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Poésie

Posts Tagged ‘taillis’

LA PAROLE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2021




    
LA PAROLE

La parole est une statue immergée, un léopard
qui frémit en des taillis obscurs, une anémone
dans une chevelure. Parfois c’est une étoile qui
projette son ombre sur un torse.
La voici errante dans la clameur de la nuit,
aveugle et nue, mais vibrante de désir
comme un magnolia mouillé. Rapide est la bouche
qui effleure juste les rayons d’une autre lumière. Je
touche ses fines chevilles, ses cheveux ardents et je
vois une eau limpide dans la nacre d’une coquille.
Et c’est toujours un corps aimant et fugace
qui chante dans une mer musicale le sang des voyelles.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Aux arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    

Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Les deux voyageurs (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020



    
Les deux voyageurs

Le compère Thomas et son ami Lubin
Allaient à pied tous deux à la ville prochaine.
Thomas trouve sur son chemin
Une bourse de louis pleine ;
Il l’empoche aussitôt. Lubin, d’un air content,
Lui dit : pour nous la bonne aubaine !
Non, répond Thomas froidement,
Pour nous n’est pas bien dit, pour moi c’est différent.
Lubin ne souffle plus ; mais, en quittant la plaine,
Ils trouvent des voleurs cachés au bois voisin.
Thomas tremblant, et non sans cause,
Dit : nous sommes perdus ! Non, lui répond Lubin,
Nous n’est pas le vrai mot, mais toi, c’est autre chose.
Cela dit, il s’échappe à travers les taillis.
Immobile de peur, Thomas est bientôt pris,
Il tire la bourse et la donne.
Qui ne songe qu’à soi quand sa fortune est bonne
Dans le malheur n’a point d’amis.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Le Guet (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2020


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Sur le fin taillis des ramilles
à contre-jour du ciel d’hiver
longtemps l’oiseau en silhouette
noire surveillait l’horizon.

Te voyait-il à ta lucarne
vieil homme incertain de lui-même
entre lassitude et bonheur
d’un oeil inquiet le contemplant?

De l’oiseau corneille ou corbeau
guetteur à la cime des branches,
du rêveur perdu dans la neige
de l’âge et des pensées frileuses

lequel des deux inventait l’autre
lequel à la vie démentielle,
somptueuse, éparse en l’univers,
serait messager du futur?

(Georges-Emmanuel Clancier)

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J’aspire à m’enfouir sous les arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Illustration: Karen L’Hemeury  
    
J’aspire à m’enfouir sous les arbres. Je suis
Comme ces animaux sauvages que des hommes

Ont pris, saisis, traînés dans la ville où nous sommes,
Et qui, dans une cage enfermés tristement,
Voyant la face humaine avec étonnement,
Font tous les mouvements d’un serpent qui se sauve,
A travers les barreaux passent leur museau fauve,
Et sombres, effarés, pensifs, cherchent à voir
Quelque taillis épais, quelque buisson bien noir,
Un trou profond caché dans un fouillis champêtre,
Où tout a coup dans l’ombre ils puissent disparaître

(Victor Hugo)

 

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LES EAUX ET LES FORÊTS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2020



Nicholas Hely Hutchinson e488bb [1280x768]

 

LES EAUX ET LES FORÊTS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,
et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

III
Le dimanche peuple les bois d’enfants qui geignent,
de femmes vieillissantes; un garçon sur deux saigne
au genou, et l’on rentre avec des mouchoirs gris,
laissant de vieux papiers près de l’étang… Les cris
s’éloignent avec la lumière. Sous les charmes,
une fille retend sa jupe à chaque alarme,
l’air harassé. Toute douceur, celle de l’air
ou de l’amour, a la cruauté pour revers,
tout beau dimanche a sa rançon, comme les fêtes
ces taches sur la table où le jour nous inquiète.

IV
Toute autre inquiétude est encore futile,
je ne marcherai pas longtemps dans ces forêts,
et la parole n’est ni plus ni moins utile
que ces chatons de saule en terrain de marais :
peu importe qu’ils tombent en poussière s’ils brillent,
bien d’autres marcheront dans ces bois qui mourront,
peu importe que la beauté tombe pourrie,
puisqu’elle semble en la totale soumission.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Nicholas Hely Hutchinson

 

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LA TIGE D’OEILLET (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



Viktor Karlovich Shtemberg standing-nude [800x600]

LA TIGE D’OEILLET

Éros m’a frappé d’une tige molle
D’oeillets odorants récemment cueillis.
Il fuit à travers les sombres taillis,
A travers les prés il m’entraîne et vole.
Sans une onde vive où me ranimer,
Je le suis, je cours dés l’aube vermeille;
Mes yeux sont déjà près de se fermer,
Je meurs; mais le Dieu me dit à l’oreille:
Oh! le faible coeur qui ne peut aimer!

(Leconte de Lisle)

Illustration: Viktor Karlovich Shtemberg 

 

 

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Eté (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

Albert Pinkham Ryder  6 [1280x768]

Eté

Le clair soleil d’avril ruisselle au long des bois.
Sous les blancs cerisiers et sous les lilas roses
C’est l’heure de courir au rire des hautbois.

Vos lèvres et vos seins, ô les vierges moroses,
Vont éclore aux baisers zézayants du zéphyr
Comme aux rosiers en fleur les corolles des roses.

Déjà par les sentiers où s’étouffe un soupir,
Au profond des taillis où l’eau pure murmure,
Dans le soir où l’on sent le sommeil s’assoupir,

Les couples d’amoureux dont la jeunesse mûre
Tressaille de désir sous la sève d’été
S’arrêtent en oyant remuer la ramure

Et hument dans l’air lourd la langueur du Léthé.

(Stuart Merrill)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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A travers la forêt des spontanéités… (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019



 

Brad Kunkle -13

A travers la forêt des spontanéités…

A Madame S. de F.

A travers la forêt des spontanéités,
Écartant les taillis, courant par les clairières.
Et cherchant dans l’émoi des soifs aventurières
L’oubli des paradis pour un instant quittés,

Inquiète, cheveux flottants, yeux agités,
Vous allez et cueillez des plantes singulières,
Pour parfumer l’air fade et pour cacher les pierres
De la prison terrestre où nous sommes jetés.

Et puis, quand vous avez groupé les fleurs coupées,
Vous vous ressouvenez de l’idéal lointain,
Et leur éclat, devant ce souvenir, s’éteint.

Alors l’ennui vous prend. Vos mains inoccupées
Brisent les pâles fleurs et les jettent au vent.
Et vous recommencez ainsi, le jour suivant.

(Charles Cros)

Illustration: Brad Kunkle

 

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Un mot m’a échappé (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Illustration: René Magritte
    
Un mot m’a échappé
Il a filé comme un serpent
Dans les taillis
De ma mémoire

Perdu parmi les traces
Et les décombres
Du déjà vu

Rivières qui coulent vers le ciel
Vents d’antan
Tonnerre nommé désir

Rues sans lune
Forêts vidées d’oiseaux

Les souvenirs ne sont plus
Ce qu’ils étaient

Pas de quoi pleurer

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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