Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tendre’

Cygnes (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020




    
Cygnes

Quand Un fit l’amour avec Zéro
Les sphères embrassèrent les tores
Et les nombres premiers s’avancèrent
Tendant leurs mains vers les frais sycomores
Et les fractions continues blessées à mort
Dans le torrent des décimales muettes se couchèrent

Quand B fit l’amour avec A
Les paragraphes s’embrassèrent
Les virgules s’avancèrent
Tendant leur cou par-dessus les ponts de fer
Et l’alphabet blessé za mort
S’évanouit dans les bras d’une interrogation muette

(Raymond Queneau)

 

Recueil: L’instant fatal
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

VERS (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



VERS

Une tige porte
la tendre gloire
du bleu
la fumée
du contour.

L’arabesque
se défait
sous nos yeux.

Se refaisant
de ce peu
qu’elle est.

En suspens.

(Jean Mambrino)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , | 2 Comments »

Terrain poussiéreux à droite des morts (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020




    
1
Terrain poussiéreux à droite des morts,
Et au loin bleuissaient les eaux.
« Va-t’en au couvent, me dis-tu alors,
Ou bien va épouser un sot… »

C’est là d’un prince le banal refrain
Mais je n’oublie pas ces paroles –
Qu’elles ruissellent cent siècles au moins,
Cape d’hermine à mes épaules.

2
Et comme sans vouloir le dire,
Je lui dis : « Tu… »
Sur ses traits l’ombre d’un sourire
Est apparue.

À ces lapsus, l’oeil le moins tendre
S’enflamme presque.
Oui, je t’aime comme quarante
Soeurs de tendresse !

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

VILLE (David Hofstein)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Sylvie Bartczak
    
VILLE

Ville!
De très loin tu m’as appelé
Avec tes écheveaux de fer,
Je te voyais toujours du haut des monts,
De très loin tu m’as attiré
Avec l’aimant
Des clartés, des miroitements,
Tu m’as leurré
Et tu m’as capturé !
Tu as transpercé
La paix de ma maison champêtre
Avec le sifflement des trains,
Effrité, fracassé,
Avec le tremblement des rails,
Dans les hauteurs toujours se balançait
Toujours s’avançait
L’inquiétude de tes échos ensorcelés,
Ville!
Tu m’as capturé !

Sous mes yeux éblouis
Ton corps de pierre omnipotent
S’étend à présent
Au hasard des champs et des bois,
Avec ses tuyauteries enracinées dans les profondeurs
de la terre,
Les bras écartelés,
Étage sur étage, cour sur cour,
Caisse sur caisse, pièce sur pièce,
Noir par le bas et scintillant dans l’altitude,
Aiguisé par les toits, dentelé par les tours,
De rails reptiliens noué et ceinturé,
Tendu, enchevêtré,
De toiles d’araignées de fer,
Ville !
Tu m’as capturé!

(David Hofstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

VIN D’HAVDALA (Myriam Ulinover)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
VIN D’HAVDALA

Chacun boit le vin d’Havdala,
J’en bois moi-même quelques gouttes,
Grand-mère me dit, tendre et grave:
— Ma chère enfant sois avertie

Qu’à boire le vin d’Havdala
La barbe vient aux jeunes filles,
C’est écrit noir sur blanc là-bas
Dans l’armoire aux anciens livres.

Tremblante de frayeur je palpe
Mon petit menton: Dieu merci
Il est tendre et lisse. Rien d’autre
Que la peur ne le hérisse!

(Myriam Ulinover)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MAINS (Moshe Broderson)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Auguste Rodin
    
MAINS
D’après une sculpture de Rodin

Vous avez des mains de silence et de douleurs, si douces,
Des doigts tout droit tendus comme des menorah,
Chaque ongle est de nacre, une flamme rose,
Chacun recèle un sortilège.
Un secret du Seigneur,
Une marque de sa bonté.
J’étreins le coeur chantant alleluia
Du proche inconnu, du lointain bonheur,
J’endors les mains aimées si douces caressantes
Moi tout à coup devin du secret des secrets.

(Moshe Broderson)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

GRAVE QUESTION (Armand Do)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020




GRAVE QUESTION

C’est un long jardin à promenade
Tendre; j’imagine que c’est là
Où Pierrot donnait la sérénade
A la fille du Pulcinella.

Or, voilà qu’une Anglaise rouquine,
Jeune qu’on présume fille au pair,
Les bras nus et la jupe coquine,
Y promène un mouflet au bon air.

Et, lorsque la belle Albion repose
Ses charmes délicats sur un banc,
Je regarde, troublé, et je n’ose
Surprendre le bucolique instant.

La beauté que j’admire à mon aise
Est-elle dans l’air du temps, ou bien
Dans l’âme rêveuse de l’Anglaise,
Ou dans le genou marmoréen ?

(Armand Do)

Illustration: Delphin Enjolras

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les anges (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



Illustration: Giovanni Giacometti
    
Les anges Nella
ne sont pas
comme on voit dans la peinture
des serviteurs aux mains de femme
des messagers aux manières tendres
aux ailes sucrées
Les anges c’est vrai nous amènent quelque chose
mais avant de l’amener
il leur faut débarrasser notre coeur
de tout ce qui l’encombre
comme on passe une éponge sur la table
avant d’y déplier une dentelle
une soie très fragile
qu’un rien pourrait salir

Les anges comme je les sais
n’ont qu’un seul travail
qui est d’arrêter de suspendre
interrompre la vie ordinaire
l’eau courante de la vie
comme on dresse un barrage sur un fleuve
pour avoir un peu plus d’eau d’énergie
Après on peut reprendre poursuivre
après on peut entendre
la bonne nouvelle
de vivre
après seulement

Les anges ne sont pas des personnes
ne sont que des silences
de purs silences gardiens
On peut en voir souvent
si on regarde bien
dans les jardins publics
auprès d’une femme
penchée sur son enfant
ou d’un arbre
incliné sur son ombre

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tremblant trouvère (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Tremblant trouvère

Je pense à tes yeux qui trouent les nuages
Je pense à ton visage
N’oublie pas petite
Que les nuits et les jours sont mariés à jamais

Je pense à la marraine du vent
Qui a jeté sa coiffe au fond des mares noires
Je pense à tes yeux
Je pense à ton corps à sa soif d’orage à sa soif d’eau pure
Crois-moi petite les jours et les nuits
Ont même visage aux cendres de l’amour

N’oublie pas
N’oublie pas petite que l’amour est un fruit
Pour tant de mains tremblant dans le feuillage du soir
Je pense à tes seins qu’un sanglot gonfle encore
Je pense à tes yeux qui se ferment lentement

Crois-moi petite
Et n’oublie pas que l’amour vient vite
Et n’oublie pas ces nuits qui ne sont pas venues
Et n’oublie pas ces joies passées on ne sait où
Et n’oublie pas que l’amour s’en va vite

(Robert Momeux)

Illustration: Francine Van Hove

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PERPLEXITÉ (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2019




    
PERPLEXITÉ

En sortant de sa cabane
le bûcheron se demande
s’il ne va pas neiger

pas un nuage
le bûcheron regarde le thermomètre
il fait trente-trois degrés

pas une brise
le bûcheron regarde le calendrier
on est le quatorze juillet

pas un souffle
le bûcheron suce son index
et le tend vers le ciel

le soleil fleurit
inondant la clairière

de ses étincelles
on ne saurait trop se méfier
le bûcheron se demande
s’il ne va pas neiger

(Raymond Queneau)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :