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Poésie

Posts Tagged ‘tenace’

Naturel (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2020


Atteint le regard la chose naturelle
passe le chien avec ses taches de hasard
un brin d’herbe siffle au vent
la peur prend au sentier étroit
plein de fourmis allant à leurs travaux
de fougères géantes.
Etrangeté terrestre
tenace éblouie.

(Jean Follain)

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Renaissance (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020



Illustration: Nicholas Roerich

    

Renaissance

La félicité divine n’atteint pas si tôt sa plénitude en nous,
tout ne finit pas pour nous en une vie ;
il n’est pas de terme à notre esprit
ni à la joie qu’il recherche.

Nos âmes et le ciel sont d’égale stature
et de naissance immémoriale ;
impérissable semence, moule infini de la Nature,
ils ne furent point façonnés sur terre,

ni à la terre ne lèguent-ils leurs cendres,
mais en eux-mêmes ils perdurent.
Un avenir sans fin affleure sous tes paupières,
enfant d’un passé sans fin.

De vieux souvenirs nous reviennent, de vieux rêves nous submergent,
êtres disparus que nous avons connus,
fictions et portraits ; cadres insaisissables –
ils se détachent, austères et solitaires.

Tous nos espoirs, tous nos rêves, trésors du souvenir,
sont prévisions mal déchiffrées,
mais de quelle vie, de quel lieu? Seul peut le dire
qui mesura les cieux illimités.

Le Temps est une convention tenace ; avenir et présent
vivaient dans le passé ;
ils sont une même image que nos volontés complaisantes
en trois plans ont projetée.

Le passé oublié est en nous immortel,
nos naissances et la fin proche
déjà accomplies. Vers une cime, à bout de souffle,
parfois nos âmes s’élèvent,

d’où notre pensée revient fortifiée ; car en surgit
l’immense océan du Temps
dont la houle infinie s’étend devant nos yeux,
et ses sublimes symphonies ;

et parfois, levant ce voile du mental
l’esprit regarde et voit
les âges disparus dont héritent nos vies
et les siècles à venir :

il voit des royaumes labourés par les vagues refouler l’océan –
là où surgi des troubles profondeurs
se dresse maintenant Himâlaya, il voit la marche formidable
des flots mesurer la moitié du monde ;

ou bien derrière nous, la trame se dénoue
et sur ses fils nous contemplons –
courses anciennes des étoiles, lieux jadis parcourus
dans un temps dont le souvenir s’est effacé.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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La femme cueille doucement (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2019



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La femme cueille doucement
le champignon dénommé marasme fraternel
un lézard gris vert
frôle une feuille immense à grosses nervures.
Près d’une masure
qu’entoure du blé noir
l’homme a pêché une brème carpée
il en est content, regarde l’horizon
le temps divisé par les horloges
qui sonnent l’une l’autre
va vers un avenir tenace.
Survient le sentiment du vide.

(Jean Follain)

 Illustration

 

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RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI

Quoi! toujours toi, quand rien de moi ne t’aime,
De ma personne indétrônable roi,
Ô monotone et tenace moi-même,
Gui parasite au sein d’un meilleur Moi!
Traînant partout tes humeurs inégales,
Tes muscles mous et tes nerfs anxieux,
Et ton cœur sec et tes sens vicieux,
Tes viles soifs, tes grossières fringales,
Quoi! toujours toi!

Quoi! toujours toi, toujours avide et vide,
Tenté d’agir, vautré sur le tapis,
Bouffi mais creux, arrogant mais pavide,
Menteur, jaloux, glouton, paillard et pis!
Jusques à quand faut-il que je t’endure,
Plat compagnon à mes pas attaché,
Fâcheux démon en mon ange caché,
Suppôt d’orgueil, d’envie et de luxure?
Quoi! toujours toi!

J’ai beau vouloir te noyer dans les veilles,
Dans le travail, le plaisir et le vin :
Sous mon habit toujours tu te réveilles
Aussi présent, aussi banal et vain.
Hôte indiscret, en moi tu fais demeure;
Toujours chassé tu ramènes toujours
Tes bas désirs et tes pauvres amours,
Et pas un être en qui te perdre une heure…
Quoi! toujours toi!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



    

RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER

Combien de temps, tête sempiternelle,
Te faudra-t-il penser et repenser,
Tel l’aiguilleur reclus dans sa tourelle,
Guetteur raidi du train qui va passer ?
Au roulement des rapides idées
Ouvrant ou non les disques lumineux,
Combien de temps, leviers vertigineux,
Dois-je mouvoir vos tiges recoudées?
Combien de temps?

Combien de temps, radoteuse cervelle,
Dois-je sentir ta roue en moi tourner,
Virer au vent et voleter ton aile,
Et sous ta meule un grain dur s’enfourner?
Combien de temps, machine tyrannique,
De ton tiquant, de ton taquant moulin,
Où toujours entre et d’où sort un sac plein,
Me faudra-t-il servir la mécanique?
Combien de temps?

Combien de temps,
Dans la guérite où je
Me faudra-t-il garder
Tenace Esprit qui ne
nocturne sentinelle,
dois m’enfermer,
ta citadelle,
veux désarmer?
Le poing toujours sur le pommeau du glaive,
Prêt à jeter l’anxieux Qui va là,
Combien de temps, dans le trou que voilà,
Me faudra-t-il attendre la relève?
Combien de temps?

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Presque toutes les choses resteront à dire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Presque toutes les choses
resteront à dire.
C’est trop que de recommencer du début
ce qu’il faut dire.

Seule notre parole
nous donne une réalité.
Les paroles des autres
tantôt nous affirment la bouche
et tantôt nous déplacent
ce qu’il faut dire.

Et ainsi arriverons-nous à la fin,
réels à moitié,
entravés également
par ce qu’il ne faut pas dire.

Nous poursuivrons la quête
de la clé introuvable.
Et quelquefois nous éprouverons
une fleur verbale dans le vide,
une fleur non complètement étrangère
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

***

Quedarán por decir
casi todas las cosas.
Es demasiado empezar otra vez desde el comienzo
lo que hay que decir.

Sólo nuestra palabra
nos vuelve realidad.
Las palabras ajenas
a veces nos afirman la boca
y otras veces nos desplazan
lo que hay que decir.

Y así llegaremos al final,
reales a medias,
coartados también
por lo que no hay que decir.

Seguiremos buscando
la combinación inhallable.
Y a veces sentiremos
una flor verbal en el vacío,
una flor no totalmente ajena
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Le Désir de peindre (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



 

Le Désir de peindre

Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire!

Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite,
comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit.
Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu!

Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante.

En elle le noir abonde: et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond.
Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère,
et son regard illumine comme l’éclair:
c’est une explosion dans les ténèbres.

Je la comparerais à un soleil noir,
si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur.
Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence;
non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée,
mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent;
non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs,
mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée,
que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée!

Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie.
Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible,
éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse,
qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.

Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles;
mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.

(Charles Baudelaire)

 

 

 

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Inaugurer la transparence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Illustration: Laurence Dutilleul
    
Inaugurer la transparence.
Voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l’autre côté,
traverser de part en part
l’illusion tenace d’être quelque chose.
Non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.

Et plus encore :
inaugurer la transparence
c’est abolir un côté et l’autre
et trouver enfin le centre.
Et c’est pouvoir suspendre la quête,
parce qu’elle n’est plus nécessaire,
parce qu’une chose cesse d’être interférence,
parce que l’au-delà et l’en-deçà se sont unis.

Inaugurer la transparence
c’est te découvrir à ta place.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Vitalité (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Vitalité

Ce jour-1à
Tout ravivait l’espérance

Était-ce cette musique intime
Venue on ne sait d’où ?
Ou cette bouffonnerie joyeuse
Qui s’empare parfois de nos coeurs
Transformant chaque ride en rire
Chaque broussaille en horizon ?

Était-ce un écho
Qui comble soudain l’appel ?
Un rayon qui transperce les mailles ?
Une présence qui écarte les barreaux ?
Était-ce l’oiseau tenace
Balayant de ses ailes nos laborieux chagrins ?

Ce jour-1à la vie
Fendit ses écorces
Pour s’ébattre sans entraves
Dans tout l’espace du corps.

(Andrée Chedid)


Illustration

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Pour mon Coeur (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2018




    
Pour mon Coeur

Mystérieux, amer et terrible, ô mon coeur,
Eloigne enfin de toi la haine et la rancoeur !

Sache combien est grand ce bienfait qu’on te donne
De pouvoir pardonner, ô mon coeur ! et pardonne !

Ne garde plus l’amer souvenir des joies dues !
Et qu’il soit comme un mot effacé sur les nues !

Sois léger et sois doux comme l’ombre d’une aile,
O mauvais coeur, tenace et méchant et fidèle !

O mon coeur ! exhalant, dans un vaste soupir,
Le pardon retenu, sache enfin t’attendrir !…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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