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Poésie

Posts Tagged ‘surgir’

Tes paroles tranchées, glaçantes (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Illustration: Béatrice Douvre    
    
Tes paroles tranchées, glaçantes
Et tes yeux comme fous…
L’aveu de ton amour avant
Le premier rendez-vous.

Mais je t’avais été promise
En un siècle lointain,
Vers toi je franchissais les mers,
Poussée par le destin.

Et sans savoir ton nom, ni même
À quoi tu ressemblais,
Comme l’aube surgie de la nuit
Je te reconnaîtrais.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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ÉCRAN (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
ÉCRAN

Écoutez,
Celui qui vous parle, c’est moi
Écran,
Des écrins de velours
Et des cadres dorés
Trop longtemps m’ont tenu captif,
Des cloisons décorées, des murs et des clôtures
M’ont toujours isolé
Et mon clair appel
Fut converti
En hurlement mensonger des enseignes.
Aujourd’hui
Je m’adresse aux murs:
Dispersez-vous !
Plus de toitures,
Plus de planchers
Délivrez-moi l’espace,
Ici
Toutes les têtes
Créant ensemble un océan,
Pour vous j’ai surgi
Pour vous je suis né,
Plus larges les gradins au milieu de la place,
Sur le gouffre reptilien des rues, élevez
Mon estrade !
Ma semence sera le ciel
Et mon espace l’oeil multiplié des foules.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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PERSONNE NE VIENDRA (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
PERSONNE NE VIENDRA

Dans les bougeoirs brûle la cire,
Calme maison.
Une main, les soufflant, renverse
Les lumignons.

Une autre main soudain s’approche
Les rallumant.
La mère porte un grand suaire
Pour vêtement.

Le père est assis, qui ne bouge
Et ne se plaint –
Mais ce qu’il a dit, quand il parle,
Nul n’en sait rien.

Quelqu’un surgit, et la seconde
Aussitôt sort –
Une autre bougie renversée,
S’éteint encore.

Par la fenêtre à demi close
Regarde alors
L’astre du matin, blanc et rouge,
Le clair d’aurore.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE TANAH DIT (Joseph Rolnik)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
LE TANAH DIT
(extrait)

Des tuiles, des planches, des vitres,
Et martèle, et façonne, et bats,
Assemble-les, plus vite, vite,
Le jour s’assombrit et s’en va.

Le jour s’assombrit et s’en va,
Et tout à coup surgit la nuit,
Tu restes perdu dans ton champ
Sans avoir fini ton abri.

Des tuiles, des planches, des vitres,
Rien ne peut sortir de cela,
Le vent disperse ta demeure
Avant que monte le soleil.

(Joseph Rolnik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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RÉCONFORTEZ (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019




    
RÉCONFORTEZ

Réconfortez mon peuple, il lui faut réconfort
Faites son coeur plus ferme et son esprit plus fort,
Ne soyez pas le vent qui éteint la flammèche,
Attisez-la plutôt, car la nuit est poison!
Versez de l’huile encore, époussetez la mèche,
Car la nuit est venin et le sommeil est mort !
Réconfortez mon peuple, il lui faut réconfort.

Faites son coeur plus ferme et plus fort son esprit!
L’on a vu s’embraser déjà plus d’une nuit
Être victorieux déjà plus d’un combat
Où le drapeau jamais de nos mains ne tomba!
Il se dresse – aussi fort que muraille de fer
Dans le chaos de mer dont bouillonnent les lames,
Ô faites fort mon peuple et soufflez sur sa flamme !

Ô faites fort mon peuple et qu’il ne s’affaiblisse !
Que les forces de vie radieuses jaillissent
En colonne de feu dans la nuit qui surgit!
La nuit chante, veillant le jour comme vigie !
Décochez, flèche d’or, son rayon lumineux
Pour saluer là-haut la colonne de feu!
Réconfortez mon peuple, il lui faut réconfort,
Faites son coeur plus ferme et son esprit plus fort!

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vision (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019




    
Vision

Un coup de tonnerre, pour la troisième fois déjà !
Lentement de la mer surgissent vaisseau après vaisseau.
Des vaisseaux engloutis au mât carbonisé,
des vaisseaux engloutis à la poitrine défoncée,
au corps à demi en lambeaux.

Et ils voguent muets,
inaudibles à travers la nuit.
Et nulle vague ne se referme derrière eux.

Ils n’ont pas de route, ils n’en trouveront pas,
nul vent n’osera s’en saisir fermement,
nul port ne s’ouvrira pour eux.
Le phare peut faire semblant de dormir !

Si ces vaisseaux atteignent le rivage…
Non, pas le rivage !
Nous mourrons comme les bans de poissons ballottés
autour d’eux au gré des vastes flots,
cadavres par milliers !

***

Vision

Jetzt schon zum dritten Mal der Donnerschlag!
Und aus dem Meer taucht langsam Schiff auf Schiff
Versunkne Schiffe mit verkohltem Mast,
versunkne Schiffe mit zerschossner Brust,
mit halbzerfetztem Leib.

Und schwimmen stumm,
unhörbar durch die Nacht.
Und keine Welle schlißt sich hinter ihnen.

Sie haben keinen Weg, sie werden keinen finden,
kein Wind wird wagen, fest in sie zu greifen,
kein Hafen wird sich öffnen,
Der Leuchtturm kann sich schlafend stellen!

Wenn diese Schiffe bis ans Ufer kommen…
Nein, nicht ans Ufer!
Wir werden sterben wie die Fischzüge,
die rund um sie auf breiten Wogen wiegen
zu abertausend Leichen!

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Du rien (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019




    

Du rien
où le sens se perd dans l’espace
l’amour surgit, reste étranger
plus vaste que ce que nous imaginions,
plus haut.

Y a-t-il dans ses braises un abri ?

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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DÉCOUVERTE DE LA FEMME (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Alex Alemany
    
DÉCOUVERTE DE LA FEMME

Alors la femme m’apparut sans voiles, dans une pudeur naturelle.
Depuis ce temps ses gestes, délivrés, surgissant dans une
solennité féconde, me consacrent à l’unique réelle douceur.
Au gré de cette présence familière le temps s’en va sans me lasser.
A cette heure la nuit peut venir, la clarté de la lune aura les ombres les plus nues.

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les dés éternels (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




    
Les dés éternels
Pour Manuel Gonzalez Prada

Mon Dieu, je pleure sur l’être que je vis
je regrette d’avoir pris ton pain;
mais la pauvre boue pensive que je suis
n’est pas croûte fermentée dans ton flanc :
toi tu n’as pas de Maries qui s’en vont!

Mon Dieu, si tu avais été un homme,
aujourd’hui tu saurais être Dieu;
mais toi, qui as toujours été bien,
tu ne sens rien de ta création.
En fait l’homme te souffre : le Dieu c’est lui!

Aujourd’hui que dans mes yeux sorciers luisent des chandelles,
comme dans ceux d’un damné,
mon Dieu, tu vas allumer tous tes cierges,
et nous jouerons avec le vieux dé…
Peut-être que, oh joueur! sortant le chiffre
de l’univers entier
surgiront les cernes de la Mort,
comme deux funèbres as de boue.

Mon Dieu, en cette nuit sourde, obscure,
tu ne pourras plus jouer, car la Terre
est un dé rongé et désormais rond
à force de rouler à l’aventure,
qui ne peut s’arrêter que dans un trou,
le trou d’une immense sépulture.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Vivre (Clarice Lispector)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2019




    
Vivre est un acte que je n’ai pas prémédité.
J’ai surgi des ténèbres.

Je ne suis valide que pour moi-même.
Je dois vivre peu à peu

il n’est pas possible de tout vivre
d’une seule fois.

(Clarice Lispector)

 

Recueil: Un souffle de vie
Traduction: Jacques Thiériot & Teresa Thiériot
Editions: Des femmes

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