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Poésie

Posts Tagged ‘taciturne’

L’HORLOGE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



L’HORLOGE

Au centre d’un pignon dans la cour taciturne,
Un cadran blasonnait la tristesse des murs
Et les Heures tombaient, à coups rythmés et sûrs,
Comme des gouttes d’eau qui tomberaient d’une urne.

Comme des gouttes d’eau, s’égrenant par instant
Sur un homme perdu dans une grotte obscure.
Pleurs du rocher qui font une humide piqûre
Et par une douleur marquent le cours du Temps.

Et toujours et toujours, au printemps, en automne,
A l’heure où tout s’éveille, à l’heure où tout se tait,
On entendait la voix du cadran qui chantait,
Inoubliablement plaintive et monotone.

Les sons tristes, épars, dans le silence noir
Semblaient répercutés au fond de cette cloche :
Appels de cor pleurant au loin sur une roche
Et bruits intermittents des forges dans le soir.

Et toujours et toujours dans la calme demeure
L’horloge diligente éparpillait son chant
Et les aiguilles d’or, se fuyant, se cherchant,
Semblaient s’ouvrir en croix surie tombeau de l’Heure !

Impassible cadran où tout le long du jour
Dans son arène vide allaient tourner nos rêves,
Cependant que la cloche en quelques notes brèves
Parlait de l’heure enfuie aux échos de la cour !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Laetitia Méral

 

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AUX CHUTES DE DONGYANG (Xie Lingyun)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



Illustration: Jean-Yves Beck
    
AUX CHUTES DE DONGYANG

Une belle inconnue
baigne ses pieds blancs
dans les eaux claires
de la source.
La lune, lointaine, taciturne,
traverse le ciel
sans révéler son mystère.

(Xie Lingyun)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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Vent du soir, que fais-tu de l’humble marguerite? (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Vent du soir, que fais-tu de l’humble marguerite?
Mer, que fais-tu des flots? Ciel, du nuage ardent?
O mon rêve est bien grand et je suis bien petite,
Destin, qu’en feras-tu de mon rêve géant?

Lumière, que fais-tu de l’ombre taciturne,
Et toi qui de si loin l’appelle près de toi,
O flamme, que fais-tu du papillon nocturne?
Songe mystérieux, que feras-tu de moi?

(Louise Michel)

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Il savait des choses (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 orange   l

Il savait des choses dont la nuit seule apprivoise le langage
et il les semait dans sa nation attentive silencieuse
hâve occulte qui était son raisin et sa farine
Et ces choses étaient l’orange juteuse pour l’heure
jachère pour la clameur de la gorge taciturne
et pour la soif de sa nation qui le voulait homme roi
Le laurier de longue verdeur ne frémissait pas de sa connaissance
et de sa requête debout et de son geste multitude et immobilité
Quand la mémoire l’avait rejeté ce qu’il savait demeurait
Et il le savait dans sa peau et devant sa peau
Il le savait à mesure de l’ignorance
Et cela prenait coeur dans son silence
comme une goutte ailée de miel
pour se poser sur la bouche épouse

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Dennis Wojtkiewicz

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Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne,
Ô vase de tristesse, ô grande taciturne,
Et t’aime d’autant plus, belle, que tu me fuis,
Et que tu me parais, ornement de mes nuits,
Plus ironiquement accumuler les lieues
Qui séparent mes bras des immensités bleues.

Je m’avance à l’attaque, et je grimpe aux assauts,
Comme après un cadavre un chœur de vermisseaux,
Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !
Jusqu’à cette froideur par où tu m’es plus belle !

Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne.

(Charles Baudelaire)

 Illustration: Christian Schloe 

 

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NAISSANCE DE LA MER (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

Ana Cruz cc

NAISSANCE DE LA MER

Au terme de ma course,
je me laisse tomber.
La terre vient à moi
comme une récompense.

La terre sur ma joue,
la terre sous mes paumes,
et je puis m’élargir
à lui cacher le ciel.

Un vaste écho de vagues
monte gonflé d’odeurs
et roule ses galets
à travers ma fatigue.

Un torrent taciturne
qui s’enfle sous les herbes
et prend la voix de l’homme
dont je porte le nom.

(Axel Toursky)

Illustration: Ana Cruz

 

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DIX LIGNES POUR ANTONI TAPIES (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Antoni Tapies_ 21

DIX LIGNES POUR ANTONI TAPIES

Sur les superficies urbaines,
les feuilles arrachées des jours,
sur les murs écorchés, traces
signes charbons, numéros en flammes.
Écriture indélébile de l’incendie,
ses testaments et ses prophéties
retours déjà taciturnes splendeurs.
Incarnations, désincarnations :
ta peinture est le linceul de Véronique
de ce Christ sans visage qui est le temps.

(Octavio Paz)

Illustration: Antoni Tàpies

 

 

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ТU ES VRAIMENT FOFOLLE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Toulouse Lautrec
    
ТU ES VRAIMENT FOFOLLE,
Tu cours
Comme le vent du matin,
Tu finiras par te faire écraser : gare aux voitures !
Pourtant j’ai récuré ma petite table,
Et déjà
Le faible éclat du pain est une lumière plus pure.
Reviens donc, si tu veux bien,
J’achèterai une couverture pour mon lit de fer :
Cela va bien
Avec ma pauvreté qui t’aime,
Et que le Seigneur aime aussi.
Et le Seigneur m’aime aussi.
Il ne vient jamais ici dans toute sa clarté
Car il ne veut pas abîmer
Mes yeux pris d’un tel désir de le voir.
Et ils te regarderont avec tant de douceur.
Quand tu seras revenue !
Je t’embrasserai avec précaution,
Je n’arracherai pas ton manteau,
Mais je te dirai toutes les friponneries
Que j’ai inventées depuis ton départ
Pour que tu ries à ton tour.
Tu rougiras,
Tu baisseras les yeux et nous rirons comme des fous.
Les voisins nous entendront,
Les journaliers graves et taciturnes nous entendront,
Et dans leur sommeil las et brisé, ils esquisseront un sourire.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Comment la confiance peut-elle vivre ? (Karyn Boyle)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



Comment la confiance peut-elle vivre ?

Autour de nous tout s’effondre
et s’effondrera plus encore
jusqu’à ce qu’il ne reste pas pierre
pour soutenir notre pied.
Comment peux-tu croire encore,
toi qui n’as pas d’objet de foi ?
Comment la confiance peut-elle vivre
ainsi, sans aucune racine ?

Est-elle elle-même racine ?
Est-elle elle-même la graine
et l’arbre du monde lui-même croît-il
d’elle ?
En ce cas notre destin réside
chez les cœurs taciturnes.
Pour l’amour de leur silence
le jour peut poindre de nouveau.

Pour l’amour de leur plénitude
le chaos peut fleurir
de la puissance des merveilles – qui se taisent
mais veulent être crues.
Tout peut être brisé.
Il guérira de nouveau
tant que reste vivant
notre germe le plus intime.

Venez, tout ce qui croît intégralement
dans une transparente évidence,
à nous, nous qui comptons
et sommes sur nos gardes,
apprenez-nous que ce jour
où nous cesserons de compter
sera l’accomplissement de notre vie
et notre puissance d’avenir !

(Karyn Boyle)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

 

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Le Silence dans une église (Jules Verne)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2018




    
Le Silence dans une église

Au levant de la nef, penchant son humide urne,
La nuit laisse tomber l’ombre triste du soir ;
Chasse insensiblement l’humble clarté diurne ;
Et la voûte s’endort sur le pilier tout noir ;

Le silence entre seul sous l’arceau taciturne,
L’ogive aux vitraux bruns ne se laisse plus voir ;
L’autel froid se revêt de sa robe nocturne ;
L’orgue s’éteint ; tout dort dans le sacré dortoir !

Dans le silence, un pas résonne sur la dalle ;
Tout s’éveille, et le son élargit sa spirale,
L’orgue gémit, l’autel tressaille de ce bruit ;

Le pilier le répète en sa cavité sombre ;
La voûte le redit, et s’agite dans l’ombre…
Puis tout s’éteint, tout meurt, et retombe en la nuit !

(Jules Verne)

 

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