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JE ME DESSÉCHÉ, INERTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018




    
JE ME DESSÉCHÉ, INERTE,
et commence à vieillir;
sur la terre déserte
je reste sans dormir.

Les sèves de la vie
délaissent mes artères,
ne donnant plus d’envie
qu’à ma tristesse amère.

Ma vue faiblit, mes yeux
sont cernés de fossés;
s’étend la taie sur eux
d’un vieux sage blessé.

Me font tourner sans trêve
les clowns de la mémoire
et puis rejouent en rêve
mon passé dérisoire.

Ce chagrin est de plomb.
Pour mon cerveau, quel poids !
Rajeunis-moi ! … Pardon,
bel amour de Flóra !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Les chevaux de l’amour (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



Illustration: Jeanne Saint Chéron
    
Les chevaux de l’amour me parlent de rencontres
Qu’ils font en revenant par des chemins déserts
Une femme inconnue les arrête et les baigne
D’un regard douloureux tout chargé de forêts

Méfie-toi disent-ils sa tristesse est la nôtre
Et pour avoir aimé une telle douleur
Tu ne marcheras plus tête nue sous les branches
Sans savoir que le poids de la vie est sur toi

Mais je marche et je sais que tes mains me répondent
Ô femme dans le clair prétexte des bourgeons
Et que tu n’attends pas que les fibres se soudent
Pour amoureusement y graver nos prénoms

Tu roules sous tes doigts comme des pommes vertes
De soleil en soleil les joues grises du temps
Et poses sur les yeux fatigués des villages
La bonne taie d’un long sommeil de bois dormant

Montre tes seins que je voie vivre en pleine neige
La bête des glaciers qui porte sur le front
Le double anneau du jour et la douceur de n’être
Qu’une bête aux yeux doux dont on touche le fond

Telle tu m’apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l’été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d’une seconde et d’une éternité.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Je crois en toi (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017




    
Je crois en toi
Visage parmi les pierres veinées de soie
Le plus seul avec son courage
Le plus près de la terre
Sous sa taie de soleil
Tu glisses avec les algues de douceur
Entre les rameaux blancs les mains
L’humus découvert des saisons
Tu portes sur le front le tatouage des tempêtes
Les stigmates du fleuve
Derrière toi il y a tout un passé qui s’ouvre
Une enfance incertaine
Le meilleur de toi-même que tu croyais perdu.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Quand toute lumière est éteinte (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2016



 

Quand toute lumière est éteinte
Que je ne vois que mes pensers,

Une Ève me met sur les yeux
La taie des paradis perdus.

(Giuseppe Ungaretti)

Illustration: Alexander Sigov

 

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L’eau qui stagne (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



L’eau qui stagne, recluse, au ventre obscur des mares,
L’eau qui croupit au coeur souillé d’anciens bassins,
Elle cache une vie intense dans son sein,
Elle tressaille d’être peuplée par les bêtes

Et par le rêve long et languide des herbes ;
Elle sent fermenter et s’animer la vase
Dont elle exhale en bulles lentes les relents ;

Mais elle est aveugle et ne connaît pas le ciel,
Car la mort lui a mis une taie de feuilles mortes :
Elle peut seulement voir ce qu’il y a en elle.

Mais cette eau est muette et ne peut pas chanter
Ni murmurer, ni rire comme la mer et les rivières :
Elle ne peut qu’éteindre en elle un long écho ;

Mais elle est comme morte et ne peut s’en aller
Elle ne peut courir et sauter et briller
Et non plus caresser les quais et les bateaux
Et non plus aller à l’étreinte des moulins ;
Elle ne peut que contempler la vie en elle.
Elle est peuplée de vie et ne vit pas,
Comme est peuplée de vie et ne vit plus
La chair inerte des cadavres.

Et je voudrais bien sortir de chez moi
Pour faire un poème avec mes pas,
En prenant ou non ma plume à témoin,
En prenant ou non les gens à témoin.
Et je voudrais bien…

Mais l’eau croupissante aussi, voudrait bien…

(Charles Vildrac)

Illustration: Yuko Shimizu

 

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