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Posts Tagged ‘tempérament’

LA GEÔLIÈRE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration
    
LA GEÔLIÈRE

« Je suis le méchant garde-chiourme
qui des braves gens est honni
je suis gourmand, je suis gourmet
de la douleur des prisonniers.

-Je suis l’indulgent garde-chiourme
ces garçons-là… des assassins ?
Non ! des jeunes qui jettent leur gourme
ou des tempéraments malsains! »

Mais toi, que je tiens en volière
ma juge, amante et vraie geôlière
m’aimes-tu blanc, m’aimes-tu vert ?
(Oeil, avant-garde de l’enfer,
m’aimes-tu pour son goût pervers ?
Ou seulement pour te distraire ?

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

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LES QUATRE TEMPÉRAMENTS (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



LES QUATRE TEMPÉRAMENTS

L’oeil scrutateur mue les rayons du soleil en matraques
policières.
Et le soir: les rires d’une fête dans l’appartement du
dessous
qui jaillissent comme des fleurs irréelles par les rainures
du plancher.

Je roulais dans la plaine. Obscurité. La camionnette
semblait ne pas vouloir quitter les taches.
Un contre-oiseau criait dans le vide étoilé.
Le soleil albinos se dressa au-dessus des lacs opaques
et changeants.

*

Un homme tel un arbre arraché au feuillage croassant
et un éclair au garde-à-vous virent un soleil aux odeurs
de bête sauvage se lever parmi les ailes crépitantes de
l’île rocheuse

et de l’univers pour jaillir derrière les drapeaux d’écume
la nuit comme
le jour avec des oiseaux marins glapissant
sur le pont et tous avaient un billet pour le Désordre.

*

Il suffit de fermer les yeux pour entendre distinctement
que les mouettes font tinter les cloches dominicales au-
dessus des paroisses infinies de l’océan.
Une guitare pince la corde des ronces et le nuage avance

doucement comme le fait la luge verte du printemps
– où est attelée la lumière hennissante –
qui arrive en glissant sur les glaces.

*

Réveillé par les talons de l’amie qui claquaient dans le
rêve
et dehors deux congères pareilles à des gants oubliés
par l’hiver
alors que les tracts du soleil tombaient sur la ville.

La route ne prend jamais fin. L’horizon se hâte de
filer.
Les oiseaux secouent les branches. Et la poussière
danse autour de la roue.
Toutes ces roues qui tournent et réfutent la mort!

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Chanson de Charlemagne (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Rafal Olbinski
    
Chanson de Charlemagne
Blues

1
Quand un homme et une femme
Se rencontrent
Ils ont l’impression de commencer un jeu…
Si par hasard ils s’aiment,
C’est un jeu grave…
Si par-dessus l’ marché
Ils sont jeunes
C’est beaucoup plus grave encore
Car avec l’amour viennent des tas d’ennuis
Des tas d’ennuis…

2
Quand un homme et une femme
Se rencontrent
Ce n’est qu’un jeu charmant qui ravit l’âme
Mais s’ils s’aim’nt et le montrent
Gare à la peine!
Si les deux amoureux
Sont très jeunes
De l’amour naîtra le drame
Car s’il rend heureux l’amour sait fair’ pleurer
Sait fair’ pleurer.

Autre version :
1
Il est bien dangereux
De faire plaisir aux femmes.
On s’esquinte le tempérament
On fait des folies, des folies
Et l’on tape à côté…
De cette façon, on obtient
Un résultat diamétralement opposé
À celui que l’on espérait.

2
Ah! quel sale métier
Que faire plaisir aux femmes.
On en a mal au coeur’ mal aux pieds.
On a la cervelle estropiée
Et l’on s’est bien trompé.
On veut bien faire, on a gaffé
Car on est maladroit toujours dans ce métier.
On s’est trompé et bien trompé!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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NAUSÉE OU C’EST LA MORT QUI VIENT ? (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



 

NAUSÉE OU C’EST LA MORT QUI VIENT ?

Rends-toi, mon coeur.
Nous avons assez lutté.
Et que ma vie s’arrête.
On n’a pas été des lâches,
On a fait ce qu’on a pu.

Oh! mon âme,
Tu pars ou tu restes,
Il faut te décider.
Ne me tâte pas ainsi les organes,
Tantôt avec attention, tantôt avec égarement,
Tu pars ou tu restes,
Il faut te décider.

Moi, je n’en peux plus.
Seigneurs de la Mort
Je ne vous ai ni blasphémés ni applaudis.
Ayez pitié de moi, voyageur déjà de tant de voyages sans valises,
Sans maître non plus, sans richesse et la gloire s’en fut ailleurs,
Vous êtes puissants assurément et drôles par-dessus tout,
Ayez pitié de cet homme affolé qui avant de franchir la barrière vous crie déjà son nom,
Prenez-le au vol,
Qu’il se fasse, s’il se peut, à vos tempéraments et à vos moeurs,
Et s’il vous plaît de l’aider, aidez-le, je vous prie.

(Henri Michaux)

Illustration: William Blake

 

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L’escargot (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2016



L’escargot

Est-ce que le temps est beau ?
Se demandait l’escargot
Car, pour moi, s’il faisait beau,
C’est qu’il ferait vilain temps.
J’aime qu’il tombe de l’eau.
Voilà mon tempérament.
Combien de gens, et sans coquille,
N’aiment pas que le soleil brille.
Il est caché ? Il reviendra !
L’escargot ? On le mangera.

(Robert Desnos)

 

 

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