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Posts Tagged ‘taupe’

LA LUMIÈRE TUE LE COEUR (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



    

LA LUMIÈRE TUE LE COEUR

La lumière tue le coeur.
Aussi s’est-il enfoui
dans le sol noir de la chair
tel un charbon sous la cendre.

Malgré le soleil qui perce les fenêtres,
malgré la nuit qui entre par mes lèvres,
je suis pris dans mon corps
comme une taupe dans ses galeries.

L’ombre que je porte sous la peau
est une ombre qui se nourrit de sang.
Elle est pour mon désir
la plus sûre des plates-formes.

La tête est pesante sous la main
parce que le monde s’appuie contre elle
et que la vie se jette contre ses tempes de papier.
Mais la bouche reste légère comme un oiseau dans l’air.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (X) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2017



    

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (X)

Derrière tes dents, ta chair commence
avec ses aubépines de fièvre et de sang.
Tu sais qu’elle est une prison
dont mon désir te délivre.

La caresse fait son bruit de poumon
en cherchant dans tes cuisses
le papillon qui s’y est posé,
presque fermé en toi de ses ailes.

Avec l’aveuglement d’une taupe,
tu creuses l’air de tes seins.
Autour d’eux mes mains s’élèvent
comme une montagne coupée en deux.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Jusqu’à la dernière minute de la Terre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: David Caspar Friedrich
    
Jusqu’à la dernière minute de la Terre
il y aura un homme lié à sa vie par les veines du sang
et ses tempes minces comme du papier tangueront
avec le bruit que fait la goutte d’eau sur l’évier.

La lumière luira au fond de ses yeux
comme au fond des verres que le couchant renverse
pour se survivre un instant dans le monde,
la lumière luira sans autre soutien
que la grisaille d’un visage qui avance avec la nuit.

Avec toute la beauté du monde enfouie dans un seul regard,
il fermera la bouche sur la dernière grappe de ciel,
il tendra les mains vers des murs qu’il verra reculer
et son coeur ne sera plus qu’une taupe prise au piège.

La mort ne demandera pas leurs noms
à ceux qui tomberont, las de tourner sur place :
chaque cadavre s’enfoncera lentement dans le sol
avec autour de lui une foule toujours plus haute de vivants.

Comme entre deux portes,
l’homme aura traversé son existence
avec comme seule joie celle que procure
la fraîcheur de l’air sur les lèvres.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Après une journée perdue (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Paige Bradley
    
Après une journée perdue comme toutes les autres
à attendre dans un bureau qu’on ait gagné sa vie,
on entre dans la nuit
avec la certitude qu’elle vous offrira sa rançon de femmes.

Nuit toujours pareille avec ses convois de lumière
nuit tournant sous de hautes montagnes de vent
nuit qui fait briller les regards
nuit légère sur les paupières comme la mer sur les coquillages.

La main de l’homme n’est vraiment vivante
que quand elle s’enfonce entre deux cuisses
pour y chercher un sexe
qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe.

Cette chair que je froisse que j’attire à moi
comme une branche trop chargée
cette chair qui frémit
à mesure qu’on la dénude de son linge

comme on le fait à une jeune pousse
de l’argile qui la recouvre
cette chair est la seule étendue
où mon corps peut jeter l’ancre.

Cette chair est la seule issue
qui me mène à la pointe d’un désir
neuf et luisant comme un fer qu’on forge.
Comme une taupe le désir fouille cette femme
qui respire de tout son ventre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Tu n’es qu’une taupe (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Tu n’es qu’une taupe
alors
creuse ton labyrinthe
retourne à la glaise
confonds-toi avec les ténèbres
qui te guident

au bout de cette traversée abyssale
seras-tu guéri
de la cécité?

(Aïcha Arnaout)

 

Recueil: L’inventaire des choses (Anthologie)
Traduction: Aïcha Arnaout
Editions: Action Poétique

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La taupe (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2017



La taupe

Elle nage dans la terre
Au contact de la mer de la terre
elle prend une teinte très douce
une couleur indéfinissable
et presque infinie si une couleur peut l’être
comme après s’être frottée longtemps
à la vieillesse des choses
à l’éternelle jeune vieillesse des choses
Elle a de la peau de chamois sur elle
elle a du chamois en elle
dont elle bondit souvent
pour plonger à l’insu de tous
en dauphin sous la montagne
Elle évolue dans la terre
ainsi qu’une patineuse enfoncée
elle brosse doucement la grande gratitude de la terre
elle repasse lentement dans tout ce chiffonné
comme une navette qui la tisse
au destin de la terre
elle y fait un tunnel d’elle
où elle est la taupe enfin
ne lâchant plus qu’une bulle de terre de loin en loin
un petit volcan démoli
toute à elle et à sa douceur désormais

(Laurent Albarracin)

 

 

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Calme la taupe (Toti Scialoja)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Calme la taupe sous le clair de lune
palpe ses patates une à une.

(Toti Scialoja)

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Comment ? (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Comment ?

Comment allez-vous donc remplir vos gobelets
le jour de la libération ? Et avec quoi ?
Êtes-vous prêts, tout à votre joie, à supporter
Le hurlement sombre, que vous avez entendu
c’étaient les squelettes des paillettes des jours
Dans un puits sans fond ?

Vous chercherez une clé pour ouvrir
Vos serrures bloquées. Vous mordrez
Les trottoirs, comme du pain,
Réfléchissez : il y a meilleur usage.
Et le temps vous rongera comme un grillon
Pris dans un poing.

Alors, votre mémoire sera comme
Une ancienne ville enterrée
Et vos yeux brouillés se terreront
Comme une taupe, une taupe…

(Avrom Sutzkever)

 

 

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La voie la plus haute (Jean-Claude Valin)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



Prendre
à voix basse
la voie
la plus haute
telle une taupe
débouchant
de l’autre côté
des choses, sur le ciel.

(Jean-Claude Valin)

Illustration

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TOUS ET TOUTES SONT AVEC MOI (Roger Bodart)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2017



TOUS ET TOUTES SONT AVEC MOI

Tous et toutes sont avec moi :
Les sangliers sortant du bois
Comme en plein hiver quand il gèle
Si fort qu’éclate la margelle ;
Tous et toutes sont avec moi,
Les fougères, les ifs, les noix,
Le renard au bord des fontaines,
Les taupes, les grives, les graines,
Le chat-huant, le loup-garou,
Tous et toutes sont avec nous.

(Roger Bodart)

 

 

 

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