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Poésie

Posts Tagged ‘surprendre’

Je voudrais être en ce doux sein (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



    
Je voudrais être en ce doux sein
(Ô combien doux et blond!)
Où nul vent indélicat ne pourrait me surprendre.
À cause des sinistres rigueurs.
Je voudrais être en ce doux sein.

Je voudrais toujours être en ce coeur
(Ô doucement je frappe et doucement la prie!)
Où seulement la paix serait mon sort.
Rigueurs seraient plus douces
Si toujours j’étais en ce coeur.

***

I would in that sweet bosom be
(O sweet it is and fair it is!)
Where no rude wind might visit me.
Because of sad austerities
I would in that sweet bosom be.

I would be ever in that heart
(O soft I knock and soft entreat her!)
Where only peace might be my part.
Austerities were all the sweeter
So I were ever in that heart.

(James Joyce)

 

Recueil: Musique de chambre et autres poèmes Pomes Penyeach Ecce Puer
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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La mort (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018




    
Comment la mort me surprendrait-elle ?
Elle est mienne, n’est que mienne.
Je la nourris moi-même, en vivant.

*

Il ne devrait pas y avoir de mot pour la mort,
que nous ne connaissons pas, qui n’existe pas.

*

Ne pas dire après la mort.
La mort interdit tout après.
Fixer cet étrange ensuite.

*

Le mourant ne prolonge par sa route ailleurs.
C’est sa route même, et tout l’espace derrière lui,
qui, dans l’instant s’effondre.

*

Mort, on franchit l’obstacle en le devenant.
Absorbant – absorbé.

*

Mourir est difficile.
Et pourtant, tous y parviennent.

*

C’est la sortie de ce monde qui est arrachement, agonie.
L’entrée dans le néant
ne peut qu’être inapparente et douce.

(Roger Munier)

 

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LOUÉ SOIT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
LOUÉ SOIT

Prends ton envol, ô ma rose charmante,
Et soit loué ton mensonge qui chante !
Sois éternelle, aube frôlant son coeur,
Comme est en moi la séduisante fleur.

Vol d’oiseaux morts sur un rocher sans vie,
Telle est mon âmе aux yeux de mon amie
Qu’elle voie donc cette fleur en son sein,
Même incolore et qui n’exhale rien !

Car je lui dois, et qu’elle en soit louée,
Le grave instant où j’eus l’âme comblée :
A cet instant, dont je surpris le flux,
Tous mes cristaux, en pleurs, se sont fondus.

A son sommet : d’étranges lueurs sombres…
Où glisse-t-elle en moi parmi les ombres ?
De l’intérieur, elle brûle mes yeux.
Mais loués soient ses perfides aveux !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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TANDIS QUE TRAVERSAIT LA BELLE… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Carolus Duran
    
TANDIS QUE TRAVERSAIT LA BELLE…

Tandis que traversait la Belle,
Près des moineaux vinrent s’asseoir
Les colombes en ribambelle.

Frôlant la marche du trottoir
Apparut la claire cheville
Tel un point d’aube dans le noir.

Comme brise sous la charmille,
L’éраulе frémit. Un gamin
S’éprenait de la jeune fille.

Les éclats du ciel citadin
Et la démarche aérienne
Vous rendaient joyeux, plein d’entrain !

On souriait à cette Reine,
Racine et branche pour mon coeur,
Ce dont nul ne concevait peine.

Sur mes genoux, tout en douceur,
Empêchant qu’on vînt me la prendre,
Je la berçai. Mais j’avais peur.

Nul pourtant ne vint nous surprendre.
Ils étaient d’humeur amicale,
L’envie expirait sans attendre…

Et la Belle avançait, royale !
Et le vent svelte la suivait
Dans sa démarche triomphale.

La fraîcheur du vent l’habillait !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Châtelaine (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Châtelaine

Châtelaine, mon beau vouloir…
Car tu te prétendais maîtresse
D’un domaine d’ombre et de pierre
Où ton corps était l’eau dormante,
Au pied des tours, au creux des ombres,
Beau châle vif à tes épaules
Où s’épingle en rêvant l’éclair bleu des vipères.

Châtelaine, mon beau savoir…
Cartes mêlées, chemins perdus,
Pas des oiseaux sur cette vase
Comme un appel depuis longtemps jeté
Qu’un inlassable écho porte de monde en monde.

Châtelaine, mon beau mourir…
Puisque n’entre plus que blеsséе
La voix des filles du soleil
Dans la prison que tu me tresses.

Je te parle dans ce château
D’ombre et de pierre, je te parle,
Surpris de guetter sur les dalles
Le pas calme et troublant de tes servantes nues.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’éternité sera bien assez longue (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



 

L’éternité sera bien assez longue

J’entre et je sors de moi-même souvent.
Je me demande audience parfois.
Je me rencontre en de longs corridors,
Je fais semblant de ne pas me surprendre
Ou je m’ignore.

Un bref sanglot nocturne
Brise un miroir. On voyage, on voyage,
Et l’on se quitte, on joue à cache-cache,
Mon corps et moi, mariés de l’aurore.

Suis-je sans être ? Et rêver n’est-il vivre
Hors de soi-même, hors les murs, hors le doute,
Là où le corps ne va pas, car il pèse
Plus que le bronze et le plomb des pensées ?

Et je m’en vais sur des lieux de musique
Pour oublier mon lieu de résidence :
L’argile épaisse où j’entre et sors, et j’ose
Me résigner à vivre sans mes ailes.

– Entrez chez moi, j’ai pour vous mille chambres
Et des salons, et des orangeraies…
Mais nul ne vient, le seul hôte est moi-même
Dans ma maison bien trop vaste pour moi.

(Robert Sabatier)

 

 

 

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Couleur de ma chanson (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



 

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Je chante une chanson
Que les branches connaissent,
Que les pierres ont oubliée.
Surprend-elle les hommes ?
Le rouge une fois sang,
Le vert une fois eau,
Souffle-moi, vieux mendiant,
Les mots de ma chanson.

(Edmond Jabès)


Illustration

 

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LA JACTATION DE DIOGÈNE (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018




    
LA JACTATION DE DIOGÈNE

sous la pluie
Diogène le Cynique
finissait par perdre son assurance
non parce que le soleil
tel un prince déchu
tremblait de peur et se cachait
ni parce que les éclairs de sa tristesse
ne surprenaient
plus personne
mais parce que comme son tonneau
il restait enlisé lui aussi dans la boue
et dans la réplique toute faite
que même dans son sommeil
le lit continuait
à tourner sans repos
et qu’il ne cessait jamais
de bercer sa vie
à la mort

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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Les parapluies (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


Les_parapluies_de_minuit

Mon ami prétend que, la nuit,
Il voit partir les parapluies
A l’infini sous le ciel gris.

Mon ami ne sait quand ils rentrent.
Il n’a jamais pu les surprendre
Et, chaque jour, il se demande

Comment ils franchissent les murs
En sautant sur leur manche dur,
Par-dessus la haie des clôtures,

Sans guère faire plus de bruit
Que n’en ferait une souris
Qui trottine sur un tapis.

(Maurice Carême)

Illustration

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L’universelle harmonie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



 

Pour moi, si j’ai tant griffonné de carnets,
ce n’a jamais été que pour surprendre un brin des musiques de l’inconcevable existence,
percevant aux heures de gloire l’universelle harmonie dans le crissement d’une cigale.

(Henri Thomas)

 

 

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