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Poésie

Posts Tagged ‘superflu’

Violon tzigane (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Yuliya Mervant
    
Violon tzigane, la tempête gémit.
Fillette gentillette au sourire fielleux
me laisserai-je intimider par ton regard bleu ?
Il me faut beaucoup, beaucoup m’est superflu.

Si loin, si dissemblables en somme
tu es jeune, moi j’ai tout vécu.
Aux jeunes le bonheur, à moi la mémoire seule :
Nuit de neige, étreinte fougueuse.

Câliné ? non. La tempête est mon violon.
Un sourire de toi lève la tempête en moi.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence
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Le pardon (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018


 


Carol Carter           Swimmer   39

Le pardon

Je me meurs, je succombe au destin qui m’accable.
De ce dernier moment veux-tu charmer l’horreur ?
Viens encore une fois presser ta main coupable
Sur mon coeur.

Quand il aura cessé de brûler et d’attendre,
Tu ne sentiras pas de remords superflus ;
Mais tu diras :  » Ce coeur, qui pour moi fut si tendre,
N’aime plus.  »

Vois l’amour qui s’enfuit de mon âme blessée,
Contemple ton ouvrage et ne sens nul effroi :
La mort est dans mon sein, pourtant je suis glacée
Moins que toi.

Prends ce coeur, prends ton bien ! L’amante qui t’adore
N’eut jamais à t’offrir, hélas ! Un autre don ;
Mais en le déchirant, tu peux y lire encore
Ton pardon.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carol Carter

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Je ne sais plus, je ne veux plus (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Alexander Bartashevich  817

Je ne sais plus, je ne veux plus

Je ne sais plus d’où naissait ma colère ;
Il a parlé… ses torts sont disparus ;
Ses yeux priaient, sa bouche voulait plaire :
Où fuyais-tu, ma timide colère ?
Je ne sais plus.

Je ne veux plus regarder ce que j’aime ;
Dès qu’il sourit tous mes pleurs sont perdus ;
En vain, par force ou par douceur suprême,
L’amour et lui veulent encor que j’aime ;
Je ne veux plus.

Je ne sais plus le fuir en son absence,
Tous mes serments alors sont superflus.
Sans me trahir, j’ai bravé sa présence ;
Mais sans mourir supporter son absence,
Je ne sais plus !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexander Bartashevich

 

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Telle une brassée de roses (Kostas Karyotakis)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018




    
Telle une brassée de roses

j’ai vu ce soir-là.
Dorée et subtile
par les rues, une senteur.
Et dans le coeur
une tendresse brusque.
Le manteau sous le bras,
le visage levé, irradié de lune.
L’atmosphère électrisée
de baisers, on dirait.
La pensée, les poèmes,
fardeau superflu.

J’ai comme l’aile brisée.
Pourquoi nous fut échu
cet été, je ne le sais pas même.
Pour quelle joie inespérée,
pour quelles amours,
pour quel voyage de rêve ?

(Kostas Karyotakis)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Telles des guitares désaccordées
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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CHEVAL DES RÊVES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017




CHEVAL DES RÊVES

Superflu, me regardant dans les miroirs
avec un goût de semaines, de biographes, de papiers,
j’arrache de mon sieur le capitaine de l’enfer,
j’établis des clauses indéfiniment tristes.

j’erre d’un point à l’autre, j’absorbe des illusions,
je bavarde avec les oiseaux dans leurs nids:
et eux, souvent, d’une voix fatale et froide
chantent et font fuir les maléfices.

I1 y a un vaste pays dans le ciel
avec les superstitieux tapis de l’arc-en-ciel
et les végétations vespérales :
c’est vers lui que je vais et grande est ma fatigue,
foulant une terre retournée de tombes encore fraîches,
je rêve entre ces plantes aux fruits indécis.

Je Passe entre les enseignements possédés, entre les sources,
vêtu comme un être original et abattu :
j’aime le miel usé du respect,
le doux catéchisme entre les feuilles duquel
dorment des violettes vieillies, évanouies,
et les balais, aux secours émouvants,
dans leur apparence il y a sans doute, cauchemar et certitude.

Je détruis la rose qui siffle et la ravisseuse anxiété:
je brise les extrêmes aimés: et plus encore,
je guette le temps uniforme, sans mesures
une saveur que j’ai dans l’âme me déprime.

Quelle aurore a surgi! Quelle épaisse lumière de lait,
compacte, digitale, me protège !
J’ai entendu hennir son rouge cheval
nu, sans fers et radieux.
Je survole avec lui les églises,
Je galope à travers les casernes désertes de soldats
et une armée impure me poursuit.
Ses yeux d’eucalyptus volent l’ombre,
son corps de cloche galope et frappe.

J’ai besoin d’un éclair de splendeur persistante,
d’une parenté joyeuse qui assume mes héritages.

(Pablo Neruda)

Illustration: Marc Chagall

 

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Je désire toujours (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
Je désire toujours

Avoir toujours gardé la candeur pour symbole,
Croire à tout sentiment noble et pur, et souffrir ;
Mendier un espoir comme un pauvre une obole,
Le recevoir parfois, et longtemps s’en nourrir !

Puis, lorsqu’on y croyait, dans ce monde frivole
Ne pas trouver un cœur qui se laisse attendrir !
Sans fixer le bonheur voir le temps qui s’envole ;
Voir la vie épuisée, et n’oser pas mourir !

Car mourir sans goûter une joie ineffable,
Sans que la vérité réalise la fable
De mes rêves d’amour, de mes vœux superflus,

Non ! je ne le puis pas ! non, mon cœur s’y refuse
Pourtant ne croyez pas, hélas ! que je m’abuse :
Je désire toujours… mais je n’espère plus !

(Louise Colet)

 

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Anniversaire (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



Anniversaire

« Et j’avais cinquante ans quand cela m’arriva. »

Je ne crois plus au langage des fleurs
Et l’Oiseau bleu pour moi ne chante plus.
Mes yeux se sont fatigués des couleurs
Et me voici las d’appels superflus.

C’est en un mot, la triste cinquantaine.
Mon âge mûr, pour tous fruits tu ne portes
Que vue hésitante et marche incertaine
Et ta frondaison n’a que feuilles mortes !

Mais des amis venus de l’étranger,
— Nul n’est, dit-on, prophète en son pays —
Du moins ont voulu, non encourager,
Consoler un peu ces lustres haïs.

Ils ont grimpé jusques à mon étage
Et des fleurs plein les mains, d’un ton sans leurre,
Souhaité gentiment à mon sot âge
Beaucoup d’autres ans et santé meilleure.

Et comme on buvait à ces vœux du cœur
Le vin d’or qui rit dans le cristal fin,
Il m’a semblé que des bouquets, en chœur,
Sortaient des voix sur un air divin ;

Et comme le pinson de ma fenêtre
Et le canari, son voisin de cage,
Pépiaient gaiement, je crus reconnaître
L’Oiseau bleu qui chantait dans le bocage.

(Paul Verlaine)

Illustration: Remy Disch

 

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L’amour mouillé (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
L’amour mouillé

Ouvre-moi, je suis sans escorte,
Glacé, fourbu, les membres lourds,
Je t’implore, ouvre-moi ta porte,
O bonne âme, je suis l’Amour.

– Entre, voyageur, entre vite,
Pauvre enfant que l’ombre a noyé,
Pour te réchauffer, je ressuscite
La flamme éteinte à mon foyer.

Done ton carquois et tes flèches,
Ton arc, et, près de l’âtre doux,
Au flamboiement des branches sèches,
Amour, sieds-toi sur mes genoux,

Où ma main tendrement essuie
Ton corps par l’orage marri,
Ton aile que mouilla la pluie…
Que je t’aime d’être meurtri!

Que j’aime voir briller tes larmes
Et les boire à tes cils tremblants;
Combien ta souffrance a de charmes
Et qu’ils sont beaux tes pieds sanglants!

Quel étrange bonheur j’endure,
Triste enfant dans mes bras blotti,
A toucher du doigt tes blessures
Où ma caresse s’alentit.

Entr’ouvre ta lèvre féline
Au plus profond de mes baisers…
Mais, je sens contre ma poitrine
Ton dernier sanglot s’apaiser,

Comme une errante mélodie
Assourdit son ultime accord.
Amour, je sais ta perfidie
Et déjà, sous tes cheveux d’or,

Ton regard se dessille et guette,
Eteignant son désir sournois,
La plus “homicide sagette”
Emmy les dards de ton carquois.

Mais qu’elle est vaine ta traîtrise,
Amour, tant d’art est superflu,
Voici que mon coeur agonise
Pour s’être à ta douleur complu

Et la volupté m’a navrée
D’avoir vu tes larmes couler
Plus que tes flèches acérées,
O Dieu nu que j’ai consolé.

Tu ris et chausses ta sandale,
Oubliant le soir orageux;
Déjà sous le bandeau d’opale
Et dans son manteau vaporeux

L’aube t’attend par la saulaie
Adieu, mais crois que je jouis
Du mal que tu m’as fait, ma plaie
Comme un rosier s’épanouit;

Au vain bonheur que je dédaigne,
Je la préfère, sous mes pleurs
S’effeuille le rosier qui saigne
Et que m’importe si j’en meurs!

(Marie Dauguet)

 

 

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Le Poète (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017


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Je mets d’abord – si tant est que je compte –
Le Poète – Puis le Soleil –
Puis l’Eté – Puis le Ciel de Dieu –
Après quoi – la Liste est close –

Mais, à la réflexion – le Premier semble
Si bien Comprendre le Tout –
Que les Autres font Figure de superflu –
J’écris donc – le Poète – Tout –

Son Eté – dure une Solide Année –
Il peut s’offrir un Soleil
Que l’Est – estimerait exorbitant –
Et si le Futur Ciel –

A la Beauté de celui qu’il prépare
Pour Ceux qui Le vénèrent –
C’est une Grâce plus qu’ardue –
De justifier ce Rêve –

(Emily Dickinson)

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Dans le ciel du néant avec presque rien (Katerina Anghelàki-Rooke)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Dans le ciel du néant avec presque rien

Par le trou de la serrure je guette la vie
je l’espionne pour comprendre
pourquoi c’est toujours elle qui gagne
tandis que nous perdons tous.
Pourquoi toutes les valeurs naissent et s’imposent
à ce qui pourrit d’abord :
le corps.
Je meurs en esprit sans trace de maladie
je vis sans nul besoin d’encouragement
je respire que je sois près ou loin
de ce qu’on touche
de chaud, qui embrase…
Je me demande quels autres arrangements
la vie va inventer
entre la débâcle d’une disparition définitive
et le miracle de l’immortalité chaque jour.
Je dois ma sagesse à la peur :
je jette
pétales, soupirs, nuances.
L’air, la terre, les racines je les garde –
je veux lâcher le superflu
pour entrer dans le ciel du néant
avec presque rien.

(Katerina Anghelàki-Rooke)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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