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Poésie

Posts Tagged ‘surveillance’

L’oeil de la solitude (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration: Odilon Redon
    
L’oeil de la solitude
surveille l’amour.

L’amour ne devrait pas être surveillé
mais quelquefois il dévaste ce qu’il aime,
ravage ce qu’il n’aime pas
ou se détruit lui-même.

L’amour a toujours été un danger pour l’homme,
peut-être aussi pour les dieux.
L’amour a besoin de surveillance.
Même la fleur a besoin de surveillance.

Et seule l’inébranlable solitude
qui s’enracine en nous comme une dure vigie
peut nous sauver de ces furies
tandis qu’elle veille sur ses abîmes.

D’ailleurs cet oeil de solitude concentrée
n’est-il pas aussi une autre sorte d’amour,
sa manière la plus réservée et juste ?

***

El ojo de la soledad
vigila al amor.

El amor no debería ser vigilado,
pero a veces devasta lo que ama,
asuela lo que no ama
o se destruye a sí mismo.

El amor siempre ha sido un peligro para el hombre,
quizá también para los dioses.
El amor necesita vigilancia.
Hasta la flor necesita vigilancia.

Y sólo la soledad inquebrantable
que se afinca en nosotros como un duro vigía
puede salvarnos de esas furias
mientras custodia sus abismos.

Además ese ojo de concentrada soledad
¿no es también otra especie de amor,
su forma mas recatada y cierta?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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UNE ALCÔVE AU SOLEIL LEVANT (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: John Everett Millais
    
UNE ALCÔVE AU SOLEIL LEVANT

L’humble chambre a l’air de sourire ;
Un bouquet orne un vieux bahut ;
Cet intérieur ferait dire
Aux prêtres : Paix ! aux femmes : Chut !

Au fond une alcôve se creuse.
Personne. On n’entre ni ne sort.
Surveillance mystérieuse !
L’aube regarde : un enfant dort.

Une petite en ce coin sombre
Était là dans un berceau blanc.
Ayant je ne sais quoi dans l’ombre
De confiant et de tremblant.

Elle étreignait dans sa main calme
Un grelot d’argent qui penchait ;
L’innocence au ciel tient la palme
Et sur la terre le hochet.

Comme elle sommeille ! Elle ignore
Le bien, le mal, le cœur, les sens.
Son rêve est un sentier d’aurore
Dont les anges sont les passants.

Son bras, par instants, sans secousse,
Se déplace, charmant et pur ;
Sa respiration est douce
Comme une mouche dans l’azur.

Le regard de l’aube la couvre ;
Rien n’est auguste et triomphant
Comme cet œil de Dieu qui s’ouvre
Sur les yeux fermés de l’enfant.

(Victor Hugo)

 

Recueil: La chanson des rues et des bois
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ciguë (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Ciguë

Lors de la révolte et du départ de ses sujettes,
celle que la Fée aux Fleurs regretta le moins fut la Ciguë.
A quoi lui servait en effet cette fleur triste et solitaire,
toujours pelotonnée dans des recoins obscurs, sinistres,
renfrognée, se cachant comme pour méditer un crime?
Une fois sur la terre, elle ne s’occupa guère de la surveiller,
en quoi elle eut grand tort.

Xanthis de Thrace, Locuste la Romaine, Brinvilliers la Parisienne,
ne sont qu’une seule et même femme:
c’est la Ciguë qui a successivement animé ces trois corps.
La négligence de la Fée aux Fleurs
lui a permis d’exercer plusieurs fois son affreux métier.
Depuis la mort de la Brinvilliers,
la Ciguë est entrée dans d’autres corps.
Nous voyons surgir de temps en temps quelques empoisonneuses
qui indiquent clairement la présence de la Ciguë sur la terre.

Nous pétitionnons auprès de la Fée aux Fleurs
pour qu’elle la rappelle dans son royaume, et la place pour l’éternité
sous la surveillance de la haute police.

(J.J. Grandville)

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BERGERE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



BERGERE
1

Tu as ce rire de fille
D’un cristal si pur
Que j’y vois vibrer
Le reflet de ta joie

Ta vache paisible paît
L’herbe verte de la prairie
Enclose de haies épaisses
Et n’a pas besoin de surveillance

Nous pouvons poursuivre
Les papillons de couleur
Cueillir des bouquets de fleurs
Et des trèfles à quatre feuilles

Tu poses ta chevelure rousse
Sur la couche de mousse
Au pied du pommier
Et je peux caresser
Ta joue si douce
Et baiser ta bouche.
2
A califourchon sur l’échalier
Je te regarde garder ta vache
Dans le pré de luzerne
Un foulard sur la tête

Je te rejoins
Et tu abandonnes ton tricot
Ou ton « Nous Deux »
Et nous sommes toi et moi

Tu calmes
Ton gros chien noir
Qui grogne de jalousie
Et dont je me méfie

J’aime ton rire clair
Comme un ruisseau
Sur un lit de cailloux
Et je baise tes lèvres
Dont j’apaise
L’amoureuse fièvre.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: William Holman Hunt

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METRO (Henri Lacheze)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



 

METRO

Ne vous séparez pas de vos personnes âgées
Assurez-vous qu’aucun enfant n’a été oublié sous un siège
Signalez-nous toute femme abandonnée

Si vous parlez à un inconnu
Prenez des gants
Les mots laissent des traces

Elle vous a fait de l’oeil
Vous croyez avoir un ticket
Attention il n’est peut-être pas valable

Ne laissez pas vos mains sans surveillance
Elles pourraient s’égarer
Ne laissez pas traîner vos regards
Ils risquent de se perdre

Madame assurez-vous
Que c’est bien la main de votre voisin qui s’est fourvoyée
Avant de lui donner un aller et retour

Aidez-nous
Contrôlez-vous
Avant que ne le fassent nos agents

Veillez soigneusement à vos objets personnels
Surveillez votre tension,
Et votre taux de cholestérol

Et profitez de nos promotions
Achetez un billet sans retour
Vous verrez, vous n’en reviendrez pas

(Henri Lacheze)

Illustration

 

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