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Poésie

Posts Tagged ‘suprême’

Heureux, seul l’animal, par les verts pâturages (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018




Tant de tristesse et d’amertume noie
Dans quel trouble cette étroite vie ! Tant
De mesquine infortune,
Suprême, nous opprime !
Heureux, seul l’animal, par les verts pâturages
Paissant, à lui-même anonyme, et entrant dans
La mort comme dans sa maison ;
Ou le sage qui, égaré
Dans la science, dresse sa futile vie austère
Au-delà de la nôtre, ainsi que la fumée
Lève des bras vite défaits
Vers un ciel inexistant.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Claudia Pettis

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Au coeur solitaire du bonheur (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



 

Au coeur solitaire du bonheur,
Devenu mon coeur même,
Quelle paix divine en ce jour,
Et quelle plénitude suprême !

Ô le rire adorable d’amour
De tout ce qui m’environne !
Autour de mon bonheur en fleur
Une abeille éternelle bourdonne…

Elle se clôt doucement et s’apaise,
Mon âme heureuse ;
Elle se tait,
La rose qui chantait.

(Charles Van Lerberghe)

 

 

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Elle est vaine la parole (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Elle est vaine la parole et ne nous aide pas
Quand pour combler nos coeurs nous voudrions
Le liquide vertige des touches,
L’écheveau des archets,
Les chasses à courre des cuivres.
Ô misérable parole, lourde
De sens définis,
Close à la liberté, serve de l’enfer.

La parole signifie. Et c’est là
Qu’est sa mort. —
Couper des cordes du destin
Notre vraie dignité céleste,
Retrouver le tonnerre qui décline
Notre terrestre humanité,
Rejeter le fardeau qui nous pèse
Et la peur de l’ombre,
Ne rien signifier, ne rien dire,
Tel est sans doute l’acte d’amour suprême.

***

È vana la parola e non ci assiste
Quando, a colmare il cuor nostro, vorremmo
La liquida vertigine dei tasti,
Le matasse degli archi,
Le cacce degli ottoni.
Oh misera parola, grave
Di definite significazioni,
Negata a libertà, d’inferno schiava.

La parola significa. E ben questa
E la sua morte –
Scindere dalle corde del destino
La nostra vera dignità celeste
E ritrovare il tuono che declina
La nostra umanità terrestre,
Scaricare la soma che ci ingombra
E il terrore dell’ombra,
Nulla significare, nulla dire
Tale forse il supremo atto d’amore.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: Gilbert Garcin

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CHANSON DE JOFFROY RUDEL (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018



CHANSON DE JOFFROY RUDEL

C’est chose bien commune
De soupirer pour une
Blonde, châtaine ou brune

Maîtresse,
Lorsque brune, châtaine
Ou blonde, on l’a sans peine…
Moi, j’aime la lointaine
Princesse !

C’est chose bien peu belle
D’être longtemps fidèle,
Lorsqu’on peut baiser d’Elle

La traîne,
Lorsque parfois on presse
Une main qui se laisse…
— Moi, j’aime la Princesse
Lointaine.

Car c’est chose suprême
D’aimer sans qu’on vous aime,
D’aimer toujours, quand même,

D’une amour incertaine,
Plus noble d’être vaine…
Et j’aime la lointaine
Princesse.

Car c’est chose divine
D’aimer quand on devine,
Rêve, invente, imagine
A peine…

Le seul rêve intéresse,
Vivre sans rêve, qu’est-ce ?
Et j’aime la Princesse
Lointaine !

(Edmond Rostand)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Veuillez emprisonner vos yeux (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018




Veuillez emprisonner vos yeux,
Cessez de les jeter sur moi :
Quand vous daignez me regarder,
Par Dieu, belle, vous me tuez,
Mettant mon coeur en tel état
Que je ne sais plus où j’en suis.
Je suis mort si vous ne m’aidez,
Ma seule, ma suprême joie.

***

Vueilliez voz yeulx emprisonner
Et sur moy plus ne les giettés,
Car, quant vous plaist me regarder,
Par Dieu, belle, vous me tués
Et en tel point mon cueur mettés
Que je ne sçay que faire doye.
Je suis mort se vous ne m ‘aidiés,
Ma seule, souveraine joye.

(Charles d’Orléans)

Illustration: Le Titien

 

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ÉLÉGIE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: François Boucher   
    
ÉLÉGIE

Je m’ignorais encor, je n’avais pas aimé.
L’amour ! si ce n’est toi, qui pouvait me l’apprendre ?
À quinze ans, j’entrevis un enfant désarmé ;
Il me parut plus folâtre que tendre :
D’un trait sans force il effleura mon coeur ;
Il fut léger comme un riant mensonge ;
Il offrait le plaisir, sans parler de bonheur :
Il s’envola. Je ne perdis qu’un songe.

Je l’ai vu dans tes yeux cet invincible amour,
Dont le premier regard trouble, saisit, enflamme,
Qui commande à nos sens, qui s’attache à notre âme,
Et qui l’asservit sans retour.
Cette félicité suprême,
Cet entier oubli de soi-même,
Ce besoin d’aimer pour aimer,
Et que le mot amour semble à peine exprimer,
Ton coeur seul le renferme, et le mien le devine ;
Je sens à tes transports, à ma fidélité,
Qu’il veut dire à la fois, bonheur, éternité,
Et que sa puissance est divine.

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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VALSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Gaston Bussiere (1862-1929)      g

VALSE

I.

Loin du bal, dans le parc humide
Déjà fleurissaient les lilas ;
Il m’a pressée entre ses bras.
Qu’on est folle à l’âge timide !

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal,
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime ! »

Puis j’allai chaque soir,
Blanche dans le bois noir,
Pour le revoir
Lui mon espoir, mon espoir
Suprême.

Loin du bal dans le parc humide
Qu’on est folle à l’âge timide !

II.

Dans la valse ardente il t’emporte
Blonde fiancée aux yeux verts ;
Il mourra du regard pervers,
Moi, de son amour je suis morte.

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime ! »

Ne jamais plus le voir…
À présent tout est noir ;
Mourir ce soir
Est mon espoir, mon espoir
Suprême.

Dans la valse ardente il l’emporte
Moi, je suis oubliée et morte.

(Charles Cros)

Illustration: Gaston Bussiere

 

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Alberto Donaire CA27STYR

SONNET
À Mademoiselle S. de L. C.

Les saphirs durs et froids, voilés par la buée
De l’orgueilleuse chair, ressemblent à ces yeux
D’où jaillissent de bleus rayons silencieux,
Inquiétants éclairs d’un soir chaud, sans nuée.

Couvrant le front, comme au hasard distribuée,
La chevelure flotte en tourbillons soyeux.
La bouche reste grave et sans moue, aimant mieux
S’ouvrir un peu, de sa fraîcheur infatuée.

Cette bouche immuable et ces cheveux châtains,
Ces yeux, suivant dans l’air d’invisibles lutins,
Ont l’implacable attrait du masque de la Fable.

Mais non ; car dans ces traits placides rien ne ment ;
Et parfois ce regard révèle, en un moment,
La vérité suprême, absolue, ineffable.

(Charles Cros)

Illustration: Alberto Donaire

 

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VALSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Illustration: Félix Vallotton
    
VALSE

Loin du bal, dans le parc humide
Déjà fleurissaient les lilas;
Il m’a pressée entre ses bras.
Qu’on est folle à l’âge timide!

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal,
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime! »

Puis j’allai chaque soir,
Blanche dans le bois noir,
Pour le revoir
Lui, mon espoir, mon espoir
Suprême.

Loin du bal dans le parc humide
Qu’on est folle à l’âge timide!

II
Dans la valse ardente il t’emporte
Blonde fiancée aux yeux verts;
ll mourra du regard pervers,
Moi, de son amour je suis morte.

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal
Il me dit ce blasphème :
«Je vous aime!

Ne jamais plus le voir…
A présent tout est noir;
Mourir ce soir
Est mon espoir, mon espoir
Suprême.

Dans la valse ardente il l’emporte.
Moi je suis oubliée et morte.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma mortelle dame (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Illustration: Katsushika Hokusai
    
ma mortelle dame au corps cadavérique

d’une douceur bête exquisément,équipée
(devenant exactement passionnée agrippe

Volontiers en des gloussements de suprême sexe

ma protubérance muette-articulée)
Désirant que mon bel obus vexe

l’intuitif sillon qui se moque…
Et le vif clapotis-de-son-cerveau me mord

tendrement,
comme la lente concession-de-chair

chaude me,Prend;en de plus folles vagues de lumière
sentantbon
parfumées :
d’éclats imprononçables
Arrachés,
au soleil immense(dont le jour bave
sur la nuit—)et l’abrupt navire-de-ses lèvres

se désintègre,en une explosion!mièvre

***

my deathly body’s deadly lady

smoothly-foolish exquisitely,tooled
(becoming exactly passionate Gladly

grips with chuckles of supreme sex

my mute-articulate protrusion)
Inviting my gorgeous bullet to vex

the fooling groove intuitive…

And the sharp ripples-of-her-brain bite
fondly into mine,
as the slow give

of-hot-flesh Takes,me;in crazier waves of light
sweetsmelling
fragrant:
unspeakable chips
Hacked,
from the immense sun(whose day is drooled
on night—)and the abrupt ship-of-her lips

disintegrates,with a coy!explosion

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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