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Poésie

Posts Tagged ‘témoignage’

Si tu ne devais laisser ni parole ni rien (Carolyn Carlson)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2017




    
Si tu ne devais laisser ni parole
ni rien de ce qui se possède
ta vie à elle seule aura été témoignage
respirer pour s’approprier un lieu.

(Carolyn Carlson)

 

Recueil: brins d’herbe
Traduction: Jean-Pierre Siméon
Editions: Actes Sud

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Une feuille de hêtre ! (Marcel Martinet)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
Une feuille de hêtre !

De ma fuite d’entre les hommes
Avais-je escompté
La libération sans borne et sans rivage,
La révélation magique, le miracle ?

Peut-être.

Mais je n’ai rapporté
Que cette feuille d’arbre,
Cette petite feuille à peine dentelée.

Est-ce là ce miracle
Qui m’aurait commandé de marcher jusqu’au soir
Et qui m’aurait permis de rentrer chez les hommes ?

J’avais imaginé peut-être
Des horizons prodigieux,
La découverte de secrets
Cachés encore à tous les yeux,

Des renaissances de visages,
La majesté des choses vierges
Jamais nommées, jamais connues.
Je ne me souviens plus. Peut-être.
Mais je rapporte en témoignage
La petite feuille de hêtre.

(Marcel Martinet)

 

Recueil: Une feuille de hêtre
Editions: Plein chant

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Tu donneras (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration
    
Tu donneras

Tu donneras ce qu’on ne peut te prendre
en ajoutant ce qui te fut volé.

Face au néant, ne retiens que l’énigme.
Entrevois-tu ce vide et ce trop-plein ?

Amant du jour, tu chantes pour la nuit.
Te tairas-tu quand l’encre sera blanche ?

Ton écriture en tes mains se déchire
dans ce combat du nuage et de l’ange.

De ton passé, j’écarte les broussailles,
je lis ton nom sur la peau d’un serpent.

Corps dénudé, tu le sais, sous la mer,
une autre mer est ton pays futur.

Ferme ta main sur une pierre noire
et de tes os compose un témoignage.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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J’écris dans les interstices du Temps (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



J’écris dans les interstices du Temps.
Dans l’entre-deux
où l’objet et la parole se rencontrent ou seulement se croisent
– dans l’illusion de se confondre –
ou se devinent parallèles sans lien ni contact ?

J’écris dans un temps dérobé :
dérobé au Social, à la vie quotidienne – j’écris « à la dérobée » !
Le soir, après une journée de « travail », entre les « obligations » de la vie associative ou « professionnelle »,
sans disposer vraiment d’une « marge » pour ce « travail » et cette « obligation » :
écrire une parole poétique.
Devenir un individu. Devenir humain.

Écrire une « parole » – mieux :
casser l’écriture par l’irruption de la voix !
Comme un témoignage casse une « version » convenue d’un fait qui se donnait comme établi.
Écrire CONTRE – contre l’autorité de “l’écriture”
(au sens où elle se donne comme discours de pouvoir – sans discontinuer…)
et écrire pour la vérité, vers la vérité – vers la possibilité d’un « objet » à la parole…

Écrire une parole – pour laisser une trace
– une trace de qui s’évade sans fin –
ou sans recours. Dilapidée aussitôt :
la parole.

J’écris même quand la vie passe devant moi et que tout me manque (papier et stylo) pour écrire…
J’écris même quand je rêve soudain une parole intense et signifiante et que le réveil m’en prive.
J’écris même quand je traverse les épreuves de ma vie, de mes choix et que tout me manque (force et volonté)…
J’écris même lorsque l’Indicible impose à ma vue un horizon sans limites…

J’ÉCRIS DANS LES INTERSTICES DU TEMPS INVENTE PAR LA SOCIÉTÉ HUMAINE.
DANS L’ENTRE-DEUX OU L’OBJET EST ABSENT, ÉLOIGNE, INACCESSIBLE ET LA PAROLE ILLUSOIRE, INCERTAINE, INADÉQUATE
– ET OU POURTANT ILS SE RENCONTRENT, ICI ET MAINTENANT ou un jour prochain dans le cœur de l’autre –
qui est leur but et leur lieu, leur seuil imaginaire, transitoire mais voué à la seule chance d’une TRANSMISSION.

J’écris dans l’utopie de l’Être.

(Alain Suied)

Illustration: Misha Gordin

 

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La chose pure (Paul Claudel)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2016



La chose pure, la chose
non pas en tant qu’elle sert à notre usage quotidien,
mais en tant que dans la plénitude de son sens
elle est de Dieu une image partielle,
intelligible et délectable.
[…]
C’est en ce sens que la poésie rejoint la prière,
parce qu’elle dégage des choses leur essence pure
qui est de créatures de Dieu ou de témoignage à Dieu.

(Paul Claudel)

 

 

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Tu savais (Diego Perez)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2016



Tu savais que quelqu’un viendrait
pour décrypter ton passage
débusquer cette vérité
où s’incubait ton exil
et porter aux armes du jour
ton témoignage de sous-bois.

(Diego Perez)

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Décapé par la bise (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2016



DÉCAPÉ par
la bise irradiante de ton langage
le bavardage bariolé du propre-
ment-vécu – le Mien-
poème aux cent bouches,
le Rien-poème.

Ouvert au tourbillon
des bourrasques,
dégagé libre
le chemin à travers
la neige aux formes d’humain,
la neige des pénitents, vers
les hospitalières
tables et tavernes de glacier.

Tout au fond
de la crevasse des temps,
près de la
glace alvéolaire,
attend, cristal de souffle.
ton inébranlable
témoignage.

***

WEGGEBEIZT vom
Strahlenwind deiner Sprache
das bunte Gerede des An-
erlebten – das hundert-
züngige Mein-
gedicht, das Genicht.

Aus-
gewirbelt,
frei
der Weg durch den menschen-
gestalteten Schnee,
der Büßerschnee, zu
den gastlichen
Gletscherstuben und –tischen.

Tief
in der Zeitenschrunde,
beim
Wabeneis
wartet, ein Atemkristall,
dein unumstößliches
Zeugnis.

***

Etched away from
the ray-shot wind of your language
the garish talk of rubbed-
off experience – the hundred
tongued pseudo-
poem, the noem.

Whirled
clear,
free
your way through the human-
shaped snow,
the penitents’ snow, to
the hospitable
glacier rooms and tables.

Deep in time’s crevasse
by the alveolate ice
waits, a crystal of breath,
your irreversible
witness.

(Paul Celan)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Tomas Januska

 

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Ramasse une graine (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2016



Ramasse une graine
installe-la sur ta paume
au centre.

Arrivée au balcon très haut sur la ville, donne-lui une chance

souffle doucement sur elle.

Par l’air qui vient du fleuve
elle sera transférée en direction d’une forêt

dans vingt ans un arbre inattendu
portera témoignage
que la femme née par hasard, elle aussi,
adressait au destin cette miette de l’univers.

(Marie-Claire Bancquart)

Découvert ici: https://ecriturbulente.com/

 

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Témoignage du bonheur éternel (Hsüan Chüeh)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2016



Témoignage du bonheur éternel

Clair miroir du Coeur, reflet sans obstacle
Un tel vide brille, pénètre partout et discerne le monde
Les dix-mille choses s’étalent dans l’apparition d’images
Une perle, parfaite illumination : ni dehors ni dedans

*

(Hsüan Chüeh)

 

 

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PLUS JAMAIS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2016



 

PLUS JAMAIS

Je sais désormais que la vieillesse c’est déjà l’enfer
les remords les regrets les souvenirs
et les expériences l’expérience
ne plus être ce qu’on avait été
ne plus pouvoir aimer
et savoir que l’on pouvait aimer
Les témoignages du temps passé
Ne pouvoir oublier ce qu’on voulait oublier
et ces gloires que l’on sait posthumes
Ne pouvoir recommencer les commencements
Tendre les mains les bras les lèvres
et n’offrir que le néant
les mains vides les bras ouverts les lèvres ouvertes
et puis rien rien que rien
Pas la solitude mais l’absence

(Philippe Soupault)

Illustration: Edouard Vuillard

 

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