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Les adieux du coq (Raymond Radiguet)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2016




Les adieux du coq

Que le coq agite sa crête
(Où l’entendent les girouettes ;
Adieu, maisons aux tuiles rouges,
Il y a des hommes qui bougent.

Ame ni mon corps n’étaient nés
Pour devenir cette momie
Bûche devant la cheminée
Dont la flamme est ma seule amie.

Vénus aurait mieux fait de naître
Sur le monotone bûcher
Devant lequel je suis couché,
La guettant comme á la fenêtre.

Nous ne sommes pas en décembre ;
Je ne serais guère étonné
Pourtant, si dans la cheminée,
Un beau matin je vois descendre

Vénus en pleurs du ciel chassée,
Vénus dans ses petits sabots.
(De Noël les moindres cadeaux
Sont luxueusement chaussés.)

Mais, Echo ! je sais que tu mens.
Par le chemin du ramoneur,
Comme en un miroir déformant,
Divers fantômes du bonheur,

A pas de loup vers moi venus,
Surprirent corps et âme nus,
– Bonheur, je ne t’ai reconnu
Qu’au bruit que tu fis en partant.

Reste étendue, il n’est plus temps,
Car il vole, âme, et toi tu cours,
Et déjà mon oreille avide,
Suspendue au-dessous du vide,

Ne perçoit que la basse-cour.
Coq, dans la gorge le couteau
Du criminel, chantez encor :
Je veux croire qu’il est trop tôt.

(Raymond Radiguet)

Illustration: Pablo Picasso

 

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Dans une solitude (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2015



Rob Gonzalves 5c

Dans une solitude entre toutes choisies
parfois l’instant sacré d’une aile suspendue
Sur nous l’aile couleur des lointains
un ange une grande Victoire inattendue
Une force sereine l’Espérance
dans son halo fragile apporte l’aromate
Qui nous élève au-dessus des charniers
preuve d’azur d’un temps plus beau tableau qu’aucun démon ne gratte

(Ernest Delève)

Illustration: Rob Gonzalves

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Angoisse (Abd al-Mâlik ibn Rizq)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2015




Angoisse

En doux tremblement suspendue,
elle laisse tomber son voile perlé à terre,
tandis que le vent à la fenêtre fête
la lointaine rumeur du ruisseau.

Comme des bûches en feu, les amants brûlent.
La pleine lune se perche sur le toit
dans un bleu murmure de colombes.

(Abd al-Mâlik ibn Rizq)

Illustration

 

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INTERVALLE (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2015




INTERVALLE

Architectures instantanées
sur une pause suspendues,
apparitions non appelées
ni pensées, formes de vent,
insubstantielles comme du temps
et comme du temps dissipées.

Faites de temps, elles ne sont pas le temps;
elles sont la fente, l’interstice,
le vertige bref du entre
où s’ouvre la fleur diaphane :
haute sur la tige d’un reflet
elle s’évanouit pendant qu’elle tourne.

Jamais touchées, clartés
vues avec les yeux fermés :
la naissance transparente
et la chute cristalline
dans cet instant de cet instant,
interminable encore.

Derrière la fenêtre : terrasses
désolées et nuages rapides.
Le jour s’éteint, la ville
s’allume, proche et lointaine.
Heure sans poids. Je respire
l’instant vide, éternel.

(Octavio Paz)

 

 

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DERNIERS TEMPS (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2015


 


Pieter Claesz   Vanité  5o1_500

DERNIERS TEMPS

Il y aura des journées et des temps difficiles
Et des nuits de souffrance qui semblent insurmontables
Où l’on pleure bêtement les deux bras sur la table
Où la vie suspendue ne tient plus qu’à un fil ;
Mon amour je te sens qui marche dans la ville.

Il y aura des lettres écrites et déchirées
Des occasions perdues des amis fatigués
Des voyages inutiles des déplacements vides
Des heures sans bouger sous un soleil torride,
Il y aura la peur qui me suit sans parler

Qui s’approche de moi, qui me regarde en face
Et son sourire est beau, son pas lent et tenace
Elle a le souvenir dans ses yeux de cristal,
Elle a mon avenir dans ses mains de métal
Elle descend sur le monde comme un halo de glace.

Il y aura la mort tu le sais mon amour
Il y aura le malheur et les tout derniers jours
On n’oublie jamais rien, les mots et les visages
Flottent joyeusement jusqu’au dernier rivage
Il y aura le regret, puis un sommeil très lourd.

(Michel Houellebecq)

Illustration: Pieter Claesz  

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