Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tache’

Les traces de pas de l’absolu (Stéphane Sangral)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Les traces de pas de l’absolu sont des taches
noires sur mon esprit, je les suis vers le rien,
encore quelques pas, encore quelques taches
d’encre, quelques mots pour rien, puis viendra le rien.

(Stéphane Sangral)

 

Recueil: Méandres et Néant
Traduction:
Editions: Galilée

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La nuit nous dicte sa tâche magique (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019


 


 

La nuit nous dicte sa tâche magique.
Détisser les mailles de l’univers,
les ramifications inépuisables
des effets et des causes, qui se perdent
dans ce vertige insondable — le temps
la nuit exige que cette nuit même,
tu oublies ton nom, ton sang, tes ancêtres,
chaque parole humaine et chaque larme,
ce que la veille a pu te révéler,
le point illusoire des géomètres,
la ligne, le cube, la pyramide
et plan, sphère, cylindre, mer et vagues,
ta joue sur l’oreiller et la fraîcheur
du drap neuf
les empires, les Césars et Shakespeare
et, plus difficile, ce que tu aimes.

(Jorge Luis Borges)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES VOIX (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

Odd Nerdrum_sleeping_couple

LES VOIX

Les voix qu’on avait entendues reviennent
Des lamentations et des bruissements remplissent l’air.

Le printemps vient et revient
Des arbres comme pétrifiés dans une lumière dure.

La lumière est rude et nous change,
Brûle le visage, dévore la peau.

La pluie arrive et tombe dans la mémoire,
Murs mouillés et moisis.
La chair se mouille en dedans, l’âme se mouille.

La fontaine où nous buvions ne coule pas.
Tu distingues le bruit, tu vois l’eau
Suspendue se penche vers la terre,
Comme d’un arbre une branche sèche.

Tu écoutes les rossignols que tu écoutais, ils ne s’arrêtent point
Dans l’ouïe attentive, dans les forêts attardées dans l’obscurité.
Tu dégustes les paroles de la nuit.
Mains que j’ai gardées dans les miennes,
Mains, doigts dans les doigts,
Vous êtes restées au toucher comme les taches
Qui ne disparaissent pas, comme du sang sur les habits.
Lèvres sur mes lèvres,
Ame sur mon âme.

Mer résonnant dans le sommeil. Vaste mer.

(Georges Themelis)

Illustration: Odd Nerdrum

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pour écrire Il te faut partir (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2019



Illustration: Alberto Giacometti
    
Pour écrire
Il te faut partir

Tu ne peux demeurer
Que dans l’éclat des routes
La ferveur des ciels
Les embruns de l’aube
Les tâches du soleil

Aucune cage ne te donnera
Le goût du large
L’espace généreux où t’envoler
Aucun remède

Renonce à tout savoir
Rends-toi à l’inconnu
Laisse aujourd’hui tes ailes te porter

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chant Alterné (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Chant Alterné

I
Éros aux traits aigus, d’une atteinte assurée,
Dés le berceau récent m’a blessée en ses jeux;
Et depuis, le désir, cette flèche dorée,
Étincelle et frémit dans mon coeur orageux.

II
Les roses de Sâron, le muguet des collines,
N’ont jamais de mon front couronné la pâleur;
Mais j’ai la tige d’or et les odeurs divines
Et le mystique éclat de l’éternelle Fleur.

I
Plus belle qu’Artémis aux forêts d’Ortygie,
Rejetant le cothurne en dansant dénoué,
Sur les monts florissants de la sainte Phrygie
J’ai bu les vins sacrés en chantant Évohé !

II
Un esprit lumineux m’a saluée en reine.
Pâle comme le lys â l’abri du soleil,
Je parfume les coeurs; et la vierge sereine
Se voile de mon ombre à l’heure du sommeil.

Dans l’Attique sacrée aux sonores rivages,
Aux bords Ioniens où rit la volupté,
J’ai vu s’épanouir sur mes traces volages
Ta fleur étincelante et féconde, ô Beauté!

II
Les sages hésitaient ; l’âme fermait son aile ;
L’homme disait au ciel un triste et morne adieu :
rai fait germer en lui l’Espérance éternelle,
Et j’ai guidé la terre au-devant de son Dieu !

I
O coupe aux flots de miel oit s’abreuvait la terre,
Volupté ! Monde heureux plein de chants immortels !
Ta fille bien aimée, errante et solitaire,
Voit l’herbe de l’oubli croître sur ses autels.

II
Amour, amour sans tache, impérissable flamme !
L’homme a fermé son coeur, le monde est orphelin.
Ne renaitras-tu pas dans la nuit de son âme,
Aurore du seul jour qui n’ait pas de déclin?

(Leconte de Lisle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tâches de soleil (Sagiterra)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



sieste 

Tâches de soleil
sous mes paupières fermées ~
Méridienne !

(Sagiterra)

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

ENFIN (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




ENFIN l’occasion attendue, du temps libre
De toutes ces tâches, imposées volontairement ou non,
Cependant maintenant, prise au piège, je m’affole, j’essaie
De trouver un prétexte, n’importe quoi pour me dérober
À une confrontation avec la page blanche.
Il n’y a pas d’hôte invisible dans ma chambre:
Les temps et les lieux sont à eux, non à nous,
Rendant leur présence présente, infinie.
Ce vide est le terme
De bien des dérobades: nous nous détournons
Rien qu’un instant en l’incommensurable absence.

***

AT LAST the awaited opportunity, time free
Of all those tasks, imposed or self-imposed,
Yet now, trapped, I panic, try
To think of some pretext, anything to evade
A confrontation with the unwritten page.
There is no invisible visitant in my room:
The times and places are theirs, not ours,
Who make their presence present, infinite.
This blankness is the term
Of many evasions: we turn aside
Only for a moment into immeasurable absence.

(Kathleen Raine)

Illustration: Catherine Mayet

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

J’aime le brouillard (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Caroline Duvivier

    

J’aime le brouillard, tu le sais

Ses épaisseurs lumineuses
Ses taches de mort calme dans l’antre du jour

Et tu sais aussi que j’aime le brouillard
parce qu’il ressemble À ce regret qui est en moi
Entre l’heure et la mémoire
Quand j’ai la vertu de regarder ma mort
Les claires ruines et tout l’après
Où je n’aurai plus de structure
Où il n’y aura plus de langage, plus de formes

même ombreuses
Plus d’arête

aucune catégorie dans le vide
Aucun vide du vide

J’aime le brouillard de m’y faire réfléchir
S’il ressemble tant soit peu à ce destin

défaisant mon heure
Dans le vœu de l’instant et du rien

(Jacques Chessex)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’attente (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’attente

Salut au matin même le plus pauvre
tout taché de neige et de forêts noires
changeant l’horizon en mur décrépi
où le plâtre bis des longs champs s’écaille

salut au matin posé sur ma table
à sa joue frottée sur le papier blanc
à la plaine creuse où peinent les hommes
aux collines fades pliant sous la brume

chaque aube rapproche l’homme que j’attends
la montée du jour au fond de mes paumes
les raisons tombées leurs faisceaux formés
et celui qui dit : voilà, c’est là, c’est là !

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le remords (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Atsushi Suwa 0111

Le remords

Vais-je traîner toute ma vie
en moi cette sorte de litanie
qui ne me laisse point de repos
et met ma conscience en morceaux ?

Car voyez-vous, quoi que je fasse,
toujours quelque chose me tracasse
et mes actes les plus louables
au fond de moi me crient : coupable !

Coupable je suis, sachez-le.
Comment, pourquoi importent peu
car mes réponses mille fois reprises
sans fin en moi se contredisent.

Coupable je suis de telle sorte
qu’à y penser toute chose me porte
et mes regrets sempiternels
me sont punition éternelle.

Ainsi donc, n’ayant nulle paix,
de moi-même faisant le portrait,
je rumine l’énumération
de mes actions et inactions…

J’adore me prélasser au lit,
lisant, me cultivant l’esprit.
Mais le remords, comme un démon,
sitôt m’insuffle son poison.

Alors je m’attèle à la tâche
et comme une brute, fais le ménage,
mais en même temps je me répète :
ma fille, tu seras toujours bête !

Je veux, ai-je raison ou tort ?
aussi m’occuper de mon corps
pour être épouse désirable
d’un effet quelque peu durable.

Mais dès qu’à mes soins je m’adonne,
une voix perfide me chantonne :
tu as raison, ne pense qu’à toi,
ils attendront pour le repas !

Alors, retrouvant mes casseroles,
échevelée et l’air d’une folle,
je me redis dans un sermon :
toujours seras-tu une souillon ?

Parfois, avide de détente,
je me complais à ce qui tente,
croyant voler quelques bonnes heures
au temps à consacrer ailleurs.

Mais au lieu de me réjouir,
je ne cherche qu’à troubler ma fête
car de mes cent tâches non faites,
je me punis comme à plaisir !

Ainsi donc, n’ayant nulle paix…
De moi-même faisant le procès…

(Esther Granek)

Illustration: Atsushi Suwa

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :