Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘taureau’

VENT ET NUIT (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018


 


Ana Cruz

 

VENT ET NUIT

Heure de vent,
nuit contre la nuit,

ici, dans ma nuit.
Le vent taureau
court , s’arrête, tourne,
va quelque part?

Vent sombre :
dans les entrecroisements
se brise l’âme.

Comme moi-même,
accumulation colère
sans dénouement.

Où suis-je ?
Le vent vient et va.
Ni ici ni là.
Miroir aveugle.

(Octavio Paz)

Illustration: Ana Cruz

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jour sans soleil (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Jour sans soleil

La brume a noyé l’horizon blafard,
Les vents font le bruit d’un taureau qui beugle,
Et, sur les prés nus, le ciel sans regard
S’ouvre, vide et blanc comme un œil d’aveugle.

Ce n’est pas la nuit, ce n’est pas le jour ;
Du zénith glacé, je sens, comme un givre,
Tomber sur mon cœur, qui n’a plus d’amour,
Le dégoût d’être homme et l’ennui de vivre.

Les temps sont passés où, sous le ciel bleu,
Sonnait dans ma chair le galop des fièvres ;
Toute joie est morte ou m’a dit : adieu !
J’ai le doute à l’âme et le fiel aux lèvres…

Dormez dans la nue, ô rayons sacrés !
Plus de souvenir et plus d’espérance !
Mon cœur, loin de vous, descend par degrés,
Sous l’océan froid de l’indifférence !…

(Louis Bouilhet)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LABYRINTHE (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



 

Pablo Picasso _le_minotaure

LABYRINTHE

Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque dans un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Pablo Picasso

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

LA SEMAISON (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



nature  a (6)

 

LA SEMAISON

Notes pour des poèmes

I
Nous voudrions garder la pureté,
le mal eût-il plus de réalité.

Nous voudrions ne pas porter de haine
bien que l’orage étourdisse les graines.

Qui sait combien les graines sont légères
redouterait d’adorer le tonnerre.

II
Je suis la ligne indécise des arbres
où les pigeons de l’air battent des ailes;
toi qu’on caresse où naissent les cheveux
Mais sous les doigts déçus par la distance
le soleil doux se casse comme paille.

III
La terre ici montre la corde. Mais qu’il pleuve
un seul jour, on devine à son humidité
un trouble dont on sait qu’elle reviendra neuve.
La mort, pour un instant, a cet air de fraîcheur
de la fleur perce-neige…

IV
Le jour se carre en moi comme un taureau :
on serait près de croire qu’il est fort…

Si l’on pouvait lasser le torero
et retarder un peu la mise à mort!

V
L’hiver, l’arbre se recueille.

Puis le rire un jour bourdonne
et le murmure des feuilles,
ornement de nos jardins.

Pour qui n’aime plus personne,
la vie
est toujours plus loin.

(Philippe Jaccottet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA VACHE AU TAUREAU (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



Illustration: Louis Flahaut

    

LA VACHE AU TAUREAU

À l’aube, à l’heure exquise où l’âme du sureau
Baise au bord des marais la tristesse du saule,
Jeanne, pieds et bras nus, l’aiguillon sur l’épaule,
Conduit par le chemin sa génisse au taureau.

Compagnonnage errant de placides femelles,
Plantureuses Vénus de l’animalité,
Qui, dans un nonchaloir plein de bonne santé,
S’en vont à pas égaux comme deux sœurs jumelles.

Si le pis est pesant, les seins sont aussi lourds,
L’une a les cheveux drus, l’autre les crins opaques,
Et leurs yeux sont pareils à ces petites flaques
Où la lune projette un rayon de velours.

Aussi, rocs et buissons, les chênes et les chaumes
Semblent leur dire, émus de cette humble union,
Qu’en ce jour c’est la fête et la communion
Des formes, des clartés, des bruits et des arômes.

(Maurice Rollinat)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LE JAVELOT DE JOIE (Edmond Pilon)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



LE JAVELOT DE JOIE

Le javelot de joie a défoncé la porte ;
Un chanteur inconnu est passé dans le bois
Qui est passé en chantant de sorte
Que les oiseaux riaient vers sa voix
Et que les fleurs naissaient pareilles
A des essaims vifs d’abeilles
A ouïr sa voix !
Les jougs sont teints de pourpre aux taureaux de l’automne
Et les filles qui mènent les taureaux entonnent
Des dithyrambes à entendre le chanteur,
Dont la lyre d’or s’alourdit de fleurs,
Dont les pas foulent l’aube,
Dont le geste cueille les roses
Et dont la haute main
Au vieux sapin
Suspend le luth !
Des songes sont entrés par des portes d’ivoire
Et par des portes de corne d’autres songes ;
Le javelot a défoncé la porte noire,
Son dard a découvert la porte sombre,
Et la voix du Printemps et de l’Automne
Avec celle des rossignols d’été
Et celle de la brise dans les fleurs,
Toutes les voix sont entrées
Dans ma Demeure.

(Edmond Pilon)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LOIN, LÀ-BAS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



Illustration
    
LOIN, LÀ-BAS

Ô boeuf qui soufflait de la vapeur quand un jour je le vis,
tout enfant, sous le soleil du Nicaragua aux ors éclatants,
dans la féconde hacienda, pleine de l’harmonie
du tropique ; ô colombe des bosquets résonnants
au bruit du vent, des haches, des oiseaux et des fringants
taureaux, je vous salue, car vous êtes ma propre vie.

Lourd boeuf, tu évoques la douce matinée
qui appelait à la traite de la vache laitière,
quand mon existence était toute blanche et rosée,
et toi, roucoulante colombe des hautes terres,
tu incarnes dans mon printemps éloigné
tout ce que recèle la divinité printanière.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

COQUILLAGE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
COQUILLAGE
À Antonio Machado

Sur la plage, j’ai trouvé un coquillage entièrement
fait d’or et incrusté des perles les plus fines ;
Europe l’a touché de ses deux mains divines
quand sur le taureau céleste elle traversa l’océan.

J’ai porté à mes lèvres le coquillage sonore
et j’ai recueilli l’écho des trompettes marines,
je l’ai approché de mes oreilles et les ondines
m’ont raconté, à voix basse, le secret de leur trésor.

Ainsi m’arrive le sel des amères risées
que le navire Argos sentit dans ses voiles gonflées
quand les astres admirèrent le rêve de Jason ;

et j’entends une rumeur de vague, un étrange accent,
une profonde houle et un mystérieux vent…
(Le coquillage avait d’un coeur la façon.)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les mots (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Les mots

Mets les mots dessus dessous,
attrape-les par la queue
qu’ils couinent, ces pourceaux,
fouette-les,
gave-les de sucre,
gonfle-les comme des ballons, crève-les,
gobe leur sang, suce leur moelle,
fais-les sécher, fais-les castrer,
piétine-les, coq vert galant,
cuisinier, tords-leur le cou,
déplume-les,
taureau, étripe-les,
bœuf, traîne-les dans la boue,
refais-les, poète,
fais-leur avaler toutes leurs couleuvres.

(Octavio Paz)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fleur de grenadier (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Fleur de grenadier

Après le toréador Havradi, après les processions,
après les courses de taureaux, après les arrivages de la flotte d’Espagne,
ce que les habitants de Mexico aimaient le mieux,
c’était la danseuse Grenadilla.

Seigneurs, bourgeois, matelots, soldats,
tout le monde la connaissait, tout le monde l’admirait,
tout le monde la respectait,
et pourtant ce n’était qu’une pauvre danseuse des rues,
une fille du peuple qui ne connaissait même pas sa famille,
une bohémienne, une saltimbanque.
Mais quand cette bohémienne, cette saltimbanque,
se mettait à danser le fandango, il n’y avait pas de duchesse qui eût l’air plus noble,
la taille plus souple, les gestes plus fiers et plus gracieux que la Grenadilla.
Dès qu’elle paraissait, son tambour de basque ou ses castagnettes à la main,
la foule s’amassait autour d’elle, on faisait cercle,
on se disputait une place pour la voir danser.
Le directeur du théâtre avait voulu l’engager, mais sans succès.
La Grenadilla ne voulait pas être autre chose que la danseuse du peuple,
aussi le peuple l’adorait.
Malheur à celui que eût osé toucher seulement un cheveu de la Grenadilla!

[Mais on ne peut échapper au destin:]
Après trois mois de traversée, le vaisseau qui la portait [vers l’Europe] fit naufrage.
Le corps de Grenadilla fut porté par la vague sur le rivage d’Espagne.
La Fée aux Fleurs, qui se trouvait en ce moment dans ces parages pour surveiller le Jasmin,
recueillit le corps de Grenadilla et permit qu’à l’endroit où elle l’avait trouvé
s’élevât un magnifique bosquet de grenadiers
dont les fleurs et les fruits réjouissent la vue,
comme Grenadilla la récréait autrefois par sa beauté et ses talents.

(J.J. Grandville)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :