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Poésie

Posts Tagged ‘tapi’

FAUNE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



FAUNE

Plus sournois qu’un regard, mon silence t’outrage.
L’odeur te fait mourir de mon désir tapi.
Ton corps est violé dans mon coeur, sans répit.
Prométhée envieux du feu de ton visage,
Je le vole à toute heure et rien ne me trahit.

(François Mauriac)

Illustration: Edmond Grandjean

 

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Dans quel repli de lumière (Yves Simon)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2018



Illustration: Fra Angelico
    
Dans quel repli de lumière
se niche
la foi,
l’élan intense
insensé
irréductible aux mots,
l’infinie pensée
pour l’en dehors
de la Raison?

Pourtant
un avant
et un après
irréconciliables,
marquent le temps
de certains.
Un jour
à Milan,
Augustin
rencontra
la fracture
par où engouffrer
un amour infini
destiné
à l’être infini.
Comme si
depuis toujours,
tapie dans une pénombre
d’humilité,
se préparait
la sublime jonction.

(Yves Simon)

 

Recueil: Le souffle du monde
Traduction:
Editions: Grasset

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Cette rue, je la connais (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Cette rue, je la connais,
je la connais, cette maisonnette.
Le chaume bleu de ses chenaux
a glissé par-dessus la fenêtre.

Il y eut les années de détresse,
le déchaînement de forces insensées.
Je me suis souvenu de ma jeunesse,
souvenu de ma campagne bleue.

Je n’ai cherché ni la tranquillité
ni la gloire, dont je connais la vanité.
Aujourd’hui si je ferme les yeux
je ne vois que la maison paternelle.

Je vois le jardin sous la bruine bleue,
août en silence tapi contre la haie.
Et les saules dont les pattes vertes
abritent le ramage des oiseaux.

Si je l’ai aimée, notre maison de bois
aux poutres craquelées, inquiétantes !
Les nuits de pluie, notre vieux poêle
poussait d’étranges plaintes sauvages.

Râles déchirants, voix puissante
comme d’un vivant à l’agonie.
Que voyait-il, notre chameau de briques,
à travers le gémissement de la pluie ?

Quelque pays lointain sans doute,
rêves d’antan, époques florissantes,
les sables d’or d’Afghanistan,
les soirs cristallins de Boukhara.

Ces pays, je les connais aussi.
Que de chemin n’y ai-je parcouru.
Mais aujourd’hui je n’ai qu’un souhait :
Revoir les lieux de mon enfance

Pourtant ce tendre espoir n’est plus,
n’est plus que cendres dans la brume bleue.
Paix à toi, chaume de mes champs
paix à toi, ma maison de bois !

***

(Sergueï Essénine)

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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LA BEAUTÉ (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



lllustration: Andrzej Malinowski

    

LA BEAUTÉ

Suis-je belle, ô mortels,
Comme un rêve de pierre ? Non, ce n’est pas
Ce triste assentiment que j’attends de vous.
L’enfant pleure sur le chemin et je l’oublie,

Ne suis-je la beauté
Que parce que je flatte votre rêve?
Non, j’ai au fond de moi des yeux grand ouverts,
Je suis tapie, effrayée, je suis prête

À me jeter en avant, à griffer,
Ou à faire la morte si je sens
Que ma cause est perdue dans vos regards.

Demandez-moi d’être plus que le monde.
Souffrez que je ne sois que ce corps inerte,
Pansez-moi de vos voeux, de vos souvenirs.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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L’étang (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



Illustration: Catherine Mignot Masi
    
L’étang

Auprès de l’étang solitaire
Dont l’eau se plombe et se corrompt,
J’aime effeuiller la douce-amère
Que font cuire dans leur chaudron
Les sorciers, et parmi les sphaignes,
Sous les rachitiques bouleaux,
Rêver dans l’ombre qui s’imprègne
Lividement à leurs rameaux.

J’aime la nuit insomnieuse
Où tant de mystère est tapi;
Au pied des saules accroupis
Cueillir, s’enténébrant, l’yeuse;
Ecouter la vase qui grouille
Amoureusement et, sinistre
Instrument que la brume rouille,
Le vent résonner comme un sistre.

J’aime la voltigeuse flamme,
Hantant les marais violets,
Mangés d’ulcères et se squames,
D’un maléfique feu-follet;
Et noire en des vols de macreuses,
Debout aux rives vénéneuses,
Contempler, promenant sa faux,
La Mort qui fauche les roseaux.

(Marie Dauguet)

 

 

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Ecrire (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Ecrire :

faire s’étoiler le désir de dire,
tracer des routes inverses,
s’ouvrir au multiple,
pour chasser ce qui, de nature, se dérobe,
et, le temps d’une éclaircie,
saisir un peu de la mesure juste,
la maîtriser pour une joie pleine mais crispée;
puis la voir s’émietter en embruns
dont le livre recueille les mouillures.

Le temps tourne la page.

Lecteur, tu habites ces blancs comme tu les entends.
Pour moi, ils sont ma faim, mon devenir, ma liberté libre.

Où, le poème que je veux faire ?
Plus avant ?
Tapi peut-être dans la fourmilière de mes brouillons ?

Où le poème qui me fera ?
C’est toujours de plus loin que je parle.
Dans le défaut.

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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En rêve tu es mienne (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



    
En rêve tu es mienne

Notre bonheur s’est tapi, muet,
Nous écoutions cachés dans un silence secret.
Même les flammes du poêle dansaient avec bonheur,
L’ardeur de l’amour desséchait nos lèvres.
Même l’austère pendule ne bourdonnait pas.
Les murs blancs et fiers en furent abasourdis …

En rêve, tu es toujours à moi toute entière.
Parfois, même réveillé, je crois encore à nos baisers.

(Attila Jozsef)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Le mendiant de la beauté
Traduction: Francis Combes, Cécile Guichard, Georges Kassai
Editions: Le temps des cerises

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Le lecteur (Wallace Stevens)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Le lecteur

Toute la nuit j’ai lu un livre,
Ai lu comme dans un livre
Aux pages sombres.

C’était l’automne et des étoiles filantes
Occultaient les formes flétries
Tapies au clair de lune.

Aucune lampe ne brûlait pendant ma lecture,
Une voix marmonnait : » Toute chose
Retourne au froid.

Même le muscat musqué,
Les melons, les poires vermillon
Du jardin dépouillé. »

Les pages sombres étaient sans texte
Sinon la trace d’étoiles brûlant
Dans le ciel givré.

***
The reader

All night I sat reading a book,
Sat reading as if in a book
Of sombre pages.

It was autumn and falling stars
Covered the shrivelled forms
Crouched in the moonlight.

No lamp was burning as I read,
A voice was mumbling, » Everything
Falls back to coldness,

Even the musky muscadines,
The melons, the vermilion pears
Of the leafless garden. »

The sombre pages bore no print
Except the trace of burning stars
In the frosty heaven.

(Wallace Stevens)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration

 

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Iles (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



Iles
Iles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétations
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles inoubliables et sans nom

Je lance mes chaussures par-dessus bord
car je voudrai bien aller jusqu’à vous

(Blaise Cendrars)

Illustration

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Peur (Lionello Fiumi)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2015



 

Charles de Clarac foret-vierge

Peur, je te sens dans la nuit verte
de la forêt vierge, profonde
et tapie dans l’être,
trouvant ta pâture dans le mystère
et faisant pulluler l’obscurité de monstres.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Charles de Clarac

 

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