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Poésie

Posts Tagged ‘symbolique’

Helen Schjerfbeck (Hanner Bramnes)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019



Illustration: Helen Schjerfbeck
    
L’étude la plus importante
d’Helen Schjerfbeck est celle
qu’elle fit de son propre visage
à mesure qu’elle vieillissait
son regard devenait plus fixe
sa peau plus claire
son teint pastel

avec le temps
elle fit disparaître toute symbolique
de sa propre expression

***

Sin største studie
gjorde Helen Schjerfbeck
i sitt eget ansikt
etter som hun ble eldre
ble blikket fastere
huden klarere
fargen pastell
med tiden
fjernet hun all symbolikken
fra sitt eget uttrykk

(Hanner Bramnes)

 

Recueil: Le poids de la lumière
Traduction: Anne-Marie Soulier
Editions: Erès

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Sadako Sasaki (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



Illustration : Sadako Sasaki
    
Sadako Sasaki, fillette leucémique irradiée à Hiroshima,
tenta de plier 1000 grues de papier pour que,
selon le proverbe, son voeu : continuer à vivre se réalise.

Avant de mourir, sans dévier de son but,
elle parvint à réaliser 644 de ces oiseaux hautement symboliques au Japon.
Ce sont les enfants de sa classe qui confectionnèrent les origamis manquants
afin de parvenir jusqu’à mille.

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion

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L’homme-chêne (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    
L’homme-chêne

Le temps pourtant était innocent
des blessures infligées au corps
battu de tempêtes et battant;
il connaît l’issue du combat

et l’embellie qui succède au gris.
Lui connaît la pluie, le noir,
l’éclair qu’appelle déjà la nuit.
Tapis dans la symbolique de sa mort
l’homme encore tentait sa vie

pour la clarté du jour et le brin
de lumière qu’allumait l’arbre rouge.
L’homme-chêne attaché au piquet
et que déracinerait le ciel.
Il lui resterait une phrase,
un mot à trouver

avant de se taire, il le dirait.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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PROCESSIONS (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017



PROCESSIONS

Blanches processions, si blanches, si gothiques,
Dans ma Flandre natale, au temps des Fêtes-Dieu !
Blanches comme on en voit, sous un ciel calme et bleu
Emplir de leur lenteur les lointains des triptyques.

Si lentes, dans le bruit des cloches s’animant,
Le bruit des carillons et des cloches bénies
Qui semblaient tout au loin répondre aux litanies
Et mener le cortège au fond du firmament.

Si lentes à marcher sur les herbes coupées
Qui revivaient un peu sous le vent approchant
Des cantiques latins dont le grave plain-chant
Mélancolisait l’air avec ses mélopées.

Si lentes ! on voyait dans les beaux soirs tombants
Des étendards brodés de roses symboliques,
Et les châsses d’argent où dorment des reliques,
Et des agneaux pascals pavoisés de rubans.

Puis s’avançaient, parmi le frisson des bannières,bannières
Tous les enfants de choeur, dans leur rouge attirail,
Aux cheveux de missel, aux robes de vitrail,
Comme dans un parfum d’indulgences plénières.

Des Madones, le coeur traversé de couteaux,
Avec leurs manteaux bleus, aux yeux de pierreries,
Émergeaient au milieu des longues théories
Et souriaient debout sur leurs grands piédestaux.

Des groupes recueillis de pâles orphelines,
Tristes, portaient des lis comme les âmes d’or
De leurs parents défunts qui reviendraient encor
Pour frémir dans leurs mains dévotes et câlines.

Là, l’Église Souffrante en voiles violets
Puis les martyrs chrétiens portant de grandes palmes
Avec les bienheureux du Paradis si calmes
Qui glissent sous leurs doigts les grains des chapelets

L’Église Triomphante est soudain apparue
En rose, tout en rose, en tulle rose et clair,
Couleur de renouveau fleuri, couleur de chair,
Comme un lever d’aurore incendiant la rue.

Puis voici les abbés en dalmatiques d’or,
Les chanoines songeurs dans leurs camails d’hermine,
Tout un cortège grave et lent qui s’achemine
Dans le silence doux du beau jour qui s’endort.

Et tout là-bas, parmi les bleuâtres traînées
Du liturgique encens qui parfumait le soir,
Devant le baldaquin où luisait l’ostensoir,
Les encensoirs volaient, mouettes enchaînées !

Et l’évêque, debout sur le peuple chrétien,
Crosse en main, mitre en tête, élargissait ses gestes,
Comme un semeur jetant, pour les moissons célestes,
Les graines du Seigneur dont il était gardien.

II
Ainsi mon Ame ! Ainsi mon Enfance perdue
Mes amours, mes désirs avaient leurs reposoirs,
Leurs convois blancs marchant dans un bruit d’encensoirs
Et leur dais d’argent neuf pour la Vierge attendue.

Mais la procession n’a chanté qu’un moment
Et mon Ame n’a plus dans le noir de ses rues
Qu’une foule grouillante et d’absurdes cohues
De rêves qui s’en vont mélancoliquement !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Pellerin

 

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Si la poésie n’est pas, comme on l’a dit, «le réel absolu» (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



 

Si la poésie n’est pas,
comme on l’a dit, «le réel absolu»,
elle en est bien la plus proche convoitise
et la plus proche appréhension,
à cette limite extrême de complicité
où le réel dans le poème semble s’informer lui-même.

Par la pensée analogique et symbolique,
par l’illumination lointaine de l’image médiatrice,
et par le jeu de ses correspondances,
sur mille chaînes de réactions et d’associations étrangères,
par la grâce enfin d’un langage
où se transmet le mouvement même de l’Être,
le poète s’investit d’une surréalité
qui ne peut être celle de la science.

Est-il chez l’homme plus saisissante dialectique
et qui de l’homme engage plus?
Lorsque les philosophes eux-mêmes
désertent le seuil métaphysique,
il advient au poète de relever là le métaphysicien;
et c’est la poésie, alors, non la philosophie,
qui se révèle la vraie «fille de l’étonnement»,
selon l’expression du philosophe antique
à qui elle fut le plus suspecte.

Mais plus que mode de connaissance,
la poésie est d’abord mode de vie – et de vie intégrale.
Le poète existait dans l’homme des cavernes,
il existera dans l’homme des âges atomiques parce qu’il est part irréductible de l’homme.

De l’exigence poétique, exigence spirituelle,
sont nées les religions elles-mêmes, et par la grâce poétique,
l’étincelle du divin vit à jamais dans le silex humain.
Quand les mythologies s’effondrent,
c’est dans la poésie que trouve refuge le divin;
peut-être même son relais.
Et jusque dans l’ordre social et l’immédiat humain,
quand les Porteuses de pain de l’antique cortège
cèdent le pas aux Porteuses de flambeaux,
c’est à l’imagination poétique que s’allume encore
la haute passion des peuples en quête de clarté.

(Saint-John Perse)

Tiré de son discours lors de la remise de son Prix Nobel 1960
Discours intégral ici: http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1960/perse-speech-fr.html

Illustration

 

 

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ODE A RANAVALONA III (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2016




ODE A RANAVALONA III
(extraits)

[…]

Quel chérubin obscur a pu compter les gouttes
De larmes dont tes yeux ont inondé tes jours!
Peut-être que témoin insensible de tes doutes
Ton ange a-t-il prévu de si brillants retours.

Lorsque la mort, plus tard, vint délivrer ton âme,
Le souffle du désert ou quelques vieux corbeaux
Ont pu seuls écouter les plaintes de tes mânes
Parmi les myrtes verts qui veillaient ton tombeau.

[…]

Mais où sont les taureaux à la nuque étoilée
Dont le sang abondant doit arroser le sol ?
Où donc est la génisse à tes pas immolée ?
Je cherche vainement ton rouge parasol.

Dans le jardin des rois, les « sahondras » sont mortes.
Nulle conque marine avec des sanglots longs
N’ose non plus troubler le silence des Portes
Ni déchirer les flancs paisibles des vallons.

Sous le ciel éclatant d’un bleu d’apothéose,
Je ne vois point marcher des vierges des tribus
La théorie ardente en guirlandes de roses
Pour réciter en choeur les chants qui te sont dus.

*
Une foule innombrable envahit l’Acropole
Et refait vaguement les gestes rituels.
Mais l’Aigle qui défend l’accès des nécropoles
Semble ignorer ton Ombre et tes restes mortels.

Les bambous ont verdi. Les ficus centenaires,
Des ébats de ta cour témoins silencieux,
Poursuivent, nonchalants, leur songe imaginaire
Autour de la « Maison-Froide » de tes aïeux.

Mais, seul, l’arbre des rois, d’un geste symbolique,
Contemple ta dépouille avec des lents remous :
L’« Aviavy » sacré parfume ta relique
Du baume hypothétique à tes cendres si doux.

*

Reine, petite reine aux yeux charmeurs et tristes
Dont la langueur valut l’empire d’un pays,
Au milieu des rois morts dont la vertu t’assiste,
Que tu dois être heureuse en ce linceul ami !

Maintenant que tu dors sous le signe des Rites,
Qu’importe à ton destin que des peuples nouveaux
Rangent sous d’autres lois l’éclat des latérites :
Ton âme aura vécu ses rêves les plus beaux,

Reine, petite reine aux yeux charmeurs et tristes,
Maintenant que tu dors sous le signe des Rites.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration et présentation de la Reine Ranavalona III

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