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Poésie

Posts Tagged ‘témoignage’

Actes de naissance (Élisabeth de Fontenay)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

Actes de naissance

Nous sommes nés à notre insu,
un originel dessaisissement, une absence de commencement,
et ce serait la tâche de l’écriture, pensée, littérature, art,
que de s’aventurer à en porter témoignage.

(Élisabeth de Fontenay)

 

 

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PÉRILLEUSE PROMENADE (Motoo Andô)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018



feuille qui vole

 

 

PÉRILLEUSE PROMENADE
MUZUKASHII SANPO

Se rappeler une feuille
Poursuivre une feuille
Ensuite plus au fond
Pénétrer vers la voix enfermée en larmes
Tordre le gouvernail
Glisser sur la pente
Imitant les arbres qui grandissent avec ruse et raison
Aspirer à une variante plus complexe
Quand on empile des cartes qu’elles s’écroulent alors
Traverser la rivière cette rivière
Qui a l’air de n’avoir ni commencement ni fin
Sans avoir encore oublié les glaces flottantes d’il y a dix ans
Jusqu’à ce qu’elles fondent
Les réchauffer de la paume en sentir l’odeur
Captivé par l’oreille des jeunes filles
Disséminer du sable
Que des oiseaux s’en viennent pour le saisir les attendre
Attendre un témoignage
Ne pouvant admettre une misérable consolation
Verser de l’herbe verser de la voix
Ensuite encore une fois
Sans même relever la tête après avoir traversé la rivière s’en retourner

(Motoo Andô)

Illustration

 

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CLANDESTIN (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



Ana Cruz  Madrigal to a bitter devotion

 

CLANDESTIN

Souviens-toi avec moi aujourd’hui — la parole
et la contre-parole
de témoignage : l’aube tangible, surgissant
de ma main crispée : étreinte ciliaire
du soleil : l’étendue de ténèbres
que j’ai écrite
sur la table du sommeil.

Maintenant
est le temps à venir.
Tout ce que tu es venue
me prendre, emporte-
le loin de moi maintenant. N’
oublie pas
d’oublier. Emplis
tes poches de terre,
et scelle
la bouche
de ma caverne.

C’est là
que j’ai rêvé ma vie
dans un rêve
de feu.

(Paul Auster)

Illustration: Ana Cruz

 

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CE CORPS DE MORT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018




CE CORPS DE MORT

Pardonné, purifié, de tout ce
Moi, que peut-il demeurer ?
De cet être formé
Pour et par le péché ?
Comment ces mains pourraient-elles être miennes,
Façonnées par tout le mal que j’ai fait,
La vie prise à des créatures,
Les coups donnés, les choses délicates brisées,
Frappées avec violence, les tissus végétaux déchirés,
Un autre être vivant touché avec rudesse —
Façonnées par la cruauté sans trêve de toute vie,
Pardonnées, ces mains devront mourir.

Pardonné, comment ce visage
Que la peur et la froideur,
L’aveuglement sans amour, la fatigue inquiète
Ont marqué, ont ridé,
Ces traits formés et composés
Par la futile indifférence,
La mesquinerie changeante et la violence cachée,
Comment ce visage pourrait-il être béni,
Qui porte témoignage d’une vie mal vécue ?

Chaque créature est la signature de ses actes.
La mouette pique de haut, façonnée par le vent et la faim,
Les yeux, le bec fouailleur et les fortes ailes blanches
Avivés, affilés, rendus beaux et puissants par le vent et par l’eau,
Les cris et les battements d’ailes murmurent la vérité
sacrée de son être.
L’homme agit mal : seul pur le chant
Issu des lèvres de l’amour, et le cri muet
Quand la douleur raille l’humain qui est en nous.

***

THIS BODY OF DEATH

Forgiven and made pure, what of all this
Self could remain?
This person formed
For sin, by sin?
How could these hands be mine,
Shaped as they are by all the ill I have done,
Life of creatures taken,
Blows given, delicate things broken,
Struck violently, green textures torn,
Another living being touched ungently-
Shaped as they are by all life’s restless cruelty,
Forgiven, these hands must die.

Forgiven, how could this face
That fear and coldness,
Unloving blindness, anxious weariness
Have marked and lined,
These features formed and framed
By trivial indifference,
Unstable pettiness and latent violence,
How could this face be blessed,
Bearing its record of a life lived amiss?

Each creature is the signature of its action.
The gull swoops, shaped by wind and hunger,
Eyes and scavenging beak, and strong white wings
Turned to a fine edge of beauty and power by wind and
water.
Scream and wing-beat utter the holy truth of its being.
Man acts amiss: pure only the song
That breaks from the lips of love, or the wordless cry
When grief or pain makes mock of all that is human in us.

(Kathleen Raine)

 

 

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Ce que l’Amour a de plus doux (Hadewijch)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Ce que l’Amour a de plus doux,
ce sont ses violences;
son abîme insondable
est sa forme la plus belle;
se perdre en lui, c’est atteindre le but;
être affamé de lui
c’est se nourrir et se délecter;
l’inquiétude d’amour est un état sûr;
sa blessure la plus grave
est un baume souverain;
languir de lui est notre vigueur;
c’est en s’éclipsant qu’il se fait découvrir;
s’il fait souffrir, il donne pure santé;
s’il se cache, il nous dévoile ses secrets;
c’est en se refusant qu’il se livre;
il est sans rime ni raison et c’est sa poésie;
en nous captivant il nous libère;
ses coups les plus durs
sont ses plus douces consolations;
s’il nous prend tout, quel bénéfice !
c’est lorsqu’il s’en va
qu’il nous est le plus proche;
son silence le plus profond
est son chant le plus haut;
sa pire colère
est sa plus gracieuse récompense;
sa menace nous rassure
et sa tristesse console de tous les chagrins :
ne rien avoir, c’est sa richesse inépuisable.
Mais de l’amour on peut dire aussi
que sa plus haute assurance
nous fait faire naufrage,
et son état le plus sublime
nous coule à fond;
son opulence nous appauvrit
et ses bienfaits sont nos malheurs; ses consolations agrandissent
nos blessures;
son commerce est mainte fois mortel;
sa nourriture est famine,
sa science égarement;
son école nous apprend à nous perdre;
son amitié est cruelle et violente;
c’est quand il nous est fidèle
qu’il nous fuit
sa manifestation consiste à se cacher
sans laisser de traces
et ses dons, à nous voler encore davantage;
ses promesses sont séductrices,
sa parure nous dénude,
sa vérité nous déçoit
et son assurance est mensonge.
Voilà le témoignage
que moi-même et bien d’autres
nous pouvons porter à toute heure,
à qui l’amour a souvent montré
des merveilles,
dont nous reçûmes dérision,
ayant cru tenir ce qu’il gardait pour lui.
Depuis qu’il m’a joué ces tours
et que j’ai appris à connaître ses façons,
je me comporte toute autrement avec lui :
ses menaces, ses promesses,
tout cela ne me trompe plus :
je le veux tel qu’il est, peu importe
qu’il soit doux ou cruel, ce m’est tout un.

(Hadewijch)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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LES OBJETS RENVERSES (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



David Hockney -VanGoghChair1988

 

LES OBJETS RENVERSES

On peut mentir à ses amis,
rester muet devant les femmes,
mais à l’objet qui vit sans bruit
comment lui dérober son âme ?

L’oreiller gonflé, bien en place,
parle des nuits passées ailleurs.
Un tapis alourdi de traces
trahit la bête et la fureur.

Taches, cendres, poussière, odeurs,
monceau de signes sur la table,
vous accablez vos créateurs
de témoignages implacables.

Ni la peur ni la récompense
ne vous poussent à déposer,
hors l’étrange et sûre vengeance
contre qui vous a méprisés.

Vous démontez les alibis,
verrous tirés, vieilles empreintes.
Parmi les meubles ennemis
un homme est seul avec ses craintes.

(Axel Toursky)

Illustration: David Hockney

 

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La poésie n’aurait-elle plus rien à nous dire ? (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Zéno Bianu [800x600]

La poésie n’aurait-elle plus rien à nous dire ?
Ne serait-elle plus le lieu privilégié des interrogations humaines ?
D’Infiniment proche au Désespoir n’existe pas, dix ans ont passé.
Dix ans en prise avec le balancier de la vie.
Dix ans d’écriture.

Des poèmes de bord, comme autant de témoignages d’amitié, d’amour, d’admiration, de deuil.
Des poèmes animés par un pari farouche : transformer le pire en force d’ascension.
Des poèmes pour reprendre souffle et tenir parole.
Des poèmes pour ouvrir un espace aimanté, irriguer le réel dans une époque vouée à l’hypnose.

Transmettre quelque chose d’irremplaçable : une présence ardente au monde, une subversion féerique.
La poésie – ou la riposte de l’émerveillement.

(Zéno Bianu)

 

 

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TÉMOIGNAGE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



blé d'hiver

 

TÉMOIGNAGE

Dans le haut blé d’hiver
qui nous poussait au travers
de ce no man’s land,
dans les corps à corps de notre colère
sous ces orties blanches sans nom,
et parce que j’ai abrité pour toujours
une fleur en enfer, je te dis
l’ouverture de mon oeil,
mon être au-delà du fait
d’être un,
et combien j’ai pu t’absoudre
de cette dérobade, et te prouver
que je ne suis
plus seul,
que je ne suis
même plus
proche de moi-même.

(Paul Auster)

Illustration

 

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ILLUSTRE TEMOIGNAGE (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2018




    
ILLUSTRE TEMOIGNAGE

Et même si je ne le savais pas (si
il était invisible pour moi)
il me suffirait d’une seule
fleur
pour deviner l’existence
d’un soleil
en haut dans le firmament.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: LA MYTHOLOGIE DES FLEURS
Traduction: N. Lygeros
Editions:

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Soirée, en berne (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



 

Soirée, en berne
à travers l’éclat de la mûre et le lichen : bannière
de l’avenir
imprononçable. La tempête
sous ton crâne s’est éloignée — doublant le pas
sur le seuil — et elle est devenue
ton glas
au milieu de la foule : tu
ne l’as plus jamais entendue.
Des anti-étoiles
sur la ville, que tu chasses
de la langue, tournant, en désaccord,
même avec toi, révoquent le témoignage
silencieux de l’oeil-
pyromane.

(Paul Auster)

Illustration: George Inness

 

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