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LE BOURDON (Benoît Pastisson)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



LE BOURDON

Ce poème
Je l’écris pour le vendre.
Certes, il n’est pas terrible,
Mais j’utiliserai tous les moyens possibles :
Je taperai du poing,
Je couperai la parole,
J’adapterai mon image,
Je montrerai ma culotte,
Je travaillerai mon sourire,
Je soudoierai les journalistes,
Je collaborerai avec les ennemis,
Je coucherai avec tous les obstacles,
Je ferai des crasses à mes meilleurs amis,
Je développerai les subtilités de l’hypocrisie.
Car pour réussir, il faut développer des talents de
c
l
o
c
h
e

(Benoît Pastisson)

 

 

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Il ne faut pas travailler tout le temps (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration: René Baumer
    
Il ne faut pas travailler tout le temps.
Il faut prendre des temps,
prendre son temps.

Il faut digérer. Oui.
C’est dans la digestion des connaissances
que réside le talent.

L’essentiel est de n’avoir pas de minutes vulgaires ou insignifiantes.
Ennuyez-vous.

Car ce jour-là vous prendrez un porte-plume et un papier
et vous ferez peut-être un chef-d’oeuvre.
Tout est dans la qualité de l’ennui.

Aimer les mots. Aimer un mot.
Le répéter, s’en gargariser.
Comme un peintre aime une ligne,
une forme, une couleur.

Autour d’un mot se coagule une phrase, un vers, une strophe, une idée.
Ah ! quel beau mode d’extériorisation !
Et extérioriser, c’est tout!

Sans doute par la quantité d’idées, de sentiments qui se sont incendiés pour la produire
ou bien parce qu’elle s’attache à un pivot qui n’est pas en vous.

Je crois que les œuvres très extériorisées sont très rares.
Le style c’est d’extérioriser!

(Max Jacob)

 

Recueil: Conseils à un jeune poète
Traduction:
Editions: Gallimard

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Fleur de grenadier (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Fleur de grenadier

Après le toréador Havradi, après les processions,
après les courses de taureaux, après les arrivages de la flotte d’Espagne,
ce que les habitants de Mexico aimaient le mieux,
c’était la danseuse Grenadilla.

Seigneurs, bourgeois, matelots, soldats,
tout le monde la connaissait, tout le monde l’admirait,
tout le monde la respectait,
et pourtant ce n’était qu’une pauvre danseuse des rues,
une fille du peuple qui ne connaissait même pas sa famille,
une bohémienne, une saltimbanque.
Mais quand cette bohémienne, cette saltimbanque,
se mettait à danser le fandango, il n’y avait pas de duchesse qui eût l’air plus noble,
la taille plus souple, les gestes plus fiers et plus gracieux que la Grenadilla.
Dès qu’elle paraissait, son tambour de basque ou ses castagnettes à la main,
la foule s’amassait autour d’elle, on faisait cercle,
on se disputait une place pour la voir danser.
Le directeur du théâtre avait voulu l’engager, mais sans succès.
La Grenadilla ne voulait pas être autre chose que la danseuse du peuple,
aussi le peuple l’adorait.
Malheur à celui que eût osé toucher seulement un cheveu de la Grenadilla!

[Mais on ne peut échapper au destin:]
Après trois mois de traversée, le vaisseau qui la portait [vers l’Europe] fit naufrage.
Le corps de Grenadilla fut porté par la vague sur le rivage d’Espagne.
La Fée aux Fleurs, qui se trouvait en ce moment dans ces parages pour surveiller le Jasmin,
recueillit le corps de Grenadilla et permit qu’à l’endroit où elle l’avait trouvé
s’élevât un magnifique bosquet de grenadiers
dont les fleurs et les fruits réjouissent la vue,
comme Grenadilla la récréait autrefois par sa beauté et ses talents.

(J.J. Grandville)

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Improvisé devant les fleurs (Cen Can)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
Improvisé devant les fleurs

Les fleurs de cette année succèdent aux fleurs de l’année passée, sans paraître moins belles;
Des hommes de l’année passée, ceux qui ont atteint cette année ont vieilli d’un an.
Cela montre que les hommes vieillissent; cela montre aussi que les fleurs ne vivent guère.
Ayez pitié des fleurs tombées; seigneur, ne les balayez pas.

Vos frères aînés et vos frères cadets, qui tous se distinguent par leurs talents et par leurs grades,
Chaque jour, au retour de l’audience impériale, réunissent des amis dans ce jardin fleuri;
Le parfum de ces pauvres fleurs pénètre jusque dans les coupes de jade,
Et le vin de l’automne en est embaumé.

(Cen Can)

 

 

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Dans ma poitrine (Serge Sautreau)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017




    
Dans ma poitrine il y a trois hommes –
un qui ne voudrait pas mourir
maintenant

mais plus tard
plus loin
plus avant –

un autre un aventurier un fou
qui voudrait bien
qui voudrai tout de suite

qui le désire en liberté
si je l’écoute il n’attend que ça
depuis toujours

et il trouve que ça traîne que ça tarde il
me conjure d’accélérer d’abréger
d’asphyxier une bonne fois qu’on passe à autre chose

enfin la fin
s’exclamera-t-il en spécialiste
meurtri de n’avoir pu vérifier ses talents plus tôt

(Serge Sautreau)

 

Recueil: L’ANTAGONIE
Editions: Gallimard

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LE MEUNIER, SON FILS ET L’ANE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE MEUNIER, SON FILS ET L’ANE

L’invention des Arts étant un droit d’aînesse,
Nous devons l’Apologue à l’ancienne Grèce.
Mais ce champ ne se peut tellement moissonner
Que les derniers venus n’y trouvent à glaner.
La feinte est un pays plein de terres désertes.
Tous les jours nos Auteurs y font des découvertes.
Je t’en veux dire un trait assez bien inventé ;
Autrefois à Racan Malherbe l’a conté.
Ces deux rivaux d’Horace, héritiers de sa Lyre,
Disciples d’Apollon, nos Maîtres, pour mieux dire,
Se rencontrant un jour tout seuls et sans témoins
(Comme ils se confiaient leurs pensers et leurs soins),
Racan commence ainsi : Dites-moi, je vous prie,
Vous qui devez savoir les choses de la vie,
Qui par tous ses degrés avez déjà passé,
Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé,
A quoi me résoudrai-je ? Il est temps que j’y pense.
Vous connaissez mon bien, mon talent, ma naissance.
Dois-je dans la Province établir mon séjour,
Prendre emploi dans l’Armée, ou bien charge à la Cour ?
Tout au monde est mêlé d’amertume et de charmes.
La guerre a ses douceurs, l’Hymen a ses alarmes.
Si je suivais mon goût, je saurais où buter ;
Mais j’ai les miens, la cour, le peuple à contenter.
Malherbe là-dessus : Contenter tout le monde !
Ecoutez ce récit avant que je réponde.

J’ai lu dans quelque endroit qu’un Meunier et son fils,
L’un vieillard, l’autre enfant, non pas des plus petits,
Mais garçon de quinze ans, si j’ai bonne mémoire,
Allaient vendre leur Ane, un certain jour de foire.
Afin qu’il fût plus frais et de meilleur débit,
On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;
Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.
Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre.
Le premier qui les vit de rire s’éclata.
Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là ?
Le plus âne des trois n’est pas celui qu’on pense.
Le Meunier à ces mots connaît son ignorance ;
Il met sur pieds sa bête, et la fait détaler.
L’Ane, qui goûtait fort l’autre façon d’aller,
Se plaint en son patois. Le Meunier n’en a cure.
Il fait monter son fils, il suit, et d’aventure
Passent trois bons Marchands. Cet objet leur déplut.
Le plus vieux au garçon s’écria tant qu’il put :
Oh là ! oh ! descendez, que l’on ne vous le dise,
Jeune homme, qui menez Laquais à barbe grise.
C’était à vous de suivre, au vieillard de monter.
– Messieurs, dit le Meunier, il vous faut contenter.
L’enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte,
Quand trois filles passant, l’une dit : C’est grand’honte
Qu’il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,
Tandis que ce nigaud, comme un Evêque assis,
Fait le veau sur son Ane, et pense être bien sage.
– Il n’est, dit le Meunier, plus de Veaux à mon âge :
Passez votre chemin, la fille, et m’en croyez.
Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,
L’homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe.
Au bout de trente pas, une troisième troupe
Trouve encore à gloser. L’un dit : Ces gens sont fous,
Le Baudet n’en peut plus ; il mourra sous leurs coups.
Hé quoi ! charger ainsi cette pauvre bourrique !
N’ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?
Sans doute qu’à la Foire ils vont vendre sa peau.
– Parbleu, dit le Meunier, est bien fou du cerveau
Qui prétend contenter tout le monde et son père.
Essayons toutefois, si par quelque manière
Nous en viendrons à bout. Ils descendent tous deux.
L’Ane, se prélassant, marche seul devant eux.
Un quidam les rencontre, et dit : Est-ce la mode
Que Baudet aille à l’aise, et Meunier s’incommode ?
Qui de l’âne ou du maître est fait pour se lasser ?
Je conseille à ces gens de le faire enchâsser.
Ils usent leurs souliers, et conservent leur Ane.
Nicolas au rebours, car, quand il va voir Jeanne,
Il monte sur sa bête ; et la chanson le dit.
Beau trio de Baudets ! Le Meunier repartit :
Je suis Ane, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;
Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;
Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien ;
J’en veux faire à ma tête. Il le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince ;
Allez, venez, courez ; demeurez en Province ;
Prenez femme, Abbaye, Emploi, Gouvernement :
Les gens en parleront, n’en doutez nullement.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Fait accompli (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Illustration: Nicole Brousse

    
Fait accompli

Depuis quelque temps, j’ai un talent étrange:
je sais traverser les murs, tête la première.
Ce n’est pas sorcier.

Juste une certaine aptitude corporelle (ou spirituelle?)
qui survient parfois, selon mon attitude.

Je ne peux rien en dire de particulier.
Quand le moment est venu, je sens que je peux le faire et même que je dois le faire.
Cela me procure un sentiment de puissance et de liberté.

Je ne me casse pas la tête pour savoir pour quelle raison
et dans quel but il me faut passer à travers le mur.

Je passe tout simplement,
aller-retour.
Le Fait accompli
me suffit.

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Chant du départ (Yang Jiong)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2017



Chant du départ

Les feux de guerre ont illuminé la capitale de l’ouest,
Il n’est personne aujourd’hui
dont le fond du cœur soit tranquille ;

La tablette d’ivoire a fait ses adieux à la porte du phénix,
Des cavaliers bardés de fer entourent la ville impériale.
La neige alourdit de ses flocons les étendards glacés ;
La voix furieuse du vent se mêle au bruit des tambours.

Voici donc revenu ce temps,
où le chef de cent soldats
Est tenu en plus haute estime
qu’un lettré de science et de talent !

(Yang Jiong)

Illustration: Sadahide

 

 

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Peu importe ton talent (Nicolas Diéterlé)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



peu importe ton talent,
mais dessine
avec une âme d’enfant.

De cette façon
le dessin fera du monde
une enfance.

(Nicolas Diéterlé)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration

 

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Le décoratif (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (8)

Le décoratif, c’est le contraire du réel.

C’est le talent, de savoir prendre ses mesures et de s’y tenir.

La main de Dieu paraît rude souvent
parce qu’il traite ses amis débiles au gant de crin.

L’évidence paralyse la démonstration

Si vous ne vous livrez pas, les hommes vous en tiennent rigueur
et, si vous vous livrez, ils vous méprisent.

Je ne connais pas d’exemple d’une oeuvre qui ait inspiré
moins de confiance à son auteur que la mienne.
Aussi me gardé-je bien de la défendre.
J’accepte ici qu’elle peut n’être qu’un témoin d’lmpuissance.

Mon désir de beauté était trop au-dessus de mes forces.

Le rêve est un tunnel qui passe sous la réalité.
C’est un égout d’eau claire, mais c’est un égout.

On n’a presque rien dit des misères de l’homme quand on n’a parlé que de ses grandes,
auxquelles il ne pense ou qu’il, ne sent que rarement.
Les pires, ce sont les petites, qui sont constantes,
toujours présentes et faites à ses justes mesures.

(Pierre Reverdy)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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