Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘témoigner’

L’autre lumière (Gilles Weinzaepflen)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    

L’autre lumière

I
Une fois que la lumière naturelle a perdu tout pouvoir
éclairant, que dans sa pleine intensité elle ne donne
plus à voir que la part d’ombre et qu’ainsi, le processus
d’inversion se met en place, l’autre lumière jaillit.

Ceux qui sont destinés à la recevoir diffèrent sa venue et
n’acceptent que les fragments de ce qui n’a de sens que
dans la totalité.

II
L’autre lumière produit des éclairs répétés et aveuglants.
Celui dont le bonheur visuel défaille sacrifie souvent à
l’aveuglement temporaire qu’elle lui procure. Son être
n’est plus éclairé par une source inégale mais par des
éclairs successifs et identiques, qui ne trouvent de loi
qu’en eux-mêmes. Différente est la lumière du soleil, dont
l’intensité varie.

Ici, il ne s’agit pas d’une lumière pour voir ou être vu,
mais d’une lumière qui voit.

III
Lorsque ces éclairs diminuent puis cessent, l’ébloui se
trouve plongé dans une nuit extrême. Parce que le surcroît de
lumière avec lequel il s’était accoutumé à voir disparaît,
il lui semble que le monde entier s’obscurcit.

Il est nécessaire que l’autre lumière cesse, que l’ébloui
apprenne une seconde fois à voir au moyen de la lumière
naturelle. Le souvenir lumineux témoigne de l’insuffisance
de la lumière naturelle à éclairer le monde. Par lui l’ébloui
va tenter de revenir dans la vision éblouie, à partir de ce
nouveau point de départ qu’est la lumière naturelle.

IV
Dès lors, la nostalgie permet l’illumination complète, qui
consiste en cela : voir dans l’autre lumière, par le seul
moyen de la lumière naturelle dispensée à chacun.

(Gilles Weinzaepflen)

 

Recueil: Noël Jivaro
Traduction:
Editions: Le clou dans le fer

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Présence informelle du silence (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



 

Présence informelle du silence
au coeur de l’homme
comme l’art en témoigne au dehors
La musique dans le ruissellement
des silences
Le poème en son propre dépassement
dans le silence
L’érection sur les sables
des tours de silence

Et si l’éblouissement sans forme
donnait forme à ce qu’il nous inspire

(Michel Camus)

Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une seule matière (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Carole Moutte
    
Une seule matière

Le mystère de l’évidence
nous a-t-il aveuglés ?
Le réel est une construction
que la matière n’abrite pas.
Le monde indéchiffrable
à jamais nous échappe

et nous constitue.

Le Poème, trace d’une langue
perdue, bloc détaché
de l’oubli premier
à jamais témoigne
d’un amour égaré
dans les replis du Temps.

Une seule matière

nous échappe
et nous constitue :
quelle est sa teneur ?
Le Poème dévoile
sans l’éteindre
l’évidence du mystère.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le vol le plus pur (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Illustration: Henri Matisse
    
Le vol le plus pur n’est pas toujours
à l’origine des choses.
Après la chute,
le vol est plus vol encore,

son aile va vers rien ou vers tout
et la beauté qui se brise
est plus de beauté encore.
Ainsi en témoigne le jour.
La lumière naissante
copie seulement la transparence.

Lorsque cette lumière se fracture,
la transparence trouve son corps complet.

La même chose se produit avec la nuit.
L’ombre commence toujours par imiter la mort,
mais au centre vivant de l’ombre
pousse une branche obscure
que la nuit préserve
comme si elle était un chant.
Et à son extrémité la plus lente
il y a une fleur faite de mots.

Après la chute
s’achèvent les différences
entre la nuit et le jour.

Nuit-jour de ce qui veille sans cesse.

***

No siempre el vuelo mas puro
está en el origen de las cosas.
Después de la caida
el vuelo es más vuelo,
su ala va hacia nada o hacia todo,
y la belleza que se rompe
es todavía más belleza.

Así lo prueba el día.
La luz recién nacida
sólo copia la transparencia.

Cuando esa luz se quiebra
la transparencia balla su cuerpo íntegro.

Lo mismo ocurre con la noche.
La sombra comienza siempre por imitar a la muerte,
pero en el centro vivo de la sombra
crece una rama oscura
que la poche preserva
como si fuera un canto.
Yen su extremo más lento
hay una flor hecha de palabras.

Después de la caída
cesan las diferencias
entre la noche y el dia.

Nochedía de lo siempre despierto.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fillette de l’argile fiancée au feu (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Fillette de l’argile fiancée au feu
enfant de la terre moite
villageoise de mousse
d’herbes amères
et d’insectes miroitants
de lierre
et de feuilles
promise au danseur des fagots
chaque branche du bûcher
brindille ronce et genévrier
témoigne de ta folle aventure
au confluent d’Isis et de Geneviève
bergère de nature
et reine d’épée
toi la sainte et toi la fée
toi que l’amour a brûlée.
Fille des souches et des eaux
des flammes s’apprivoisent
du cep au ciel
entre tes doigts
oiseaux cruels.

(Armand Lanoux)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Je t’ai nommé l’indienne (Ernest Pépin)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



    

Je t’ai nommé l’indienne
(Extrait)

1
Femme d’embruns brûlés
Et de bourgeons d’étoile
Qui crayonne les cyclones
La monture des marées
Et par ravine chaude où sommeille ta chaleur
Redonne au monde le bel incendie
La première étincelle
La parole inconsolée des mythes

2
Il fait toujours soleil
Dans la splendeur des songes
Et la roue de tes mains
Lavée du plus beau sang
Au nom du chant des mers disparues
Témoigne

3
Femme aux tempes de pierre polie
Aux temples couleur de jungle
Qui conjure un mauvais sort
Danse de couleuvres
Terre tremblée
Cri mouillé
Femme du fond des nuits
Qui sort les pagaies lumineuses
De sa révolte
Épouse des aurores boréales
Ruche zélée des moussons
Remuant les vagues du commencement

4
Femme
Plus tendre que le coeur du déluge
Un grand sillage phosphorescent
Ta liberté
Feu de l’amour libre
Qui nourrit le soleil
Ta liberté
Mémoire
Tressant
La gerbe des rosées
L’impossible poinçon rouge cousu au front
Des voyances

(Ernest Pépin)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Compagne inconnue (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



Illustration: Ora Tamir
    
Compagne inconnue

Venait-elle à l’encontre
Ô ses mains plus hautes
Donatrices

Venait-elle
L’obole d’une lampe
Aux dicibles clartés

Amie
D’une promesse
Durable de vieillir
Témoigne
Nos mémoires
Iront côte à côte

(Béatrice Douvre)

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

De joie et d’ombre (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




    
De joie et d’ombre

Ange, car il fallut bien le langage
L’ordre exilé malgré la grâce
Ange d’ombre pour dire et l’épaule pour prendre
Appui sur le chemin de la chute à l’effroi

Es-tu jamais aimé, parfois tu te demandes
Si le Verbe repose au fond du geste d’homme

Sais-tu la joie quand l’espérance épuise
L’enfer léger de chaque jour
Le splendide soir de sang ainsi qu’une chaleur
Où la chair en marchant s’accroît de la substance

Ange, ma mort passée mon martyre témoigne
J’ai l’âge dangereux de la si vive absence
Ta beauté maintenant me regarde pourquoi

Ange de joie, pourquoi, tant d’ombre où je souffris?

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pas de partage (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Illustration
    
Pas de partage entre toi et moi
Mais pas de séparation non plus — pareils
À éclair et nuage: pas d’union ni d’association
De quel sang nos corps
Témoignent
Quand le lieu devient temps
Dans la tradition de nos organes
Et que le temps devient lieu?

(Adonis)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qui témoigne pour nos blessures ? (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017



Qui témoigne pour nos blessures ?

C’est par inadvertance que vient
l’arbre dans la terre, c’est par jeu
que la feuille naît dans l’arbre
et nul ne sait pourquoi le vent
et la pluie décident soudain
de se perdre dans ses branches.

Tu pourrais vivre sans savoir
mais qui peut vivre sans témoin ?

C’est par inadvertance que vient
la faim sous la dent, c’est par jeu
que la proie devient mâchoire
et nul ne sait pourquoi le sang
et la blessure décident soudain
de hanter les rêves de la terre.

Tu pourrais vivre sans savoir
mais qui peut vivre sans témoin ?
C’est par inadvertance que vient
la pensée dans la chair, c’est par jeu
que le fantôme revient dans le coeur
et nul ne sait pourquoi la mémoire
et la justice décident soudain
de témoigner pour nos blessures.

(Alain Suied)

découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Jean-Georges Cornélius

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »