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Poésie

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Quoi de neuf aujourd’hui? (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



L’arbre est devant la fenêtre du salon.
Je l’interroge chaque matin:
« Quoi de neuf aujourd’hui? »
La réponse vient sans tarder,
donnée par des centaines de feuilles:
« Tout. »

(Christian Bobin)


Illustration: Carmen Meyer

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Le chant du rossignol (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019



Illustration
    
Le chant du rossignol est comme le parfum du seringa

Un rossignol chantant — vent du Nankin
Chante — le mystère
de la dynastie Ming
chant
ant
en Ming
Syringa
Myringa
Chanteur
Aile du chant
chante le vent
seringa
bagueur
Chant d’aile
chante longtemps
seringa
tardant

(Mina Loy)

 

Recueil: Il n’est ni vie ni mort, poésie complète
Traduction: Olivier Apert
Editions: Nous

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SYLLABES À ERATO (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Edward John Poynter
    
SYLLABES À ERATO

Pour toi se penche le coeur dans la solitude,
exil de sens obscurs
où aime et se transmue
ce qui paraissait nôtre hier
et qui est à présent enfoui dans la nuit.

Des demi-cercles d’air te font un visage
resplendissant et tu m’apparais
au moment où accourt la première angoisse
et je deviens blanc tandis que tarde
la lumière d’un sourire sur ta bouche.

T’avoir c’est te perdre,
mais tant pis : tu es encore belle,
surprise dans la pose gracieuse du sommeil:
sérénité de la mort joie extrême.

***

SILLABE A ERATO

A te piega il cuore in solitudine,
esilio d’oscuri sensi
in cui trasmuta ed ama
cio che parve nostro ieri,
e ora è sepolto nella notte.

Semicerchi d’aria ti splendono
sul volto; ecco m’appari
nel tempo che prima ansia accora
e mi fai bianco, tarda la bocca
a luce di sorriso.

Per averti ti perdo,
e non mi dolgo: sei bella ancora,
ferma in posa dolce di sonno:
serenità di morte estrema gioia.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Maligne Abeille (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


abeille pollinise dactilo

Si tu devais venir à l’Automne,
Je chasserais l’Eté,
Sans souci et sans merci, comme
De la cuisine, une Mouche.

Si dans un an je pouvais te revoir,
Je roulerais les mois en boules –
Et les mettrais chacun dans son Tiroir,
De peur que leurs nombres se mêlent –

Si tu tardais quelque peu, des Siècles,
Je les compterais sur ma Main,
Les soustrayant, jusqu’à la chute de mes Doigts
En Terre de Van Diemen.

Si j’étais sûre que, cette vie passée –
La tienne et la mienne soient –
Je la jetterais, comme une Peau de fruit,
Pour mordre dans l’Eternité –

Mais, incertaine que je suis de la durée
De ce présent, qui les sépare,
Il me harcèle, Maligne Abeille –
Dont se dérobe – le dard.

(Emily Dickinson)

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LA LETTRE BRÛLÉE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
LA LETTRE BRÛLÉE

Adieu, lettre d’amour, adieu! Elle l’ordonne…
Mais combien j’ai tardé, que ma main fut rétive
à sacrifier au feu la trace de mes joies !…
Puisque l’heure a sonné : brûle, lettre amoureuse,
je suis prêt et mon coeur ne veut plus rien entendre.
Tes feuilles sont touchées par la flamme vorace…
Un moment ! Un éclair ! Elles flambent… Légère
une fumée s’enroule, emportant mes prières.
Maintenant s’évanouit l’empreinte du cachet
et la cire en fondant grésille. Ô Providence !
C’en est fait. Les feuillets noircis se crispent,
sur l’impalpable cendre encore transparaissent
les lignes tant aimées. J’ai le coeur lourd. Ô cendre,
humble consolation pour mon destin en deuil,
demeure à tout jamais sur mon coeur affligé.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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UN MONDE EN CRISTAL (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018



 

UN MONDE EN CRISTAL

Transparence, cristal devient
la feuille sur son arbre,
faïence brune et pourpre aussi,
ivoire par endroits.
Les arbres tiennent, minuscules,
leurs tasses japonaises.
Ils n’osent plus bouger, de peur
qu’une seule ne tombe.

Plein de lumière est le verger ;
tout y tremble : on eût dit
un magasin de bibelots
en cristal, et de lampes.
« Prends garde », proclame la voix
de mon coeur, « à ne pas
briser d’un geste maladroit
quelque objet qui scintille. »

Cependant, quelle volupté,
quelle joie de gamin :
secouer les arbres d’automne,
rester sous cette douche
au flot doré ; puis quelle mort
magnifique, là-bas,
la mort au sein de cette nappe,
lumières et couleurs.
Je marche silencieux, furtif,
parmi les griottiers
et leur service à thé, si rouge,
faïence du Japon.
Toute beauté qui se détache,
me fait souffrir. Je crains
à chaque fois pour les valeurs
fragiles de la terre.

Transparence, cristal se trouvent
ailleurs que chez les arbres ;
transparence est le monde entier :
coeurs aériens, visages
qui êtes toute transparence,
jusqu’à quand, dites-moi,
le vent d’automne voudra-t-il
encor vous épargner ?

Le vent tarde à souffler ; toujours
dans le soleil se tiennent
le jardin et la création.
La peine en est plus forte,
de voir, du haut des arbres calmes,
tomber en se berçant,
ça et là — quel mortel silence ! —
une feuille en cristal.

(Gyula Illyès)

Illustration

 

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LE CHAUFFEUR À LA CHEMISE BLANCHE (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018




    
LE CHAUFFEUR À LA CHEMISE BLANCHE

le chauffeur à la chemise blanche
à quoi voulez-vous qu’il ressemble
dévalant
traversant la nuit
à quoi voulez-vous qu’il ressemble
sinon à une hirondelle qui a tardé
et s’empresse de regagner son nid
le chauffeur à la chemise blanche
soudain qu’est-ce qui lui prend
qu’est-ce qui lui prend de serrer
d’une telle rage le volant
comme pour se projeter au ciel
comme pour se pétrifier au siège
le chauffeur roule vite
il ouvre les fenêtres
et s’approche à toute allure
du virage dangereux
des bras qui l’attendent
il se moque
il ouvre les fenêtres
et jure
il jure doucement
comme en prière

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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De tout ce que tu as vu (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018




    
De tout ce que tu as vu
entendu
énoncé
mangé
bu
éprouvé
rêvé
qu’est-ce qui prime
la réalité vécue
de l’instant révolu
ou la version créatrice
qu’en dessine sans tarder
la mémoire ?

(Abdellatif Laâbi)

 

Recueil: Tribulations d’un rêveur attitré
Traduction:
Editions: La Différence

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Poème envoyé à Zuo après son retour à la montagne (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018



    

Poème envoyé à Zuo après son retour à la montagne

Sous la rosée blanche, les millets sont mûrs
L’ancienne promesse fut de les partager
D’ores et déjà fauchés et moulus fin
Pourquoi tarde-t-on à me les envoyer

Si leur goût ne vaut pas les chrysanthèmes d’or
Leur parfum s’accorde avec le bouillon de mauves
Nourriture qu’aimait jadis le vieil homme
Tiens, à y penser, l’eau me monte à la bouche !

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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AULNE (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018




    
AULNE

Le loriot n’a plus chanté.
La rose et l’été s’effeuillent
dans l’odeur d’après-midi.
Le vent tarde à se lever.

Un corbeau tourne dans l’air
avec des clartés sur l’aile.
La rivière fait luire
ses galets sous l’aulne.

Le vent se lève et s’en va.
L’arbre quitté se détourne.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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