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Poésie

Posts Tagged ‘tableau’

FERMOIR (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



FERMOIR

Tableau transformable
au mobile écran
le prisme des fables
sert les quatre sens ;
l’espace qui bouge
en ta profondeur
filiforme touche
l’esprit créateur
violet et rouge
métamorphoseur,
tout se multiplie
silhouette, l’art,
son et poésie,
le ciel qu’on déplie,
retour et départ :
à chacun son rêve,
oeuvre, liberté
de tout transposer ;
la vie est trop brève,
il faut l’inventer.

(Géo Libbrecht)

Illustration

 

 

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L’ORAGE AU MUSÉE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



musée

L’ORAGE AU MUSÉE

Il était monté par de grands escaliers
de pierre blanche;
dehors une femme en courant emportait
un nouveau-né sous la trombe
mais près de lui une autre aux yeux mouillés,
aux lèvres dessinées
regardait les toiles italiennes.
Au plus fort de l’orage réfugié au musée
il écoutait son coeur comme on fait dans les bois
retrouvait les verrières dépolies,
les balustres de fer forgé
le luisant de la cire
tous les grands tableaux bruns et rouges
et aussi dans son souvenir
une fille indolente à la robe ardoise,
aux fins cheveux aile de corbeau
et dont il avait tout un soir
réchauffé les pieds dans ses mains.

(Jean Follain)

 

 

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LE TABLEAU (Marc Chagall)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Marc Chagall
    
LE TABLEAU

Si mon soleil rayonnait dans la nuit,
Je dors – baigné dans des couleurs,
Dans un lit d’images,
Et ton pied sur ma bouche
M’étouffe et me torture.

Je m’éveille dans la douleur
D’un nouveau jour, avec des espérances
Qui ne sont pas encore peintes,
Qui ne sont pas empreintes de couleurs.

Je cours là-haut
Vers les pinceaux desséchés.
Comme le Christ je suis cloué,
Crucifié sur ma palette.

Suis-je fini,
Achevé dans ma toile ?
Tout rayonne, ruisselle, court.

Lève-toi, encore une touche
Là-bas, du noir,
Ici, le bleu le rouge se sont étendus
Et m’ont apaisé…

Écoute-moi – mon lit de mort
Mon herbe desséchée,
Les amours disparues,
Revenues de nouveau,
Écoute-moi.

Je passe par-dessus ton âme,
Je franchis ton ventre,
Je bois le reste de tes jours.

J’ai englouti ton clair de lune,
Le songe de ton innocence
Afin de devenir ton ange
Et te veiller comme autrefois.

(Marc Chagall)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dentelle de fièvre (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Dentelle de fièvre

Sur les tableaux de saints pendus aux murs
mes pupilles traînent un hélas! de crépuscule;
et dans un frisson de fièvre, bras croisés,
mon être reçoit la vague visite du Nonêtre.

Une mouche pleureuse sur les meubles fourbus
veut répandre je ne sais quelle légende fatale :
une illusion d’Orients qui s’enfuient harcelés;
un nid azur d’alouettes qui meurent en naissant.

Dans un vieux fauteuil est assis mon père.
Comme une Mater Dolorosa, entre et sort ma mère.
Et en les voyant je sens un je ne sais quoi qui ne veut pas partir.

Car avant l’oublie qui est hostie faite de Science,
est l’hostie, oublie faite de Providence.
Et la visite naît, m’aide à vivre bien…

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Peintre qui va à Port-Cros pour peindre (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2019



Pierre Mori 3 [800x600]

Peintre qui va à Port-Cros pour peindre.
Et tout est si beau qu’il achète une maison,
range ses tableaux et n’y touche plus.

(Albert Camus)

Illustration: Pierre Mori

 

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Et puis il y a ces draps (Farah-Martine Lhérisson)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



 

Jacques Damville (7)

Et puis il y a ces draps
qui font glisser
mes souvenirs
cette lampe de chevet s’en va
mais … reviens
je la veux l’image du tableau
d’en face
je la porterai en écharpe
elles se sont perdues mes
croisières

(Farah-Martine Lhérisson)

Illustration: Jacques Damville

 

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LEÇON (Mirosław Grudzień)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019




Illustration: Joseph Beuys    
    
LEÇON

ce sont si peu de mots
que j’extirpe du fond de moi
autant que de la poussière de craie
échappée du frottoir
après que le tableau
ait été frotté

il reste encore une chose
coincée dans la gorge telle une arête
qui ne veut pas sortir
au tableau noir
un vieux maître d’école écrit
un texte illisible:
ma vie

le temps s’amenuise
jusqu’à ce que retentisse la fin de la leçon
toujours moins de mots
toujours moins de craie
s’attache à vos doigts.

***

LEKCJA

tak mało słów
z siebie wyduszam
tyle co kredowego pyłu z gąbki
po starciu tablicy

ciągle coś
pozostaje
tkwi kością w gardle
nie chce wyjść

stary belfer
pisze na szkolnej tablicy
niezrozumiały tekst
moje
życie

coraz mniej czasu do dzwonka
coraz mniej słów
coraz mniej kredy
w palcach

***

LESSON

it’s so few words
that I wring out of myself,
as much as some chalk dust
out of an eraser
after the blackboard’s
been wiped clean.

Something still remains,
stuck like a bone in the throat,
will not go out.

On the school blackboard,
an old schoolmaster is writing
an unintelligible text:
my life.

It’s less and less time
until the lesson end rings,
fewer and fewer words
less and less chalk
in fingers.

***

AULA

São tão poucas as palavras
que de mim extraio
quanto o pó de giz
de um apagador
após limpa
a lousa.

Contudo, algo permanece preso
como um osso na garganta
que não se liberta

Na lousa negra da escola,
um velho professor escreve
um texto ininteligível:
a minha vida

Há cada vez menos tempo
até ao toque do fim da aula,
cada vez menos e menos palavras
cada vez menos giz
nos dedos.

***

LECCIÓN

son tan pocas palabras
que me deslizo
como el leve polvo de la tiza
fuera del borrador
cuando la pizarra
ha sido borrada.

Algo queda aún
adherido como un hueso a la garganta
que no saldrá

en la pizarra de la escuela
un viejo maestro escribe
un texto ininteligible:
mi vida

es cada vez más corta
hasta que suene la sirena al final de la lección
menos y menos palabras
cada vez menos tiza
en sus dedos

***

LEZIONE

sono poche appena le parole
che scrivo di me stesso,
tante quanto la polvere di gesso
che esce dal cancellino
dopo che la lavagna
è stata pulita.

qualcosa ancora rimane,
ficcata in gola come una spina,
che non vuole andare giù

sulla lavagna della scuola,
un anziano maestro sta scrivendo
un testo incomprensibile:
la mia vita.

sempre meno è il tempo
prima che la campanella suoni,
e sempre di meno sono le parole
ancora meno il gesso
sulle dita.

***

LEKTION

Es sind so wenige Worte
die ich aus mir heraus zwänge
so viel wie etwas Kreidestaub
aus dem Lappen
nachdem er die Tafel
abgewischt hat
etwas bleibt stecken
wie ein Knochen im Hals
will heraus
auf der Tafel
schreibt ein alter Schulmeister
einen unverständlichen Text:
mein Leben
es bleibt immer weniger Zeit
bis es klingelt zum Ende der Lektion
immer weniger Worte
immer weniger Kreide
bleiben in den Fingern.

***

LES

het zijn zo weinig woorden
die ik uit mij wring
zo veel als wat krijtstof
uit een bordenwisser
na het bord
schoon te hebben geveegd
iets blijft nog achter
zit vast als een graat in de keel
wil er niet uit
op het schoolbord
schrijft een oude schoolmeester
een onleesbare tekst:
mijn leven
er is steeds minder tijd
tot het einde van de les rinkelt
steeds minder woorden
steeds minder krijt
nablijft aan de vingers

***

УРОК

тaк немного слов
из себя выдавливаю
нaстолькo что пыли мела от губки
после стирания доски

всё еще что-то остается
кaк кость поперёк горлa
не хочет выйти
на классной доске
старый учитель пишет
непoнятный текст:
моя жизнь
всё менее времени до звонка
всё менее слов
всё менее мела
в пальцах

(Mirosław Grudzień)

 

Recueil: ITHACA 577
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Polonais original / Anglais Stanley Barkan / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Espagnol Rafa Carcelén / Italien Luca Benassi / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Mirosław Grudzień – Germain Droogenbroodt / Russe Miroslav Grudzen – Malgorzata Zuretsk
Editions: POINT

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Un cygne (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Un cygne avance sur l’eau
tout entouré de lui-même,
comme un glissant tableau;
ainsi à certains instants
un être que l’on aime
est tout un espace mouvant.

Il se rapproche, doublé,
comme ce cygne qui nage,
sur notre âme troublée…
qui à cet être ajoute
la tremblante image
de bonheur et de doute.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration

 

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Les branches ont le secret (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
Les branches ont le secret
d’une écriture aussi
vivante que celle qui rythma

mon enfance. L’école était
mon château, mon refuge,
ma patrie. Sur le tableau,
se déroulaient, comme

des portées radieuses,
les modèles que je devais
suivre pour conquérir
le coeur du temps et

comprendre qu’il me
faudrait grande prudence
pour ne jamais trahir
l’écriture des branches.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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TABLEAU D’HIVER (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



TABLEAU D’HIVER

Une charogne, un corbeau, moi, un champ…
C’est l’hiver, et la neige tout inonde…
Au loin, la neige et le ciel se confondent
Personne… Neige… il neige tout le temps.

— O corbeau !
A quoi bon une âme près du tombeau…
Isolée en le désert, tristement,
Quand les ans passent je ne sais comment.
O corbeau !
A quoi bon une âme près du tombeau…
— Tu dis vrai !

— O corbeau !
A quoi bon une âme près du tombeau…
Sombre caveau, retards, mensonges,
Est-ce là vie ou est-ce songe ?
O corbeau !
A quoi bon une âme près du tombeau…
— Tu dis vrai !

Il est tard, il neige et tombe la nuit…
Je suis seul, j’écoute…
La ville est là, personne sur la route
Silence, rien, chez moi me revoici !…

(George Bacovia)

Illustration: Jean François Millet

 

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