Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sursaut’

On ne sait pas si c’est toi (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020


poésie

 

Dans les livres je trouve ta trace:
une sorte de miroitement
aux limites du sens. Sous les mots
on dirait un sursaut mais à peine
sensible, quelque chose qui passe
sans qu’on le sache. On tourne une page
et c’est comme un vent frais qui se lève.
On le voit sur la fenêtre: il bouge,
il brille. On ne sait pas si c’est toi.

(Jacques Ancet)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À fleur de peau (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
À fleur de peau

La sueur des ailes tourne
délicate vertigineuse intime
tourbillonne entre le jade séducteur
et la sombre goutte brûlante
mûrit parmi les pédoncules sensibles
improvise en émois de cristaux de sang

Les pétales

Les bijoux grandissent et s’agitent mouillés
des rameaux du café aux coques de la vigne
des clignements lointains aux chemins des nervures
les rubans se faufilent parmi les vagues des écailles

Le calice
la rosée des ailes
je t’aime

Le sexe oscille entre le fauve et le roux
les baisers des truites glissent dans leurs dentelles
entre les pépiements des rives et les galets ocellés
tandis que les cheveux se nouent dans les bijoux

La corolle
viens avec moi
vitrail d’aube
le parfum brille entre les roses
respire

Tout autour de nous
tout proche
le bonheur des sommeils

Respire encore

L’émail tourne entre le rose et le jaune
du sursaut vert aux volets doucement
lentement la mésange explore les remblais
lissant ses plumes dans les flaques de sueur

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je la connais (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



 


    
Je la connais

Le tintement de l’heure au sommet des églises
scande un pas solitaire et mon ombre perdue
se débat sur les murs en sursauts de pendu
la nuit vient maquiller la maigre fiancée grise

si je dors elle arrive et tempête chez moi
si je dis le vin bon elle brise mon verre
si je gagne au bonheur elle envoie d’un revers
rouler le jeu je ne sais plus ce que je crois

si je serre une main elle crache dessus
si je montre le blanc elle exhibe le noir
elle brille et s’aiguise à la meule du soir
elle rit elle danse et je suis son bossu

ma sans-sommeil ô ma grinçante
ma questionneuse ma rusée
ma radoteuse ma butée
mon frein brûlé ma folle pente

je suis ta chose et tu me hantes
toi le marteau qui sans fin plantes
dans mon étau les treize coins
des questions de ta question.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

BARDO (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019




    
BARDO
(Métamorphose des 5 poisons)

Je garde l’énergie d’une colère sans haine,
j’affronte l’ignorance sans cérémonie,
je repousse l’émotion jalouse sans complaisance,
j’accède à l’intensité du désir sans plus d’attachement,
je sais l’orgueil nocif mais tiens au sursaut de l’être
à l’aplomb de lui-même.

(Vairocana)
Ce n’est déjà plus l’heure
de survivre à blanc
au centre des illusions ou des cieux,
la roue a pris le temps de vitesse
et distancé les dieux,
elle rejoint la sphère pareille
à la conscience pure, sans limites et sans âge.

(Aksobhya)
J’ai confié ma colère
à la lumière bleue
qui se lève à l’est,
ô sagesse, ô miroir,
comme un baiser à bouche close
chante un autre ciel
libre de nos enfers.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La mer est belle (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: William Bouguereau
    
La mer est belle, mais le jeu des muscles lisses
Est plus beau, qui s’achève en sursaut de délice

Dans la noirceur mouvante où je suis le nageur
Jamais las de renaître et mourir sur ton cœur

Et fouler de baisers le golfe de tes cuisses

Comme après le naufrage on chérit son sauveur.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

On ne sait pas si c’est toi (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018



On ne sait pas si c’est toi

Dans les livres je trouve ta trace:
une sorte de miroitement
aux limites du sens. Sous les mots
on dirait un sursaut mais à peine
sensible, quelque chose qui passe
sans qu’on le sache. On tourne une page
et c’est comme un vent frais qui se lève.
On le voit sur la fenêtre: il bouge,
il brille. On ne sait pas si c’est toi.

(Jacques Ancet)


Illustration: Marc Chagall

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Tu captes les départs immobiles (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



 

 Brendan Monroe Observer__before_sleep_

Tu captes les départs immobiles
au fond d’un rêve où tu laves tes sensations

Tu emplis la rue de ta solitude tendue
et les femmes qui auraient pu t’arrêter
ont déjà emprisonné leurs corps

Tu épuises dans des rencontres sans attente
les biceps que tu allonges dans les stades
et les murs tendres de ta prison
— tu tends des velours pour masquer les pièces —
ne cassent pas souvent ta tête
quand tu la jettes
dans des départs qui ne seront pas réalisés

C’est bien — on le sait que tu as des élans
mais tu retombes assis dans ton aventure assise
enfant
qui par sursaut t’aperçois
que les grains de ta vie tombent tombent
et que se vide ta puissance
et que s’alourdit la moitié basse de ton sablier

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Brendan Monroe

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA FAÇADE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Cadran-solaire-facade-Hotel-de-ville-2

 

LA FAÇADE

Glorieuse, monumentale et monotone,
La façade de pierre effrite au vent qui passe
Son chapiteau friable et sa guirlande lasse
En face du parc jaune où s’accoude l’Automne.

Au médaillon de marbre où Pallas la couronne,
La double lettre encor se croise et s’entrelace;
A porter le balcon l’Hercule se harasse;
La fleur de lys s’effeuille au temps qui la moissonne.

Le vieux Palais, miré dans ses bassins déserts,
Regarde s’accroupir en bronze noir et vert
La Solitude nue et le Passé dormant;

Mais le soleil aux vitres d’or qu’il incendie
Y semble rallumer intérieurement
Le sursaut, chaque soir, de la Gloire engourdie.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous mourrons lentement (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Gustav Klimt  
    
— Nous mourrons lentement. Je meurs dès aujourd’hui.
Mon regard éperdu va perdre sa lumière,
Ma voix d’enfant, ma voix pâlira la première,
Mon rire, mon sourire et l’amour avec lui.

Dis ! quel amour futur, simple frère du nôtre,
Goûtera la fraîcheur de tout ce qui nous plut ?
Qui sentira brûlants, quand nous ne serons plus,
Les vers qu’entre nos bras nous fîmes l’un pour l’autre ?

Périr ! Et le savoir ! N’attendre que l’effroi !
Regarde s’étoiler mes jeunes doigts funèbres.
Je touche en me haussant les ailes des ténèbres.
Par quel matin d’hiver crierai-je que j’ai froid ?

Aurore qui grandit, crépuscule qui tombe,
Sur mon être au linceul, déjà presque enterré,
Les orgues rugiront du ciel : Dies Irae!
Et les fleurs de mon lit me suivront sur la tombe.

Non ! Pas encor ! Ce soir nous exalte en sursaut !
Ferme sur toute moi, sur moi, ton bras qui tremble!
Nos deux corps, nos deux cœurs, nos deux bouches ensemble!
Ah! je vis !… Tout est chaud ! Tout est chaud ! Tout est chaud !

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DEBOUT DANS LE FROID (Su Shi)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



DEBOUT DANS LE FROID

Le croissant lunaire est accroché
aux branches clairsemées du platane
La clepsydre s’arrête
Les voix s’éteignent
Qui voit l’ermite faire là-bas les cent pas tout seul ?
Ce n’est qu’une cigogne solitaire qui bouge dans l’ombre

En sursaut, elle tourne la tête
Son coeur brisé n’est compris de personne
Les branches examinées l’une après l’autre
Aucune d’elles ne la retient
Elle a trop froid pour rester seule sur cette plage

(Su Shi)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :