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Poésie

Posts Tagged ‘taverne’

J’ai connu beaucoup de chemins (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



J’ai connu beaucoup de chemins,
j’ai tracé beaucoup de sentiers,
navigué sur cent océans,
et accosté à cent rivages.

Partout j’ai vu
des caravanes de tristesse,
de fiers et mélancoliques
ivrognes à l’ombre noire

et des cuistres, dans les coulisses,
qui regardent, se taisent et se croient
savants, car ils ne boivent pas
le vin des tavernes.

Sale engeance qui va cheminant
et empeste la terre…

Et partout j’ai vu
des gens qui dansent ou qui jouent,
quand ils le peuvent, et qui labourent
leurs quatre empans de terre.

Arrivent-ils quelque part,
jamais ne demandent où ils sont.
Quand ils vont cheminant, ils vont
sur le dos d’une vieille mule;

ils ne connaissent point la hâte,
pas même quand c’est jour de fête.
S’il y a du vin, ils en boivent,
sinon ils boivent de l’eau fraîche.

Ce sont de braves gens qui vivent,
qui travaillent, passent et rêvent,
et qui un jour comme tant d’autres
reposent sous la terre.

(Antonio Machado)

 

 

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J’ai connu beaucoup de chemins (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Illustration: Louis-Philippe Kamm
    

J’ai connu beaucoup de chemins,
j’ai tracé beaucoup de sentiers,
navigué sur cent océans,
et accosté à cent rivages.

Partout j’ai vu
des caravanes de tristesse,
de fiers et mélancoliques
ivrognes à l’ombre noire

et des cuistres, dans les coulisses,
qui regardent, se taisent et se croient
savants, car ils ne boivent pas
le vin des tavernes.

Sale engeance qui va cheminant
et empeste la terre…

Et partout j’ai vu
des gens qui dansent ou qui jouent,
quand ils le peuvent, et qui labourent
leurs quatre empans de terre.

Arrivent-ils quelque part,
jamais ne demandent où ils sont.
Quand ils vont cheminant, ils vont
sur le dos d’une vieille mule;

ils ne connaissent point la hâte,
pas même quand c’est jour de fête.
S’il y a du vin, ils en boivent,
sinon ils boivent de l’eau fraîche.

Ce sont de braves gens qui vivent,
qui travaillent, passent et rêvent,
et qui un jour comme tant d’autres
reposent sous la terre.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Contre le souffle (Petr Král)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Illustration: Marthe Bonnard

    

Contre le souffle dans le fond de l’abîme,
rien que le frisson léger de la nappe devant la taverne,
sur le rebord ensoleillé de sa terrasse.

(Petr Král)

 

Recueil: Cahiers de Paris
Traduction:
Editions: Flammarion

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L’AUBERGE « À LA PETlTE ÎLE » (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

VIncent Van Gogh

L’AUBERGE « À LA PETITE ÎLE »

La nuit, pour calmer un âpre combat,
d’autant plus féroce qu’il se passe en moi seul,
je pense à des luttes plus lointaines : je pense à Lissa,

aux Balkans, à Trieste, au vieux ghetto ;
enfin je me réfugie dans une taverne;
de son seul souvenir j’attends le sommeil.

Déserte tout au long de la chaude journée,
elle a sur ses murs une petite île peinte,
vert émeraude, et tout autour la mer et ses poissons.

Mais de fumée et de chants à la nuit elle est pleine ;
un Dalmate tient contre lui la fille la plus dévêtue ;
le matelot retrouve la sirène.

Moi j’écoute et la compagnie me plaît,
il me plaît de ne pas penser à un paradis
trop différent de cette allégresse

qui s’enroue dans les choeurs et enflamme le visage.

(Umberto Saba)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

 

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AU BORD DU MARAIS (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

AU BORD DU MARAIS

Errant dans le vent noir ; dans le calme du marais
Murmurent les roseaux morts. Dans le ciel gris,
Suit un vol d’oiseaux sauvages ;
De biais au-dessus des sombres eaux.

Tumulte. Dans la hutte défaite
S’élève sur ses ailes noires la pourriture ;
Des bouleaux estropiés gémissent dans le vent.

Soir dans la taverne abandonnée. La douce
tristesse des troupeaux au pacage
Enveloppe le chemin du retour,
Apparition de la nuit : des crapauds surgissent
des eaux argentées.

***

AM MOOR

Wanderer im schwarzen Wind ; leise flüstert das dürre Rohr
In der Stille des Moors. Am grauen Himmel
Ein Zug von wilden Vögeln folgt;
Quere über finsteren Wassern.

Aufruhr. In verfallener Hütte
Aufflattert mit schwarzen Flügeln die Fäulnis ;
Verkrüppelte Birken seufzen im Wind.

Abend in verlassener Schenke. Den Heimweg umwittert
Die sanfte Schwermut grasender Herden,
Erscheinung der Nacht : Kröten tauchen aus
silbernen Wassern.

(Georg Trakl)

Illustration

 

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C’est pour cela que je tourne ainsi (Rûmi)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2016



Un jour, dans ta taverne,
j’ai bu un peu de vin

J’ai rejeté ce froc corporel

J’ai vu, grâce à ta taverne,
que le monde est harmonie

Construit ou détruit,
c’est pour cela que je tourne ainsi.

(Rûmi)

Illustration

 

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Chansons d’amant (Gustave Kahn)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



 

Chansons d’amant

Brèves sont les douces terres
lentes sont les mers
l’amer passé délétère
gît à mon diaphragme amer

Brève est la colline
si lente est la plaine
brève est la clairière
si lente la lapide

Par delà la colline et par delà la plaine
pas sur pas, coupe sur coupe, dans l’infini de ton haleine
je vais ma marche prisonnière

Mon bon cheval des luttes est mort le long des grèves
ma compagne mémoire s’est assoupie de rêve sans trêve
mon glaive s’est brisé contre Vécu du chevalier-frère
mon bouclier je l’ai laissé aux chanteuses de la taverne
ah ! des sources méconnues pour en onder mon front malade
et des seins portraits des siens pour que ma lèvre hiverne
Vers des cloches argentines
Vers des lèvres matutines …

Porche inconnu peut-être asile de celle qu’on destine
au misérable fils inéluctable des héros
peut-être ayant vaincu la menace de tes créneaux
verrai-je un sourire épanouir la fête de mourir
au pèlerin des morts d’aimer, -opposez vos haches et vos carreaux

(Gustave Kahn)

Illustration: Georges Antoine Rochegrosse

 

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PEUR (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2015



Antoine Bourdelle Isadora Duncan  584

PEUR

C’était une peur
Vidant tout à coup les tavernes du coeur

Peur du moment où la danseuse
Arrêterait ses conversions vertigineuses
Et n’aurait plus de bras

Que pour le tendre accueil
Pour les tendre vers moi

Plus de jambes sinon pour marcher
Gracieusement à ma rencontre

Plus d’yeux sinon pour essayer tous les regards
Qui me feraient le mieux trembler
D’être regardé

Et pour être aussi pâle que moi plus aucunes couleurs

C’était encore ce spectre que j’aime avec horreur

(Ernest Delève)

Illustration: Antoine Bourdelle

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