Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘surhumain’

Ton âme est en détresse, Fille de l’homme (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018


 


 

Ton âme est en détresse,
Fille de l’homme.

Hors ta petite fièvre
Jolie au gré du désir, ton miroir,
Que sais-tu de ta grâce? si, même, elle est?
La tristesse t’a fait signe, chaque soir,
Montrant la vie, aussi, et ce qu’elle valait;
Si bien qu’en tremble un peu ta pauvre lèvre
Et que ton long regard s’en est voilé.

Assieds-toi là, ma soeur, et pleure :
Pleurer est beau par-dessus toutes choses;
Il n’est qu’une heure, elle demeure,
Éternelle aux métamorphoses :
L’heure de pitié sainte et d’amour surhumain
Qui pleure, jusqu’à sourire… enfin.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Paul Delvaux

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Voilà il est arrivé une chose extraordinaire (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Caroline de Piedoue

Voilà il est arrivé une chose extraordinaire
instantanément tous les arbres des volets de la petite maison sont devenus plus joyeux que jamais
ils ne finissaient ni en largeur ni en hauteur ni en profondeur
puis ils se sont mis à tournoyer et ils m’ont pris
et m’ont lancé dans la joie verte rotative où je devins amoureux du centre

il n’y avait plus de ciel puis les volets redevinrent des planches de bois
au service de la maison les arbres furent de nouveau des sapins et des chênes
peut-être un peu las comme il arrive aux gens les lendemains de fête
le ciel sans rancune était au-dessus d’eux
et je me suis retrouvé assis en face dès que disparut la robe d’un rouge surhumain

(Pierre-Albert Birot)

Illustration: Caroline de Piedoue

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vertige (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
Vertige

Après de vains efforts pour atteindre la cime,
Je me vois suspendue au-dessus de l’abîme,
Et me verrai bientôt engloutir par l’abîme…

Je le sens aujourd’hui, c’est en vain que mes mains
S’agrippent dans l’horreur des efforts surhumains…
Malgré moi, malgré moi, se desserrent mes mains…

Et cependant là-haut, très claire, sous l’aurore,
La lune resplendit, glorieuse, et se dore,
O consécration de la nouvelle aurore !

Je croyais bien pouvoir la surprendre aujourd’hui
La cime sur laquelle un beau soleil a lui.
Quand l’atteindrai-je enfin ? Qu’elle est belle aujourd’hui !

Pour l’atteindre, chacun oserait le vertige…
Elle est bleue et pareille à la fleur sur sa tige !
Je l’atteindrai !… Voici que survient le vertige…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand tu te dressas (Pierre Rodel)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Jimmy Lawlor
    
I
Orgueil

Quand tu te dressas, nue, au milieu de la chambre,
La lampe eut un regard jaloux pour ta clarté,
La flamme fut plus vive en l’âtre de décembre,
Le miroir se pencha pour te mieux refléter…

Les vieux meubles, de voir ta gorge qui se cambre,
Eurent un cri de joie et de lubricité,
L’Ombre, à longs traits huma ta chair aux senteurs d’ambre.
Et le silence eut un frisson de volupté…

Et toi, tu souriais… et tes lèvres décloses
Semblaient remercier l’âme éparse des choses
Du murmure flatteur, de l’hommage rendu…

Et tes yeux, tes grands yeux de mystère et d’abîme,
Ne daignaient s’abaisser sur cette chose infime :
Ton amant, qui râlait à tes pieds — éperdu !…

II
Clartés dans l’Ombre

La Nuit s’est assoupie en la chambre qui doit…
Dans l’Ombre, une pâleur: et c’est ton front de rêve…
La lueur de deux diamants — soudaine et brève —
Et c’est un vif regard de tes yeux striés d’or…

Un soleil qui flamboie : et c’est ta chevelure…
Un clair de lune qui sourit : ce sont tes dents…
La brûlante clarté de deux charbons ardents,
C’est ta bouche entr’ouverte ainsi qu’une blessure.

Un feu de deux rubis jumeaux — fiers suzerains
Arrogants — et ce sont les pointes de tes seins;
Mais une aube, émouvante, idéale et sereine,
Et c’est ta nudité se dressant — surhumaine!

Et la Nuit, s’enfuyant, jette un long cri de haine.

III
Impiété

L’Ombre crépusculaire étend ses larges ailes
D’où tombe, par instant, une larme de nuit…
C’est la mort des clartés, et c’est l’exil du bruit,
C’est l’éveil, dans le soir, de formes irréelles…

C’est l’éveil des regrets fanés et des remords
Qui sous le soleil clair ont dormi sans secousses;
Et c’est réclusion de remembrances douces,
De bonheurs oubliés et que l’on croyait morts…

Il plane une douceur de piété dans l’air…
Amie, recueillons-nous… laissons parler nos Ames;
Entendons leurs sanglots, leurs aveux ou leurs blâmes,
Etouffons seulement la voix de notre chair…

[…]

Quand nos âmes seront lasses, très abattues.
Sans que je puisse voir que tu quittes mon bras.
Bien doucement, à pas feutrés, tu l’en iras,
Quand nos âmes enfin lasses se seront tues…

Tu t’en iras, dans le silence de l’alcôve
Secouer la torpeur de ton recueillement,
Pour te dresser, superbe inoubliablement,
Dans le triomphe d’or de ta nudité fauve…
Et l’Ombre frémira, luxurieusement !…

(Pierre Rodel)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Milieu de la nuit (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Francine Van Hove   00]

Milieu de la nuit

La lampe ouvrait
la nuit en deux.

Des choses
belles ou terribles
se tramaient
de par le monde.

Les sièges vides
face à moi
me tenaient compagnie.

Par des nuits
comme celle-là,
l’amour paraissait
quelque peu surhumain.

L’espérance
supposait
trop de patience,

et le temps de la nuit
était d’une extrême
lenteur.

Seul, on ne sentait
ni sa force
ni sa faiblesse.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Francine Van Hove

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Journal (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



 

Journal

J’étais seule
et légère.

Je n’écoutais pas
le silence.

La solitude épousait
les méandres du temps.

J’attendais
le goutte-à-goutte
d’un poème.

Tout fuyait
de la blancheur du sol
à la pénombre
du couloir.

La table
était sévère,
le cendrier navré
mais les volets
rêveurs.

Un poème
pouvait tomber du ciel.

Pas de doute,
j’étais seule.

Lasse

La nuit
m’affaiblissait.

Rien ne chantait
sous la lampe.

Je me résumais
à quelques gestes
mesurés.

L’aube viendrait
comme une intruse.

J’étais sans doute
la même que la veille
à une nuance près.

Il ne restait
de la tristesse
qu’une lassitude
dans les os.

L’amour était
une vague histoire
de nerfs.

Il manquerait
toujours quelque chose.

Je n’avais
rien à m’avouer.

Milieu de la nuit

La lampe ouvrait
la nuit en deux.

Des choses
belles ou terribles
se tramaient
de par le monde.

Les sièges vides
face à moi
me tenaient compagnie.

Par des nuits
comme celle-là
l’amour paraissait
quelque peu surhumain.

L’espérance
supposait
trop de patience,

et le temps de la nuit
était d’une extrême
lenteur.

Seul, on ne sentait
ni sa force
ni sa faiblesse.

(Marie-Anne Bruch)

Son blog la boucheaoreilles ici
Illustration: Francine Van Hove

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DES CONTEMPTEURS DU CORPS (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2015



Christian Schloe   75_b [1280x768]

DES CONTEMPTEURS DU CORPS

C’est aux contempteurs du corps que je veux dire leur fait.
Ils ne doivent pas changer de méthode d’enseignement,
mais seulement dire adieu à leur propre corps — et ainsi devenir muets.

« Je suis corps et âme » — ainsi parle l’enfant.
Et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants ?

Mais celui qui est éveillé et conscient dit :
Je suis corps tout entier et rien autre chose ;
l’âme n’est qu’un mot pour une parcelle du corps.

Le corps est un grand système de raison,
une multiplicité avec un seul sens,
une guerre et une paix, un troupeau et un berger.

Instrument de ton corps, telle est aussi ta petite raison que tu appelles esprit,
mon frère, petit instrument et petit jouet de ta grande raison.

Tu dis « moi » et tu es fier de ce mot.
Mais ce qui est plus grand, c’est — ce à quoi tu ne veux pas croire —
ton corps et son grand système de raison : il ne dit pas moi, mais il est moi.

Ce que les sens éprouvent, ce que reconnaît l’esprit, n’a jamais de fin en soi.
Mais les sens et l’esprit voudraient te convaincre qu’ils sont la fin de toute chose : tellement ils sont vains.

Les sens et l’esprit ne sont qu’instruments et jouets : derrière eux se trouve encore le soi.
Le soi, lui aussi, cherche avec les yeux des sens et il écoute avec les oreilles de l’esprit.

Toujours le soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert et détruit.
Il règne, et domine aussi le moi.

Derrière tes sentiments et tes pensées, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu — il s’appelle soi.
Il habite ton corps, il est ton corps.

Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse.
Et qui donc sait pourquoi ton corps a précisément besoin de ta meilleure sagesse ?

Ton soi rit de ton moi et de ses cabrioles.
« Que me sont ces bonds et ces vols de la pensée ? dit-il.
Un détour vers mon but. Je suis la lisière du moi et le souffleur de ses idées. »

Le soi dit au moi : « Éprouve des douleurs ! »
Et le moi souffre et réfléchit à ne plus souffrir — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Le soi dit au moi : « Éprouve des joies ! »
Alors le moi se réjouit et songe à se réjouir souvent encore — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Je veux dire un mot aux contempteurs du corps.
Qu’ils méprisent, c’est ce qui fait leur estime.
Qu’est-ce qui créa l’estime et le mépris et la valeur et la volonté ?

Le soi créateur créa, pour lui-même, l’estime et le mépris, la joie et la peine.
Le corps créateur créa pour lui-même l’esprit comme une main de sa volonté.

Même dans votre folie et dans votre mépris, vous servez votre soi, vous autres contempteurs du corps.
Je vous le dis : votre soi lui-même veut mourir et se détourner de la vie.

Il n’est plus capable de faire ce qu’il préférerait : — créer au-dessus de lui-même.
Voilà son désir préféré, voilà toute son ardeur.

Mais il est trop tard pour cela :
— ainsi votre soi veut disparaître, ô contempteurs du corps.

Votre soi veut disparaître, c’est pourquoi vous êtes devenus contempteurs du corps !
Car vous ne pouvez plus créer au-dessus de vous.

C’est pourquoi vous en voulez à la vie et à la terre.
Une envie inconsciente est dans le regard louche de votre mépris.

Je ne marche pas sur votre chemin, contempteurs du corps !
Vous n’êtes point pour moi des ponts vers le Surhumain ! —

Ainsi parlait Zarathoustra.

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Christian Schloe

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2015



 

L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain, — une corde sur l’abîme.

Il est dangereux de passer au-delà, dangereux de rester en route,
dangereux de regarder en arrière, frisson et arrêt dangereux.

Ce qu’il y a de grand dans l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but :
ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin.

J’aime ceux qui ne savent vivre autrement que pour disparaître, car ils passent au-delà.

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Alain Chayer

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :