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L’USAGE DE LA PAROLE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



L’USAGE DE LA PAROLE

Ce qui reste c’est l’aubier sédimentaire
Des hontes bues
C’est entre les paillers roussis
La ronde des enfants pauvres
C’est le tâtonnement du petit jour
Sur les plèvres endormies
Ce qui reste ce qui monte
C’est la fumée noire qui partage le jour
C’est la main calcinée qui surgit encore des laves
C’est la voix qui n’a rien à dire
Et fleurit obstinément parmi les pierres
Rien à dire car l’ombre des mots est mortelle
Et descend toujours plus bas
Sous les ornières des canons
Ce qui reste c’est
Deux bras
Deux jambes
Qui s’ignorent
Une tête admirablement vide
Qui va son chemin.

(Jean Rousselot)

Illustration: Hans Thoma

 

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Chauve-Souris (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
Chauve-Souris

Vampire sans horreur et Monstre sans effroi,
Chimère sans beauté, Chauve-Souris, ô toi
Qui vas heurtant du front les ténèbres divines,
Ivre d’ombre et d’horreur, de nuit et de ruines,

Comment ne pas t’aimer en pleurant, ô ma soeur ? —
Ta laideur de sabbat éloigne la douceur, —
Ton pitoyable élan se brise dans le vide
Tant l’effort maladroit de ton lourd vol stupide

T’affolle et te tourmente, et ne t’élève pas ! —
Et tes regards meurtris sont aveugles et las
D’avoir trop adoré les astres et la lune…
Tu sembles apporter la sinistre infortune

Et les pressentiments du danger et de la mort
Tandis que l’univers se délasse et s’endort.
Ta muette souffrance erre et rôde et s’égare.
Plein de tâtonnements, ton passage bizarre

Mêle l’inquiétude et la fièvre aux beaux soirs.
C’est toi le frôlement d’étranges désespoirs,
Furtifs, enveloppés de terreur et de haine.

Passe, spectre éperdu, pareil à l’âme humaine
Dans ce qu’elle a de triste et d’ignoble et de beau,
Avec ton corps de bête et tes ailes d’oiseau !

(Renée Vivien)

 

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POÈME-PRÉFACE (Hakushû Kitahara)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016


 


luciole

 

POÈME-PRÉFACE
« OMOIDE » JOSHI

Le souvenir est-il d’une luciole au cou marqué de rouge
Comme en plein après-midi l’incertain tâtonnement,
Auréolée d’un cotonnement bleu
Lueur invisible et qui pourtant luit?

Ou plutôt indécises fleurs de céréales?
Chansonnette à glaner les épis?
Blanc duvet nuageux des pigeons que l’on plume
Au soleil dans la tiédeur d’un entrepôt de saké?

Et s’il était son timbre de flûtes,
Soirs où le crapaud coasse
Et le désir des potions d’autrefois vous tenaille,
Harmonica respirant au coeur de la pénombre.

Et s’il était senteur faste du velours,
Regard de la reine des cartes,
Fugitive impression de solitude
Sur le masque bouffon du pierrot.

Sans l’amertume des jours de débauche,
Sans même de la fièvre la radieuse douleur,
Mais tel un printemps sur sa fin si tendre
Souvenir ou de mon automne antique légende?

(Hakushû Kitahara)

 

 

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