant
Est venu le jour des roses.

Pour témoins de ce bonheur
Nous avons pris, ô ma belle,
Le premier lilas en fleur,
Et la première hirondelle.

Le vallon sait notre amour,
Les grands bois sont nos complices ;
Les lis gardent, loin du jour,
Ton secret, dans leurs calices !

Les papillons nuancés
Et les vertes demoiselles
Portent tes serments tracés
Sur la poudre de leurs ailes.

L’étreinte des lierres frais,
Verts chaînons que rien ne brise,
Figure, dans les forêts,
L’ardeur que tu m’as promise.

Et pour qu’à notre dessein
Ton souvenir soit fidèle,
Sur les rondeurs de ton sein,
Tous les nids ont pris modèle.

Oh ! Ne trahis pas ta foi !
Regarde, mon cœur, regarde :
Tout l’azur a l’œil sur toi,
Et tout le printemps te garde !

Si tu venais à mentir,
Les muguets, aux fines branches,
Feraient tous, pour m’avertir,
Tinter leurs clochettes blanches ;

Les limaçons consternés,
Comme des prophètes mornes,
Par les chemins détournés,
Me suivraient avec des cornes ;

Et les oiseaux, dans la nuit,
Se heurtant à ma fenêtre,
Me rapporteraient le bruit
De ta rigueur prête à naître !

Hélas ! Hélas ! Les beaux jours
N’ont qu’un temps, comme les roses.
J’ai peur des grands étés lourds
Et des grands hivers moroses !

Ces mois-là n’ont rien promis,
Et tous les crimes s’y peuvent,
Sans que les blés endormis
Ou les glaçons froids s’émeuvent.

O mon ange ! ô mon trésor !
Cher bonheur que Dieu me donne,
Jure-moi d’aimer encor,
Lorsque jaunira l’automne !

Jure-moi !… ― mais tu souris
De mes alarmes trop fortes…
Viens !… les rameaux sont fleuris,
Oublions les feuilles mortes !

(Louis Bouilhet)

Illustration: Eugène Begarat 

 

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Vivre (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Vivre

J’ai cueilli cette fleur sauvage
Elle n’était belle que de loin
Je l’ai cueillie pensant à vous
Et à ce bruit d’eau que font les jours

Nous reviendrons dans ce jardin
Une autre fois quand les étoiles
Guideront la barque de la lune
Où la nuit songeuse est assise

Mais ce soir je ne peux pas
Me souvenir de mes amours
Il fait très noir et je ne sais
Quel chemin suivre pour vous joindre

A l’aube sûrement nous pourrons
Entrelacer nos mains encore
Et tout sera tellement facile
Une alouette nous guidera

Même la mort n’y pourra rien
C’est très facile d’être seuls
Il suffit de fermer les yeux
Le reste est déjà là inscrit dans la rosée.

(Robert Momeux)

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ECRIRE DE LA POESIE (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020




Illustration: Loek Groenendijk
    
ECRIRE DE LA POESIE

Trouver le fragile équilibre
entre le silence et le mot

entre suivre le chemin
et s’égarer

entre l’indescriptible
et ce qui peut être nommé

à surmonter
le gouffre profond
entre plume et papier.

***

WRITING POETRY

To find the fragile balance
between silence and word

between the road
and the deviation

between the nameless
and the nameable

to bridge
the deep abyss
between paper and pen.

***

A SCRIE POEZIE

A afla echilibrul fragil
dintre tăcere și cuvânt

dintre drum
și rătăcire

dintre spus
și nespus

a traversa
prăpastia adâncă
dintre condei și hârtie.

***

ESCREVER POESIA

Encontrar o frágil equilíbrio
entre o silêncio e a palavra

entre o caminho
e a desorientação

entre o dizível
e o indizível

entrelaçar
a funda fissura
entre pluma e papel.

***

DICHTEN

Het broze evenwicht vinden
tussen de stilte en het woord

tussen de weg
en het verdwalen

tussen het naamloze
en het noembare

te overbruggen
de diepe kloof
tussen pen en papier.

***

ESCRIBIR POESÍA

Hallar el frágil equilibrio
entre el silencio y la palabra

entre el camino
y la desorientación

entre lo decible
y lo indecible

entrelazar
la brecha honda
entre pluma y papel.

***

PISANIE POEZJI

Znaleźć kruchą równowagę
między milczeniem a słowem

między drogą
a błądzeniem

między tym co nazwane
a tym co zostanie nazwane

przerzucić most
przez otchłań
między piórem a papierem

***

SCRIVERE POESIA

per trovare il fragile equilibrio
tra il silenzio e la parola

tra la strada
e la sua deviazione

tra ciò che è senza nome
e ciò che è pronunciabile

per solcare
il profondo abisso
fra la carta e la penna.

***

SCRIVIRI PUISII

Truvari lu fraggili bilanciu
ntra lu silenzuiu e la palora

ntra la strata
e la diviazzioni

Ntra zoccu ‘un havi nomu
E chiddu ca pò siri numinatu

Iccari un ponti
supra l’abissu prufunnu
ntra la carta e la pinna.

***

DICHTEN

Das zerbrechliche Gleichgewicht finden
zwischen der Stille und dem Wort

zwischen dem Weg
und dem Verirren

zwischen dem Namenlosen
und dem Benennbaren

zu überbrücken
die tiefe Schlucht
zwischen Feder und Papier.

***

***

***

***

写 诗

在沉默和言语之间
找到脆弱的平衡

在道路和
偏差之间

在无名者和
名人之间

在纸和笔之间
去搭桥
联通深渊

***

ΓΡΑΦΟΝΤΑΣ ΠΟΙΗΣΗ

Να βρω ψάχνω ισορροπία
ανάμεσα σε λέξη και σιωπή

ανάμεσα στ’ ανώνυμο
και στο ονομαστό

να γεφυρώσω
τη βαθειά άβυσσο
ανάμεσα στο χαρτί και στο μολύβι

***

AÐ YRKJA LJÓÐ

Að finna viðkvæmt jafnvægi
milli þagnar og orðs

milli vegar
og afvegar

milli nafnlauss
og nefnanlegs

að brúa
djúpið
milli pappírs og penna.

***

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 620
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Anglais Stanley Barkan / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Portugais José Eduardo Degrazia / Néerlandais / Espagnol Rafael Carcelén / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Italien Luca Benassi / Corse Gaetano Cipolla / Allemand Wolfgang Klinck / Hébreu Dorit Wiseman / Russe Rahim Karim / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou / Grec Manolis Aligizakis / Islandais Thor Stefánsson / Arabe Sarah Silt /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Eveille les bois (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



Eveille les bois
Du pays voisin

Est-ce le printemps
Qui cherche son nid
Sur la haute branche
Où niche la pie ?

C’est mon coeur marqué
Par d’anciennes pluies
Et ce lent cortège
D’aubes qui le suit.

(René-Guy Cadou)


Illustration: Olga Guyot

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