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Poésie

Posts Tagged ‘tâter’

Madame au fond de vous (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Amedeo Modigliani
    
Madame au fond de vous

Madame au fond de vous j’ai mangé au fruit rose
Et je n’en suis pas encore rassasié
Pour être vrai j’accours à ce nouveau cellier
D’avoir
Madame en vous mangé si claire chose

Madame j’ai tâté de l’enfer je suppose
En m’abandonnant de la langue à ce beau fruit
Depuis j’erre assoiffé affamé jour et nuit
Ne pouvant me passer d’une nouvelle dose

Quel secours appeler?
Je ne sais pas attendre
Ni ne peux plus aller par un autre sentier
Sans que le goût de votre pulpe me poursuive

Vous perdant comme on perd les perles d’un collier
Si de votre déduit ne puis être la grive
Me soûlant à votre raisin tendu et tendre

(Jacques Chessex)

 

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Je tâte mon cerveau (Virginia Woolf)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Mario Sanchez Nevado  75,f

 

Je tâte mon cerveau, comme une poire,
pour voir s’il est mûr;
il sera délicieux en septembre.

(Virginia Woolf)

Illustration: Mario Sanchez Nevado

 

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Je voudrais pas crever (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



Illustration: Martin Matje
    

Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j’en aurai l’étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’algues
Sur le sable ondulé
L’herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L’odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J’en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort…

(Boris Vian)

 

Recueil: Je voudrais pas crever
Traduction:
Editions:

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La vie est du futur un souhait agréable (Jean-Baptiste Chassignet)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: Carrie Vielle
    
La vie est du futur un souhait agréable

La vie est du futur un souhait agréable,
Et regret du passé, un désir indompté
De goûter et tâter ce qu’on n’a pas goûté ;
De ce qu’on a goûté, un dégoût incurable :

Un vain ressouvenir de l’état désirable
Des siècles jà passés, du futur souhaité,
Un espoir incertain, frivolement jeté
Sur le vain fondement d’une attente muable.

Une horreur de soi-même, un souhait de sa mort,
Un mépris de sa vie, un gouffre de remords,
Un magasin de pleurs, une mer de tempête :

Où plus nous approchons du rivage lointain,
Plus nous nous regrettons et lamentons en vain
Que le vent ait si tôt notre course parfaite.

(Jean-Baptiste Chassignet)

 

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Ô beaux yeux brun (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



 

Alexandr Sulimov -   (27)

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues,
Ô jours luisants vainement retournée !

Ô tristes plaints, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô milles morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destiné !

Ô ris, ô front, cheveux bras mains et doigts !
Ô luth plaintif, viole, archet et voix !
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d’endroits d’iceux mon cœur tâtant,
N’en ait sur toi volé quelque étincelle.

(Louise Labé)

Illustration: Alexander Sulimov

 

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Le temps m’oppresse je tombe (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



 

Fidel Garcia  (34) [1280x768]

Le temps m’oppresse je tombe
et je glisse sur les genoux
mes mains tâtent la nuit

adieu ruisseaux de lumière
il ne me reste que l’ombre
la lie le sang

j’attends le coup de cloche
où jetant un cri
j’entrerai dans l’ombre

(Georges Bataille)

Illustration: Fidel Garcia

 

 

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Enfants (Dagadès)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



 

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Enfants
comptant les points noirs
sur le dos des coccinelles

elles montaient
le long de nos doigts

s’immobilisaient
un instant
au sommet de l’un d’eux

comme tâtant l’air
cherchant la direction
avant de s’envoler

et nous longuement
les suivant
dans le bleu de la lumière.

(Dagadès)

Illustration

 

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Envie de vivre (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



 

Ana Cruz fklk

Envie de vivre

Un jour encore et c’est pour voir
Et pour aimer ces choses
Qui auraient pu rester
Pour toujours dans le noir
A ne pas être vues

Un jour encore
pour voir le jour
Tâter l’espace et le gagner

Un jour pour approuver
Ce que vaut la lumière

Et pour y faire
Tout ce que c’est que vivre
Un jour encore.

(Eugène Guillevic)

Illustration: Ana Cruz

 

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Songeant la nuit (François Scalion de Virbluneau)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Songeant la nuit, bien souvent je pense être
Auprès de toi couché certainement,
Et les beautés qu’en toi le ciel fit naître
Tâter, baiser, embrasser nuëment.

Comme un plaisir acquis en un moment
Passe, léger, et se voit disparaître,
Mon songe ainsi s’enfuit soudainement,
Me laissant seul et non toutefois maître,

Car à l’instant les regrets, les ennuis,
Hôtes fâcheux, m’assistent jours et nuits,
Et dans mon coeur reprennent tous leurs places.

Mais pour cet heur rendre perpétuel,
Il te faudrait, en amour mutuel,
Me faire part, loyale, de tes grâces.

(François Scalion de Virbluneau)

 

 

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Plût-il à Dieu n’avoir jamais tâté (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Plût-il à Dieu n’avoir jamais tâté

Plût-il à Dieu n’avoir jamais tâté
Si follement le tétin de m’amie !
Sans lui vraiment l’autre plus grande envie,
Hélas ! ne m’eût, ne m’eût jamais tenté.

Comme un poisson, pour s’être trop hâté,
Par un appât, suit la fin de sa vie,
Ainsi je vois où la mort me convie,
D’un beau tétin doucement apâté.

Qui eût pensé, que le cruel destin
Eût enfermé sous un si beau tétin
Un si grand feu, pour m’en faire la proie ?

Avisez donc, quel serait le coucher
Entre ses bras, puisqu’un simple toucher
De mille morts, innocent, me froudroie.

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Giovanni Bellini

 

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