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Poésie

Posts Tagged ‘surdité’

Ce piano voyage en dedans (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2019




    
Ce piano voyage en dedans,
voyage par sauts joyeux.
Ensuite il médite, en repos ferré,
cloué par dix horizons.

Il avance. Il se traîne sous des tunnels,
plus loin, sous des tunnels de douleur,
sous des vertèbres qui fuguent naturellement.

D’autres fois, ses trompes vont,
lents et jaunes désirs de vivre,
vont s’éclipsant
et s’épouillent d’insectiles cauchemars
déjà morts pour le tonnerre, héraut des genèses.

Obscur piano qui guettes-tu
avec ta surdité qui m’entend,
avec ton mutisme qui m’assourdit ?

Oh pouls mystérieux.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Dieu de petite bonté (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Dieu de petite bonté et de provende hasardeuse
ne laisse pas faner la prière dans la surdité de ton ciel.

(Guy Lévis Mano)

 

 

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Surdité (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Illustration: Giacometti
    
Surdité

Le juste va par les rues
à pas comptés sans entendre
les discours haineux ou tendres
que nos coeurs ont entendus.

La joie du juste est tacite
et plus sourde que nos coeurs
puisqu’il s’est vu tout à l’heure
délivré des jours qu’il quitte.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Les parvis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le poète (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



Illustration
    
Le poète

Dur d’oreille et sans rêve, peu différent du plus vieux pâtre,
voici qu’un jour aussi peut-être et malgré lui l’esprit s’abat,
perce sa surdité, induisant le murmure — en lui le plus éloigné.

Voici qu’après des millions de tours le sort tombe sur lui,
homme dur comme une bille de lichen ou un fromage;
et dans le coeur pourtant la parole le fend.

La greffe prend à son flanc et maintenant avec une ramure de poème
il ressemble au dix cors de légende qu’il moquait.
La douleur a creusé une fenêtre par les tempes.
Un croisillon de sang draine l’épaisse cornée.
Des morts qui erraient font en lui leur sépulture

Le poète aux yeux cernés de mort descend à ce monde du miracle.
Que sème-t-il sans geste large sur runique sillon de la grève
— où de six heures en six heures pareille à une servante illettrée
qui vient apprêter la page et l’écritoire la mer en coiffe blanche
dispose et modifie encore l’alphabet vide des algues ?
Que favorise-t-il aux choses qui n’attendent rien dans le silence du gris ?

la coïncidence

(Michel Deguy)

 

Recueil: Donnant Donnant
Traduction:
Editions: Gallimard

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D’AUTRES TIGRES (Eduardo Lizalde)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



tigre- -sommeil-bengale

 

D’AUTRES TIGRES

Le tigre dort avec un œil sur le chat
un autre sur les crocs, avec les écluses
de l’ouïe ouvertes, dans la forêt ou à la maison,
au Jardin des Plantes parisien,
ou dans le Bestiaire de Chapultepec.
Et dans tous ces territoires ennemis,
chambres rondes ou campagnes, prisons
sombres, il y a un silence mortel à l’occasion.
Nous entendons, nous écoutons, que percevons-nous ?
Il n’y a pas de vent, personne ne nous dit mot,
silencieux est l’appareil de son,
la pluie ne tambourine pas, les insectes n’étourdissent pas,
la nuit, ne craquent pas
les meubles plaintifs d’habitude,
qui retrouvent endormis leurs meurtrissures oubliées.
Mais nous essayons toujours d’entendre quelque chose,
car il n’y a pas de zéro absolu dans notre acoustique
et quelque vieux râle, tout au fond,
se perçoit dans ce puits de surdité.

C’est la rumeur du monde, l’inaudible fracas chaud
de ce qui est vivant,
le bruit vague que nous faisons en vivant,
d’ici à la pause aveugle,
sèche et finale de ce si bref
concert d’existence que nous donnons

(Eduardo Lizalde)

 

 

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Je voudrais croire (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018




    
Je voudrais croire

Je voudrais croire et les dieux me rejettent.
Si je croyais, je dirais des prières.
Pourtant je prie et ne sais qui je prie,
toi mon poème ou l’inconnu du socle
que vit saint Paul et que l’on attendait.

Serais-je un corps — un corps et rien de plus ?
On parle d’âme et je ne vois que chair.
La mort en moi ne va-t-elle dissoudre
ce peu de foi qu’on nomme incertitude ?

Il suffirait d’un signe, un léger signe
comme un mouchoir agité dans la brume,
comme une voix qui me chuchoterait :
tu n’es pas seul ! et je croirais la voix.
Ma surdité même pourrait l’entendre.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Je ne regrette rien J’avance (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017


funambule

 

L’aube grise les yeux ternis
La faim calmée par une aumône
La plaie pansée par l’ennemi
La plaie léchée par un ami
La maison habitée même par le désastre
Les routes mêmes défoncées
Les mains si douces abîmées
Les lèvres roses déflorées
Une chasse sans gibier
Une corde sans pendu
Une femme sans enfants
Les murs de ma cécité
Tout autour de ma vision
Une voix sans contredit
Une intime surdité
Un passé hypothétique
Un avenir assuré
Un amour non éternel

Je ne regrette rien
J’avance

(Paul Eluard)

 

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Désir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Désir

Elle est lasse, après tant d’épuisantes luxures,
Le parfum émané de ses membres meurtris
Est plein de souvenirs des lentes meurtrissures.
La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

Et la fièvre des nuits avidement rêvées
Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds.
Ses attitudes ont des langueurs énervées.
Mais voici que l’Amante aux cruels ongles longs

Soudain la ressaisit, et l’étreint, et l’embrasse
D’une ardeur si sauvage et si douce à la fois,
Que le beau corps brisé s’offre, en demandant grâce.
Dans un râle d’amour, de désirs et d’effrois.

Et le sanglot qui monte avec monotonie,
S’exaspérant enfin de trop de volupté,
Hurle comme l’on hurle aux moments d’agonie,
Sans espoir d’attendrir l’immense surdité.

Puis, l’atroce silence, et l’horreur qu’il apporte,
Le brusque étouffement de la plaintive voix,
Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,
Blêmit la marque verte et Sinistre des doigts.

(Renée Vivien)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Les Emmurées (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2016



 

Les Emmurées

L’OMBRE étouffe
le rire étroit des Emmurées.
Leur illusoire appel s’étrangle dans la nuit.
Leur front implore en vain la brise qui s’enfuit

Vers l’Ouest, où les mers sommeillent, azurées.
Leur cécité profonde ignore les marées
Des couleurs, les reflux de la fleur et du fruit ;
Leur surdité n’a plus le souvenir du bruit,

Et la soif a noirci leurs lèvres altérées.
Leur chair ne blondit point sous l’ambre des soleils,
Lourde comme la pierre aux éternels sommeils,
Que la neige console et que frôlent les brises.

S’éteignant dans l’oubli du silence vainqueur,
Leur mort vivante a pris des attitudes grises…
La rouille des lichens a dévoré leur coeur.

(Renée Vivien)

Illustration

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