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Posts Tagged ‘tapage’

Avion ce n’est pas toi (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2022



 

aviateur

Avion ce n’est pas toi c’est moi l’oiseau
Tes ailes ne battent pas ni dans ta cage
De métal un coeur vivant et chaud
C’est mon coeur décuplé qui fait tout ce tapage

Tu montes et c’est moi qui t’entraîne plus haut
Que ce pauvre plafond de nuages-fumées
Vers un but dont tu n’as pas la plus pâle idée
Où survoler de s’élever n’est que l’écho

Laisse ton moteur refroidir pour la descente
Mon coeur jamais si fort pour monter n’a battu
Je volerai de jour de nuit sans que je sente
Fléchir mes ailes ni ce grand coeur qui s’est tu

Dans l’espace où je suis le battement des ailes
N’a plus de sens ni le frémissement du coeur
Le ciel est vide plus un souffle une rumeur
Un monde enfant va naître et l’avenir s’épèle.

(Franz Hellens)

Illustration

 

 

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Le Petit Chat (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le Petit Chat

C’est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s’assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge ;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu’on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s’amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m’accroupis pour suivre sa mimique
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,
La frôle, puis, à coups de langue très petits,
Il le happe ; et dès lors il est à son affaire
Et l’on entend, pendant qu’il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu’il a passé sa langue rêche et rose
Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,
Avec l’air étonné d’avoir déjà fini.
Et comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques taches,
Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;
Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.

Mais le voilà qui sort de cette nonchalance,
Et, faisant le gros dos, il a l’air d’un manchon ;
Alors, pour l’intriguer un peu, je lui balance,
Au bout d’une ficelle invisible, un bouchon.

Il fuit en galopant et la mine effrayée,
Puis revient au bouchon, le regarde, et d’abord
Tient suspendue en l’air sa patte repliée,
Puis l’abat, et saisit le bouchon, et le mord.

Je tire la ficelle, alors, sans qu’il le voie,
Et le bouchon s’éloigne, et le chat noir le suit,
Faisant des ronds avec sa patte qu’il envoie,
Puis saute de côté, puis revient, puis refuit.

Mais dès que je lui dis : « Il faut que je travaille,
Venez vous asseoir là, sans faire le méchant ! »
Il s’assied… Et j’entends, pendant que j’écrivaille,
Le petit bruit mouillé qu’il fait en se léchant.

(Edmond Rostand)

Recueil: Les Musardises
Traduction:
Editions:

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La polka du roi (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



 

Abraham Bosse_001 [1280x768]

La polka du roi

Voulez-vous danser, marquise?
Voulez-vous danser le menuet?
Vous serez vite conquise
Donnez-moi la main, s´il vous plaît

{Refrain:}
Ah ah ah ah, ah ah ah ah
Entrons en danse, quelle cadence
Ah ah ah ah, ah ah ah ah
Le menuet c´est la polka du roi

Pendant que le marquis sommeille
Je veux poser un baiser sur vos doigts fluets
Et sur votre bouche vermeille
Moi, pour l´amour, je suis toujours prêt

{au Refrain}

Montons sans faire de tapage
Tout en dansant le menuet là-haut
Montons jusqu´au troisième étage
Du bonheur nous aurons bientôt

{au Refrain}

J´enlève votre jolie robe
Et, doucement, j´ouvre votre corset
Votre perruque est mal commode
Il faut vous en débarrasser

{au Refrain}

Oh doux émoi, minute brève
C´est dans la joie, la soie et le satin
Que j´accomplis mon plus beau rêve
Chérie, je vous possède enfin!

{au Refrain}

Mais soudain! Qu´y a-t-il marquise?
Je ne vous sens plus très bien dans mes bras
Vous fondez comme une banquise
Expliquez-vous, je ne comprends pas!

{au Refrain}

Hélas, Monsieur, je suis en cire
Et vous, vous êtes au Musée Grévin
Louis XIV? ah triste sire!
Nous ne sommes plus des humains

Ah ah ah ah, ah ah ah ah
Finie la danse, plus de cadence
Ah ah ah ah, ah ah ah ah
Ainsi s´achève la polka du roi!

(Charles Trenet)

Illustration: Abraham Bosse

 

 

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Protège-moi (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




Protège-moi, mon talisman,
Protège-moi quand on m’opprime
Et quand le repentir m’anime,
Cadeau d’un jour triste d’antan.

Quand des vagues de l’Océan
Monte autour de moi le tapage,
Quand le ciel tonne dans l’orage,
Protège-moi, mon talisman.

Quand je m’angoisse en combattant,
Quand je m’ennuie à ne rien faire.
Quand je suis seul, loin de ma terre,
Protège-moi, mon talisman.

De l’âme clair enchantement,
Suave et sainte duperie…
Dissimulé, il se renie…
Protège-moi, mon talisman.

D’un coeur blessé dans son élan
N’avive jamais la souffrance.
Dors, mon désir; plus d’espérance;
Protège-moi, mon talisman.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Céline Pilon

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Les feuilles de l’arbre (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Les feuilles de l’arbre

Sur l’arbre le feuillage
S’agite doucement.
Tout jaune se courbant,
Flétri est son pelage.

Un oiseau sans tapage,
Sur l’arbre va et vient.
Le feuillage devient
L’espace de sa cage.

Mon âme la voici,
Et qui de branche en branche,
Déambule et s’épanche,
Muette comme lui.

M’envoler je ne puis.
Le rameau se balance.
Le silence s’avance,
Fragile et indécis.

(Attila Jozsef)


Illustration

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POÈME POUR NABIHA (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

Akzhan Abdalieva  7

POÈME POUR NABIHA

Je rentrerai de voyages
Et te trouverai endormie.
Le raffût des meubles se sera tu,
Les bêtes en douceur se seront éclipsées
Et tous les tambours de la maison
Seront devenus peaux vivantes mais discrètes.

J’arrive toujours dans la suspension juste des pulsations,
Quand la chaux, l’argile et leur blancheur ont tout réoccupé.

J’arrive
Et je vois peu à peu l’émersion :
Toi d’abord qui orchestres couleurs et mouvements,
Redonnes leur tapage aux bestioles,
Diriges des vols périlleux.
Puis les objets,
Fiers de leur prouesses,
Déclenchent l’élan des manèges.

Tu chercheras les chiens acrobates du rêve
Entre les draps étonnés,
Tu secoueras un à un les poudroiements de la lumière
Et la vie se réinstallera.

Tu te réveilles
Et la maison devient un carnaval

(Tahar Djaout)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Akzhan Abdalieva

 

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En vous attendant (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    

En vous attendant
j’ai confectionné un bijou d’écume
que je porte à mon front comme un diadème arc-en-ciel
reine dans ma solitude
et pourtant je n’avais pas prévu de
vivre en solo près du rien

Étrange timbre du frigo
note ténue dans le silence
où vos voix joyeuses ne font pas tapage
mais le chant des oiseaux et le prélude
du muezzin à la nuit rendent cette idée moins absurde
vivre en solo près du rien

Je joue mon rôle dans votre univers
et vous dans le mien
Ne m’oubliez pas
A chacun sa complétude
même si vous n’aviez pas prévu de
vivre en solo près du rien

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans la maison de l’âme (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux

    
Dans la maison de l’âme

Plus au fond, tout au fond, dans la Maison de l’Âme,
Où vont et viennent et s’assoient autour d’un feu,
Les Passions avec leurs visages de femme.
(Rodenbach)

Dans la Maison de l’Âme, les Passions —
jolies femmes vêtues de soie,
la tête ornée de saphirs, sont chez elles.
Toutes les salles, de l’entrée jusques au fond,
sont maintenues sous leur pouvoir. Dans la plus belle,
pendant leurs nuits d’exaltation,
on danse, on boit, et leurs cheveux dénoués ondoient.

Dehors, pauvresses pâles et chétives,
les Vertus, en vieux vêtements,
prêtent l’oreille, non sans amertume,
au tapage endiablé des courtisanes ivres.
Le visage collé aux vitres qui s’allument,
Elles voient, muettes, pensives,
Les fleurs du bal et ses lueurs et ses diamants.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Je t’attendais (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



    

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu’au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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J’ai tort (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



J’ai tort

La toundra glisse sur ma main.
J’entends geindre le rien.
La mer craint son malheur
Crie.
La rive perd ses chercheurs,
La mort est chamarrée.
J’accapare le marasme, la foire, le Sahara.
Ma grammaire est un tapage
Mes bagages sont de légers fous rires.
J’ai voulu me tuer,
J’ai visé trop bas
(si j’étais un rat, je serais déjà mort).
J’ai tort.

(Alain Jouffroy)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Adrian Borda

 

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