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Poésie

Posts Tagged ‘tas’

MALENTENDU (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019



Illustration: René Baumer
    
MALENTENDU

Ceci sera un poème triste. Je ne sais pas très bien
pourquoi je crache ce secret, mais depuis environ
trois mois je crois de plus en plus que la poésie
n’est pas une forme de charité. Plutôt une maladie
que l’on partage avec une poignée d’idiots sans espoir,

une plainte raffinée qui surtout ennuie les autres,
et la nuit – ce n’est pas un art de guérir.
La chambre reste une chambre, le lit un lit.
Ma vie est gâtée par la poésie et même
si je savais mieux avant, je ne me fais aucune illusion

quand, avec ce petit tas d’imprimés, je tracasse
soixante-quatre lecteurs ou, pire, abats deux arbres.

***

MISVERSTAND

Dit wordt een droef gedicht. Ik weet niet goed
waarom ik dit geheim ophoest, maar sinds een maand
of drie geloof ik meer en meer dat poëzie
geen vorm van naastenliefde is. Eerder een ziekte
die je met een handvol hopeloze idioten deelt,

een uitgekookte klacht die anderen vooral verveelt
en ‘s nachts — een heelkunst is het niet.
De kamer blijft een kamer, het bed een bed.
Mijn leven is door poésie verpest en ook
al wist ik vroeger beter, ik verbeeld me niets

wanneer ik met dit hoopje drukwerk vierenzesti g
lezers kwel of, erger nog, twee bomen vel.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Un homme ratisse des feuilles (Jim Morrisson)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019




    
Un homme ratisse des feuilles
en tas dans sa cour, un monceau,
appuyé sur son râteau, il les brûle
absolument toutes.
Le parfum emplit la forêt
des enfants s’arrêtent et respirent
l’odeur qui, dans quelques années,
deviendra nostalgie

(Jim Morrisson)

 

Recueil: Prière américaine
Traduction:
Editions:

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SONS EN S (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019


 

 

SONS EN S

La Saveur
la Sévérité
le Souffle

Le Séjour
le Secret
la Suie

Je rejette le Soleil le
Supplice le Serpent le
Sarcophage Socrate Samson
Sisyphe et caetera en
tas dans un coin de
la page.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le tien le mien (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019




    
Le tien le mien ne sont plus rien
qu’un tas confus dans les ténèbres,
l’hier se mêle au lendemain,
la vie est le rêve d’un rêve

(Henri Thomas)

 

Recueil: Le monde absent
Traduction:
Editions: Gallimard

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Deux tas gris (Jean-Paul Vaillant)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2019



Deux tas gris hurlent sur le tertre vert.
Nos chevaux hennissent. Nous passons impassibles.
Les deux tas ne nous ont pas vus.

(Jean-Paul Vaillant)

Illustration: Otto Dix

 

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Toujours, encore, demain (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Illustration: Alex Nabaum
    
Toujours, encore, demain, ces mots de peu,
de rien, jetés en passant, nous débordent.
Ils amassent dans les marges de nos vies
un sable lisse et sans

vertige, auquel nul ne prête attention
jusqu’à ce que le coeur soudain batte
de l’aile et commence à compter ses pas,
parce que tout est dit,

tout, il n’y a plus qu’à tirer la porte.
Mais elle résiste soudain et grince comme
la mémoire devant une montagne d’oublis :
ce tas de sable, ce

silence qui prend toute la place et qui crie.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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VISION BÉATIFIQUE (Negro Spirituals)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Hans Memling
    
VISION BEATIFIQUE

Ya pas longtemps,
Ya pas longtemps,
Ya pas longtemps,
J’entendis les anges qui chantaient.

Dedans ma chambre,
Dedans ma chambre,
Dedans ma chambre,
J’entendis les anges qui chantaient.

M’ suis mis à g’noux,
M’ suis mis à g’noux,
M’ suis mis à g’noux,
En entendant les anges chanter.

Ici, pas d’ mort,
Ici, pas d’ mort,
Ici, pas d’ mort,
C’était ça qu’ les anges me chantaient.

Ici, pas d’ larmes,
Ici, pas d’ larmes,
Ici, pas d’ larmes,
C’était ça qu’ les anges me chantaient.

Ma chambre brillait,
Ma chambre brillait,
Ma chambre brillait,
pendant tout l’ temps qu’ les anges chantaient.

A droite, à gauche,
A droite, à gauche,
A droite, à gauche,
Yavait des tas d’anges qui chantaient.

En haut, en bas,
En haut, en bas,
En haut, en bas,
Yavait des tas d’anges qui chantaient.

(Negro Spirituals)

 

Recueil: Fleuve profond, sombre rivière
Traduction: Marguerite Yourcenar
Editions: Gallimard

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La pomme rouge (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018




La pomme rouge

Assis contre un gros tas de bois,
Je savoure une pomme rouge;
Tout autour de moi, je ne vois
Que de menues fourmis qui bougent.

Le bonheur, serait-ce cela?
Calmement, j’écoute mon coeur
Battre, encor plus léger que moi,
Au milieu des menthes en fleur.

Je regarde le ciel ranger,
A coups de brise, ses nuées.
Le soleil cire ses souliers.

Moi, je mange ma pomme rouge,
Bougeant comme le monde bouge,
Ingénument, sans y penser.

(Maurice Carême)

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Tant de livres chez le libraire (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018




    
Tant de livres chez le libraire
j’essaie de garder vive
jusqu’à ce que j’aie rejoint ma table de travail
la brûlure de quelques mots
lus au hasard
dans l’entrebâillement d’une page

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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LE CLOU QUE J’ENFONCE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Jane Palmer 
    
LE CLOU QUE J’ENFONCE

Ce ne sont pas de grands poèmes
mes petits vers.
Tout au plus des impressions
que j’ai du fond de moi
laissées venir sur du papier
— et quand je le pouvais.

Aujourd’hui
je scie des planches
(vous êtes dans la petite chambre)
je rafistole des chaises
(et je vous entends rire)
je débroussaille je fais des tas
(le mistral fait tout voler).

Je note cela sur un coin de la table
et quand le marteau tape
toute la montagne résonne
sur le clou que j’enfonce
au coeur de cette matinée bleue.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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