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Poésie

Posts Tagged ‘survivre’

Un papillon entra en collision avec une bulle de savon (Harry Martinson)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2021




    

Un papillon entra en collision avec une bulle de savon.
Et voilà, c’est le papillon qui survécut.
Il fut alors tout joyeux de son privilège
de robuste rescapé et s’envola vers une fleur,
près d’une pierre brûlante de soleil,
où il demeura la moitié du jour,
savourant longuement, longuement,
l’éternité de cette demi-journée.
Et, le soir venu, il mourut heureux.

(Harry Martinson)

 

Recueil: Le livre des cent poèmes
Traduction: Traduit du suédois par Caroline Chevallier et Philippe Bouquet
Editions: Cénomane

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Pour dix mille imbéciles… (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2021




    
Pour dix mille imbéciles…

pour dix mille imbéciles un Spinoza
pour mille assassins un Véronèse

et chaque matin la rosée
et chaque soir le chant du merle

vivre dans le chaos des contradictions
survivre en se blindant, faisant semblant

à défaut d’une métaphore pour les génocides
on fait l’éloge de la pivoine

et plastronne que la vie est belle

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Milliards de manières de mourir
Traduction:
Editions: 99 neuvains

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FRAGMENTS (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2021



Illustration: Waldemar Nobre
    

FRAGMENTS
1
Accepte le transitoire ; rien de ce qui
est définitif, et dur, ne peut t’atteindre.

2
Quelque chose de visible émerge
dans les limites de l’être.

3
La nuit, le vent a brisé
une des vitres de derrière.

4
Seul le bruit de la nuit survit à la
lumière et la fureur matinales.

5
(Si ces nuages, à l’horizon,
parvenaient jusqu’à moi…)

6
Le fragment, néanmoins, exprime
l’éclatement de l’intensité.

7
Dans l’ultime fragment, fixe
l’éphémère et repose.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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De passage (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2020



Anthony Lhéritier 1

De passage

Pour mieux jouer mon personnage
J’avais cet orgueil ingénu
De me présenter humble et doux

Et vous ne m’avez pas pendu
Tandis que j’étais parmi vous
Pieds nus
En chemise et la corde au cou

Amis, vous m’avez bien déçu.

Chez nous on meurt par habitude
Pour survivre à titre posthume.

(Anthony Lhéritier)

 

 

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NOTRE-DAME-DES-ILES (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



église [800x600]

NOTRE-DAME-DES-ILES

Bretagne, ma demeure
il faut que survive
le kyrie dans ton âme de sel
idem il faut jeter au ciel
la drisse
des piétés et des miséricordes
idem il faut poursuivre les troménies
dans la croyance des bocages
idem relire les portulans
il le faut

idem faire son évangile
de la pensée du soleil
il le faut.
Et cependant, mère, aber
dans le suaire des grèves
roulent
des monceaux de chiens et d’enfants.

J’ai vu dans tes abysses
errer les cerveaux et les poulpes
Ah quand ressusciteront les ossuaires pourrissants
dans le soleil des baies ?
Ah quand reviendront mes amis morts
ah quand reviendront mes chevreuils massacrés
mes chevaliers mes disparus mes trépassés ?
Ah quand dans les monts d’Arrée
surgiront les cèdres du Liban
les jasmins, les cyprès ?

Ah quand donc reviendront les poulains en fleurs
dans la féerie des colzas
et le bagad de Pâque à Tronoën et à Lanmeur ?

(Xavier Grall)

Illustration

 

 

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Nous y voilà, nous y sommes ! (Fred Vargas)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020




    
Nous y voilà, nous y sommes !

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air,
nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde,
nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche,
nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles,
comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,
déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome,
enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses
que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs,
éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille)
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines,
on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

(Fred Vargas)

Fred Vargas – 7 novembre 2008 – EuropeEcologie.fr

Lu mise en musique par Philippe Torreton et Richard Kolinka
https://twitter.com/elsaboublil/status/1253749194910838785?s=20

 

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VISION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Illustration: Paul Emile Chabas
    
VISION

I
Au matin, bien reposée,
Tu fuis, rieuse, et tu cueilles
Les muguets blancs, dont les feuilles
Ont des perles de rosée.

Les vertes pousses des chênes
Dans ta blonde chevelure
Empêchent ta libre allure
Vers les clairière prochaines.

Mais tu romps, faisant la moue,
L’audace de chaque branche
Qu’attiraient ta nuque blanche
Et les roses de ta joue.

Ta robe est prise à cet arbre,
Et les griffes de la haie
Tracent parfois une raie
Rouge, sur ton cou de marbre.

II
Laisse déchirer tes voiles.
Qui es-tu, fraîche fillette,
Dont le regard clair reflète
Le soleil et les étoiles?

Maintenant te voilà nue.
Et tu vas, rieuse encore,
Vers l’endroit d’où vient l’aurore;
Et toi, d’où es-tu venue?

Mais tu ralentis ta course
Songeuse et flairant la brise.
Délicieuse surprise,
Entends le bruit de la source.

Alors frissonnante, heureuse
En te suspendant aux saules,
Tu glisses jusqu’aux épaules,
Dans l’eau caressante et creuse.

Là-bas, quelle fleur superbe!
On dirait comme un lys double;
Mais l’eau, tout autour est trouble
Pleine de joncs mous et d’herbe.

III
Je t’ai suivie en satyre,
Et caché, je te regarde,
Blanche, dans l’eau babillarde;
Mais ce nénuphar t’attire.

Tu prends ce faux lys, ce traître.
Et les joncs t’ont enlacée.
Oh! mon coeur et ma pensée
Avec toi vont disparaître!

Les roseaux, l’herbe, la boue
M’arrêtent contre la rive.
Faut-il que je te survive
Sans avoir baisé ta joue?

Alors, s’il faut que tu meures,
Dis-moi comment tu t’appelles,
Belle, plus que toutes belles!
Ton nom remplira mes heures.

« Ami, je suis l’Espérance.
Mes bras sur mon sein se glacent. »

Et les grenouilles coassent
Dans l’étang d’indifférence.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le réel quelquefois (René Char)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2020



Illustration: ArbreaPhotos
    
Le réel quelquefois désaltère l’espérance.
C’est pourquoi contre toute attente,
l’espérance survit.

(René Char)

 

Recueil: La Parole en archipel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pleurer sur le couchant… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Guy Baron
    
Pleurer sur le couchant…

Pleurer sur le couchant d’un glorieux soleil
qui dès l’aube prochaine dorera l’orient,
s’affliger que de vastes pouvoirs aient à céder au destin,
qui par cette chute même voient décupler leur force,
reculer devant la douleur et sa lutte amicale, sans laquelle
la joie ne pourrait être, faire une terreur de la mort
qui, souriante, nous invite à une autre vie au-delà
et sert de pont au souffle qui survit ;
le désespoir, l’angoisse et la douleur tragique
de ces yeux fixes et secs, ou ces larmes funestes
qui déchirent le coeur qu’elles voudraient soulager,
et toute la hideuse compagnie de nos humaines peurs
sont nés de la folie de croire que l’espace
d’une vie si frêle puisse restreindre l’homme immortel.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Au-dedans du vent (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020



Au-dedans du vent
ce qu’il ignore
le porte
ce qu’il sait
fragile obsolète
il fait semblant
de n’en rien savoir
pour survivre

(Bernard Montini)


Illustration

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