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Poésie

Posts Tagged ‘table’

Jadis c’était la couleur du dire (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2019



Illustration: Margaret Brohan
    
Jadis c’était la couleur du dire
Qui inondait ma table sur le versant le plus laid d’une colline
Avec un champ chaviré où une école se tenait, tranquille
Et un carré noir et blanc de filles s’y répandait en jeux ;
Les doux glissoires du dire je les dois détruire
Pour que les noyés enchanteurs se relèvent pour chanter comme coq et tuer.
Quand je sifflais avec des gamins joueurs à travers le parc du réservoir
Où la nuit nous lapidions les froids, les niais
Amants dans la boue de leur lit de feuilles,
L’ombre de leurs arbres était mot à plusieurs obscurités
Et lampe d’un éclair pour les pauvres dans la nuit ;
Maintenant mon dire doit me détruire,
Et je déviderai chaque pierre comme un moulinet.

(Dylan Thomas)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vision et Prière (et autres poèmes)
Traduction: Alain Suied
Editions: Gallimard

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Il tremblait (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2019



 

Il tremblait devant la lumière
Et tremblait devant les rameaux.

Il n’était pas content des fenêtres
Et se méfiait des oiseaux.

Il n’avait pu
Etre davantage.

Pourtant quand il fut clair
Que la ville flambait
Dans le fracas des bombes,

Il osa tutoyer,
Pour la première fois,
Les choses qu’il touchait
Sur la table et les murs.

(Guillevic)

 

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Liberté (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

Rockwell Kent  o1_1280 [1280x768]

Liberté

Le vent impur des étables
Vient d’ouest, d’est, du sud, du nord.
On ne s’assied plus aux tables
Des heureux, puisqu’on est mort.

Les princesses aux beaux râbles
Offrent leurs plus doux trésors.
Mais on s’en va dans les sables
Oublié, méprisé, fort.

On peut regarder la lune
Tranquille dans le ciel noir.
Et quelle morale ?… aucune.

Je me console à vous voir,
A vous étreindre ce soir
Amie éclatante et brune.

(Charles Cros)

Illustration: Rockwell Kent

 

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OUTILS POSÉS SUR UNE TABLE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019




    
OUTILS POSÉS SUR UNE TABLE

Mes outils d’artisan
sont vieux comme le monde
vous les connaissez
Je les prends devant vous :
verbes adverbes participes
pronoms substantifs adjectifs.

Ils ont su ils savent toujours
peser sur les choses
sur les volontés
éloigner ou rapprocher
réunir séparer
fondre ce qui est pour qu’en transparence
dans cette épaisseur
soient espérés ou redoutés
ce qui n’est pas, ce qui n’est pas encore,
ce qui est tout, ce qui n’est rien,
ce qui n’est plus.

le les pose sur la table
Ils parlent tout seuls je m’en vais.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard
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JE RENTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019




    
JE RENTRE

Mon chapeau se cabosse
j’entends maintenant les aboiements récents
la fenêtre m’applaudit aussitôt
et ma table sourit

je regarde au loin le bouton de sonnette
et le vent actif agace mes cheveux
l’être innombrablement ailé je le suis aussitôt
je partis oubliant mon cerveau

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Les fleurs du printemps (Khalil Gibran)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Arthur Hacker  
    
Les fleurs du printemps
sont les rêves de l’hiver
racontés, au petit matin,
à la table des anges.

(Khalil Gibran)

 

Recueil: Le sable et l’écume

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LE SOLEIL ET LA LUNE (Louis Simpson)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



    

LE SOLEIL ET LA LUNE

« Si le soleil et la lune devaient douter,
Ils disparaîtraient à l’instant. »

Quand j’essaie de penser à ce qu’ils ont en commun
Je dois bien admettre que c’est la paranoïa

Une foi inébranlable en leur propre importance…
Ils voient ce qu’ils veulent.

A coup sûr, la vie est beaucoup plus simple.
Il faut être fou, tout est là.

En fait, je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même.
Je m’assois pour écrire…

Une heure plus tard la table est couverte de mots.
Alors je les raye l’un après l’autre.

***

THE SUN AND THE MOON

« If the Sun and Moon should doubt,
They’d immediately go out. »

When I try to think what they have in common
I have to say, paranoia.

An unshakable belief in their own impo rtance…
They see what they desire.

Certainly, life would be a lot simpler.
You have to be mad, that’s the catch.

As it is, I have no one to blame but myself.
I sit down to write…

An hour later the table is covered with words.
And then I start crossing them out.

(Louis Simpson)

 

Recueil: Nombres et poussière
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

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Sentir pleinement (Virginia Woolf)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019


 


 

Van Gogh s Chair. 1888-1889 jpg

Au niveau de l’expérience ordinaire,
sentir pleinement que ceci est une chaise,
que ceci est une table
mais en même temps,
que c’est un miracle, une extase.

(Virginia Woolf)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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TRISTE SOIR (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



Kees van Dongen e [800x600]

TRISTE SOIR

La femme chantait comme une barbare
En le café vide tard dans la nuit,
Comme une barbare, à déchirer l’âme…
Et quelle révolte autour, quelle flamme !…
Les tympanons hurlaient et dans le bruit
La femme chantait comme une barbare.

La femme chantait comme une barbare…
Et nous fumions, noyés dans un halo,
Bande de fêtards infiniment tristes,
En rêvant d’un monde qui point n’existe.
Et dans de longs, sataniques échos,
La femme chantait comme une barbare.

La femme chantait comme une barbare,
Et quelle révolte, autour, quelle flamme !…
Plus personne alors chez soi n’est rentré,
Le front sur la table on a tous pleuré,
Tandis qu’en la salle, à déchirer l’âme,
La femme chantait comme une barbare…

(George Bacovia)

 Illustration: Kees van Dongen

 

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LA CUISINE SENT BON L’OSEILLE (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



LA CUISINE SENT BON L’OSEILLE

La cuisine sent bon l’oseille.
La soupe fume sur la table.
La nappe jaune y est semblable
À un rectangle de soleil.

On croirait voir des pâquerettes
Fleurir sur le bord des assiettes.
Les fourchettes et les couteaux
Portent des clartés sur le dos.

Le sel montre son aile d’ange.
Dans un grand plat bleu, les oranges
Sont aussi gonflées que les joues

Des enfants impatients qui soufflent
Sur la fumée où, toute blanche,
Tourne royalement la louche.

(Maurice Carême)

Illustration: Paul Delvaux

 

 

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