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Posts Tagged ‘talisman’

SONNET TALISMAN (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2019




    
SONNET TALISMAN
Pour qu’elle te protège du mal
(ainsi va le monde)

je te donne l’amulette
et porte-la toujours

Elle est contre les temps durs
elle chasse la faim de l’âme
elle protège des sorts
l’amoureux

Peut-être est-elle tombée du ciel
cette formule précieuse
A la lueur des étoiles filantes

j’ai gravé dans l’argent
SINE AMORE NIHIL
rien sans amour

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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Notre Dame des Neiges (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Ingres  sainte-marie-mere-de-dieu

Hommage aux anges
[30]

Nous voyons sa main sur son giron,
lissant la soie vert pomme

ou la soie reinette grise ;
nous voyons sa main sur sa gorge,

touchant un talisman
rapporté de Jérusalem par un croisé ;

nous voyons sa main dénouer un voile syrien
ou poser un châle vénitien

sur une table polie qui reflète
une demi colonne miniature brisée ;

nous la voyons regarder au-delà d’un miroir
par une fenêtre ouverte,

où barque suit barque lente sur le lagon ;
il y a des fleurs blanches sur l’eau.

[31]

Mais aucune d’elles, aucune d’elles
ne l’évoque comme je l’ai vue,

bien que nous atteignions peut-être
un peu de sa bienfaisance tranquille

dans la gracieuse gentillesse
des sirènes de marbre de Venise,

qui grimpent l’escalier de l’autel
à Santa Maria dei Miracoli,

ou nous l’acclamons sous le nom
d’une autre à Vienne,

Maria von dem Schnee,
Notre Dame des Neiges.

[32]

Car je peux dire en vérité,
ses voiles étaient aussi blancs que neige,

tellement qu’il n’y a foulon au monde
qui sût ainsi blanchir ; je peux dire

qu’elle avait l’air belle, avait l’air jolie,
elle était vêtue d’une robe longue

jusqu’aux talons, mais pas
ceinte d’une ceinture d’or,

il n’y avait ni or, ni couleur,
il n’y avait pas de reflet dans l’étoffe,

ni ombre d’ourlet et de couture,
dans le drapé jusqu’au sol ; elle ne portait

aucun de ses attributs habituels ;
l’Enfant n’était pas avec elle.

***

But none of these, none of these
suggest her as I saw her,

though we approach possibly
something of her cool beneficence

in the gracious friendliness
of the marble sea-maids in Venice,

who climb the altar-stair
at Santa Maria dei Miracoli,

or we acclaim her in the name
of another in Vienna,

Maria von dem Schnee,
Our Lady of the Snow.

For I can say truthfully,
her veils were white as snow,

so as no fuller on earth
can white them; I can say

she looked beautiful, she looked lovely,
she was clothed with a garment

down to the foot, but it was not
girt about with a golden girdle,

there was no gold, no colour
there was no gleam in the stuff

nor shadow of hem and seam,
as it fell to the floor; she bore

none of her usual attributes;
the Child was not with her.

We see her hand in her lap,
smoothing the apple-green

or the apple-russet silk;
we see her hand at her throat,

fingering a talisman
brought by a crusader from Jerusalem;

we see her hand unknot a Syrian veil
or lay down a Venetian shawl

on a polished table that reflects
half a miniature broken column;

we see her stare past a mirror
through an open window,

where boat follows slow boat on the lagoon;
there are white flowers on the water.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Ingres

 

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La colonne-de-nuée (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



nuee

Les murs ne tombent pas
[36]

D’aucune façon n’est la colonne-de-nuée
qui allait devant

différente de la colonne-de-nuée
qui vient après ;

le chasme, schisme en conscience,
doit être comblé ;

nous sommes chacun, propriétaire,
chacun avec un trésor ;

il est temps de réévaluer
notre butin secret

à la lumière du passé comme de l’avenir,
car, qu’il s’agisse de

pièces, pierres, or
gobelets, plats

ou simplement
de talismans, archives ou parchemins,

explicitement, il en ressort
qu’il contient,

pour tout scribe
ayant été instruit,

des choses nouvelles
et anciennes.

***

In no wise is the pillar-of-fire
that went before

different from the pillar-of-fire
that comes after;

chasm, schism in consciousness
must be bridged over;

we are each, householder,
each with a treasure;

now is the time to re-value
our secret hoard

in the light of both past and future,
for whether

coins, gems, gold
beakers, platters,

or merely
talismans, records or parchments

explicitly, we are told,
it contains

for every scribe
which is instructed,

things new
and old.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Protège-moi (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




Protège-moi, mon talisman,
Protège-moi quand on m’opprime
Et quand le repentir m’anime,
Cadeau d’un jour triste d’antan.

Quand des vagues de l’Océan
Monte autour de moi le tapage,
Quand le ciel tonne dans l’orage,
Protège-moi, mon talisman.

Quand je m’angoisse en combattant,
Quand je m’ennuie à ne rien faire.
Quand je suis seul, loin de ma terre,
Protège-moi, mon talisman.

De l’âme clair enchantement,
Suave et sainte duperie…
Dissimulé, il se renie…
Protège-moi, mon talisman.

D’un coeur blessé dans son élan
N’avive jamais la souffrance.
Dors, mon désir; plus d’espérance;
Protège-moi, mon talisman.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Céline Pilon

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Voyez écoutez (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

L’INÉPUISABLE

Voyez
écoutez
c’est un tournoiement sans fin
dans cette mort
rien de triste
disait Van Gogh à son frère Théo
avant d’entrer dans la nuit
avec ses doigts de vision
dans cette mort
juste
la traversée du souffle

Voyez
écoutez
c’est un murmure multiple
des secrets endormis
surgissent
comme une danse de lucioles
on entend
la vraie chair de la parole
on entend soudain
la brèche qui nous saisit

Voyez
écoutez
c’est la voix de la voix
cette peau sonore
dont parle René Daumal en funambule
cette peau
ouverte au fond du coeur
au bord de la vie
cette peau
que nous pouvons enfin revêtir
pour de bon

Voyez
écoutez
ce que dit le trapéziste
aux yeux fermés
il faut calciner ses limites
accueillir le crépuscule
et s’y volatiliser
danser jusqu’au bout
pour emplir l’univers
d’un dernier souffle

Voyez
écoutez
plus loin
que le poids de notre naufrage
saluez
celui qui n’a cessé
de tendre son fil d’Ariane
en pointillés d’infini
de semer à la volée
les éclats
d’une confiance illimitée

Voyez
écoutez
Icare aux bras cassés
n’en finit pas
de voler
il écrit dans le ciel
à haute voix
que nous sommes les vrais dieux
les seules étoiles
sous la voûte du cirque

Voyez
écoutez
le danseur du vide
son sourire est un talisman
il dit
la lumière est ma soeur jumelle
j’ai l’impression
d’être au bout du ciel
j’entends la fugue des siècles
tout disparaît
tout apparaît

(Zéno Bianu)

Illustration: Henri Matisse

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D’UN PIANO LOINTAIN (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




    
D’UN PIANO LOINTAIN

Au piano, trois notes ont chanté.
Comme le goût… ou l’effluve d’un thé.
Subtile ivresse effleurant mon visage.
Plus d’une vie en moi s’ouvre un passage.

Voix de Márta, doux souvenir d’antan.
Voix de velours, qui pourtant n’est point d’elle.
Je n’ai pas pris, pauvre, son talisman.
Je ne suis plus, hélas, avec ma belle.

Son souvenir ne veut plus me laisser.
Je vois frémir sa lèvrе et son baiser.
Du piano, mon oeil, errant, s’absente.

Mais sans briser la peine qui me hante.
Comme le goût… ou l’effluve d’un thé,
Au piano, trois notes ont chanté.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Le menacé (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



Le menacé

C’est l’amour. Je devrais me cacher ou fuir.

Les murs de ma prison grandissent, comme en un rêve atroce.
Le beau masque a changé, mais comme toujours c’est le seul.
De quoi peuvent me servir mes talismans :
l’exercice des lettres, la vague érudition,
l’apprentissage des mots dont l’âpre Nord se servit pour chanter ses mers et ses épées,
la sereine amitié, les galeries de la Bibliothèque, les choses courantes, les coutumes,
le jeune amour de ma mère, l’ombre militaire de mes morts, la nuit intemporelle, la saveur du sommeil ?

Etre avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps.

Déjà la cruche se brise sur la fontaine, déjà l’homme se lève à la voix de l’oiseau,
déjà s’assombrissent ceux qui regardent aux fenêtres mais l’ombre n’a pas apporté la paix.

C’est, je le sais bien, l’amour : le désir anxieux d’entendre sa voix,
l’attente et la mémoire, l’horreur de vivre dans la succession.

C’est l’amour avec ses mythologies, avec ses petites magies inutiles.

Il y a un coin de rue où je n’ose passer.

Déjà les armées m’encerclent, les hordes.

(Cette chambre est irréelle, elle ne l’a pas vue.)

Le nom d’une femme me dénonce.

J’ai mal à une femme dans tout mon corps.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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AMÉTHYSTE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018



AMÉTHYSTE

Verbe violet des grottes où veille le dragon,
force des talismans au torse des orages.
Ton nom signifierait dans la langue des gemmes :
paix des hommes sous l’épée de Dieu.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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Parfois (Echrefoghlou Roumi)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
Parfois je tombe dans les mers, vague furieuse je déborde
Je tombe aux mains des ignorants qui m’achètent à bas prix

Parfois je monte vers les cieux et je vire avec le destin
Parfois je m’enfle avec la lune, parfois je tourne avec le soleil

Parfois je monte à l’Arafat, je dis «Me voici», je me découvre
Parfois je remplace la victime et, bélier, je me laisse immoler

Parfois je suis soufi au couvent, parfois pécheur à la taverne
Parfois dans la ronde je tourne, parfois je suis le saz dont on joue

Parfois prudent, parfois impétueux je me mêle à la foule
Parfois seigneur, parfois faucon royal je chasse et me fais chasser

Parfois océan, parfois lac, parfois Sultan, parfois esclave,
Parfois printemps, parfois rose de main en main je m’effeuille

Il n’y a ni relais ni arrêt, ni corps ni être humain
A part Dieu en somme il n’y a rien, alors où donc est-ce que je tourne ?

Ceux qui ont le mal d’amour, qu’ils viennent, je les panserai
Ils boiront le breuvage d’amour, ils auront nouvelle de l’ami

Ils ouvriront leur oeil caché et verront leur moi véritable
Je tournerai leur face vers l’ami, je leur rendrai le monde importun

J’éteindrai le feu de leur être, je romprai le talisman de leurs digues
J’enlèverai les barrières de leur moi, pour cet ami je les harnacherai

Ces coeurs devenus de pierre je les casserai avec la masse d’amour
Je ferai couler l’eau de la vie qui sera source dans leur coeur

J’ai vu l’ami et suis venu, mon tour accompli je suis venu
L’ami aux amis a dit de venir, je suis venu apporter la nouvelle.

(Echrefoghlou Roumi)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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PENARTH BEACH (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2016



plage-2

PENARTH BEACH

ces enfants là-bas qui jouent
sous les yeux de leur mère
et cherchent dans les galets celui
qui portera signe : le talisman rompu
dont la blessure respire
et gardera l’ouvert pendant l’écart d’une vie

ils sont à la fracture du jour
où la lumière veille la mer a ses marques
qui ont douceur de seuil et l’entrée est là
où l’amour se tient
dans la brillance de l’air
en cet aujourd’hui

(Heather Dohollau)

Illustration

 

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