Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tendre’

Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lamento (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

belle-de-nuit-4897

Lamento

Connaissez-vous la blanche tombe
Où flotte avec un son plaintif
L’ombre d’un if ?
Sur l’if, une pâle colombe,
Triste et seule, au soleil couchant,
Chante son chant :

Un air maladivement tendre,
À la fois charmant et fatal,
Qui vous fait mal,
Et qu’on voudrait toujours entendre ;
Un air, comme en soupire aux cieux
L’ange amoureux.

On dirait que l’âme éveillée
Pleure sous terre à l’unisson
De la chanson,
Et du malheur d’être oubliée
Se plaint dans un roucoulement
Bien doucement.

Sur les ailes de la musique
On sent lentement revenir
Un souvenir ;
Une ombre de forme angélique
Passe dans un rayon tremblant,
En voile blanc.

Les belles-de-nuit, demi-closes,
Jettent leur parfum faible et doux
Autour de vous,
Et le fantôme aux molles poses
Murmure en vous tendant les bras :
« Tu reviendras ? »

Oh ! jamais plus, près de la tombe,
Je n’irai, quand descend le soir
Au manteau noir,
Ecouter la pâle colombe
Chanter sur la branche de l’if
Son chant plaintif !

(Théophile Gautier)

Illustration

 

http://www.fond-ecran-image.com/galerie-membre/membre-59014.html

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le lieu où ils gisaient, il avait un nom (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Le lieu où ils gisaient, il avait
un nom- Ils n’en avait pas
Ils ne gisaient pas là. Quelque chose
gisait en eux. Ils ne voyaient pas à travers.

C’est moi, moi,
je gisais entre vous, j’étais
ouvert, j’étais
audible, je tendais les doigts vers vous, votre souffle
obéissait, c’est
toujours moi, vous
dormiez n’est-ce pas ?

(Paul Celan)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sous tes étoiles blanches (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



 

Sous tes étoiles blanches

sous tes étoiles blanches
tends-moi ta blanche main.
mes mots qui sont des larmes
dans ta main désirent repos.
vois leur éclat s’assombrir
sous mon regard encavé,
aucun abri je ne trouve
pour en retour te les offrir.

mais je voudrais, dieu familier,
te léguer mes possessions,
car en moi brûle un feu
et en le feu mes journées.
toujours entre caves et trous
pleure ce calme meurtrier.
grimpant plus haut – dessus les toits
je te recherche : où es-tu, où ?

me pourchassent avec démence
arrière-cours, escaliers criards.
pendu en corde de violon rompue
pour toi pourtant je chante encore :
sous tes étoiles blanches
tends-moi ta blanche main.
mes mots qui sont des larmes
dans ta main désirent repos.

***

Unter dayne vayse shtern

unter dayne vayse shtern
shtrek tsu mir dayn vayse hant.
mayne verter zaynen trern,
viln ruen in dayn hant.
ze, es tunklt zeyer finkl
in mayn kelerdikn blik,
un ikh hob gornit keyn vinkl
zey tsu shenken dir tsurik.

un ikh vil dokh, got, getrayer,
dir fartroyen mayn farmeg,
vayl es mont in mir a fayer
un in fayer mayne teg.
nor in keler un in lekher
veynt di merderishe ru.
loyf ikh hekher – iber dekher
un ikh zukh: vu bistu, vu?

nemen yogn mikh meshune
trep un hoyfn mit gevoy.
heng ikh a geplatste strune
un ikh zing tsu dir azoy:
unter dayne vayse shtern
shtrek tsu mir dayn vayse hant.
mayne verter zaynen trern
viln ruen in dayn hant.

***

אונטער דײַנע ווײַסע שטערן

אונטער דײַנע ווײַסע שטערן
שטרעק צו מיר בײַן װײַסע האַנט.
מײַנע װערטער זײַנען טרערן
װילן רוען אין דײַן האַנט.
זע, אעס טונקלט וײער פֿינקל
אין מײַן קעלערדיקן בליק
און איך האָב גאָרניט קײן װינקל
זײ צו שענקען דיר צוריק.

און איך װיל דאָך, גאָט, געטרײַער,
דיר פֿאַרטרױען מײַן פֿאַרמעג.
װײַל אעס מאָנט אין מיר אַ פֿײַר
און אין פֿײַער מײַנע טעג.
נאָר אין קעלער און אין לעחער
װײנט די מערדערישע רו.
לױפֿ איך העחער – איבער דעחער
און איך זוך: װוּ ביסטו, װוּ?

נעמען יאָגן מי משונה
טרעפ און הױפֿן – מיט געװױ.
הענג איך אַ געפלאַצטע סטרונע
אין איך זינג צו דיר אַזױ:
אונטער דײַנע ווײַסע שטערן
שטרעק צו מיר בײַן װײַסע האַנט.
מײַנע װערטער זײַנען טרערן
װילן רוען אין דײַן האַנט.

(Avrom Sutzkever)

 Illustration: Zoran Music

Merci à « MarronBleu » pour la découverte de ce poète https://cequetesyeuxvairons.wordpress.com/

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Terre ne t’inspirerait plus (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

La Terre ne t’inspirerait plus
Ô rêveuse solitaire ?
Si la passion trahit, la Nature
Cessera-t-elle d’incliner?

Ton esprit toujours s’avance
Dans des régions pour toi obscures ;
Révoque sa vaine errance —
Reviens demeurer avec moi —

Je sais que mes brises sauvages
T’enchantent encore et t’apaisent.
Je sais que mon soleil te charme
Malgré ta volonté rebelle —

Quand le jour dans le soir se fond
Et sombre au ciel de l’été,
J’ai vu, en une tendre adoration
Ton esprit se prosterner —

Je t’ai guettée à toute heure.
Je sais mon puissant empire —
Je sais mon magique pouvoir
De chasser tes chagrins —

Peu de coeurs parmi les mortels
Sur terre languissent aussi fort
Mais nul ne désire autant un Ciel
Plus semblable à cette Terre.

Alors laisse mes vents te caresser —
Accepte-moi pour compagne.
puisque rien d’ autre ne peut te combler
Reviens demeurer avec moi —

***

Shall Earth no more inspire thee,
Thou lonely dreamer now ?
Since passion may not fire thee
Shall Nature cease to bow ?

Thy mind is ever moving
In regions dark to thee ;
Recall its useless roving —
Come back and dwell with me —

I know my mountain breezes
Enchant and soothe thee still.
I know my sunshine pleases
Despite thy wayward will.

When day with evening blending
Sinks from the summer sky,
I’ve seen thy spirit bending
In fond idolatry —

I’ve watched thee every hour.
I know my mighty sway —
I know my magic power
To drive thy griefs away —

Few hearts to mortals given
On earth so wildly pine
Yet none would ask a Heaven
More like the Earth than thine.

Then let my winds caress thee —
Thy comrade let me be.
Since nought beside can bless thee
Return and dwell with me —

(Emily Brontë)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Carte du Royaume des Précieuses (Charles Sorel)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



La Carte du Royaume des Précieuses

On s’embarque sur la Rivière de Confidence
pour arriver au Port de Chuchoter.

De là on passe par Adorable, par Divine, et par Ma Chère,
qui sont trois villes sur le grand chemin de Façonnerie
qui est la capitale du Royaume.

A une lieue de cette ville est un château bien fortifié
qu’on appelle Galanterie.
Ce Château est très noble,
ayant pour dépendances plusieurs fiefs,
comme Feux cachés, Sentiments tendres et passionnés
et Amitiés amoureuses.

Il y a auprès deux grandes plaines de Coquetterie,
qui sont toutes couvertes d’un côté par les Montagnes de Minauderie
et de l’autre par celles de Pruderie.

Derrière tout cela est le lac d’Abandon,
qui est l’extrémité du Royaume.

(Charles Sorel)

voir ici: Carte DE Tendre (et pas « du ».. Tendre est un Pays.. un BEAU Pays!)  de Madeleine de Scudéry (15/11/1607  02/06/1701)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_de_Tendre
http://www.miscellanees.com/t/tendre01.htm

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La nuit, quand le pendule de l’amour balance (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017



La nuit, quand le pendule de l’amour balance
entre Toujours et Jamais,
ta parole vient rejoindre les lunes du cœur
et ton œil bleu,
d’orage tend le ciel à la terre.

D’un bois lointain, d’un bosquet noirci de rêve
l’Expiré nous effleure
et le Manqué hante l’espace, grand comme les spectres du futur.

Ce qui maintenant s’enfonce et soulève
vaut pour l’Enseveli au plus intime :
embrasse, aveugle, comme le regard
que nous échangeons, le temps sur la bouche.

(Paul Celan)

Illustration: Sonia Deshayes

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A la Fontaine des Fougères (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



A la Fontaine des Fougères
la rose épousait le lierre.
Sur la rivière
amoureuse enjambée
les bons enfants émerveillés
jouaient à pigeon-vole à coeur flambé
à tendre-alarme
sur la rive sans fin
du tour des larmes
à Pêche-Martin
à Colombe poignardée.

(Armand Lanoux)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il n’y eut jamais d’âme aussi aimante (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2017



 

Il n’y eut jamais d’âme aussi aimante
ou aussi tendre que la mienne,
aussi pleine de gentillesse,
de compassion,
de tout ce qui touche
à la tendresse et à l’amour.

Mais il n’est pas d’âme
aussi esseulée que la mienne.

(Fernando Pessoa)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tes gestes (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017



 

Francois Martin-Kavel_  _1

Tes gestes

Plus tendres qu´un aveu
Tes gestes me désarment
Ta main dans tes cheveux
Ou qui sèche une larme
Tu mêles savamment
L´innocence et le charme
Ta jupe de quinze ans
Et tes jambes de femme

Tes bras encore si frêles
Deviennent rassurants
Quand tu donnes à l´enfant
Ta douceur maternelle
Dis-moi qui t´a appris
A effleurer ma bouche
Toi qui suces ton pouce
Quand tu es endormie

Plus belle qu´une ondine
Quand tu sors du bain
Tu caches ta poitrine
Dans la paume des mains
Les hanches insolentes
A chaque mouvement
Une bouche gourmande
Et des yeux innocents

Le soleil apprivoise
Ton corps à contre-jour
Et trouble les contours
De ton ombre chinoise
Dis-moi qui t´a appris
A effleurer ma bouche
Toi qui suces ton pouce
Quand tu es endormie

Comme une adolescente
A son premier désir
Experte et maladroite
Offerte à ton plaisir
Tu es en même temps
Princesse, courtisane
Une fille, une femme
Et la mère, et l´enfant

Je te regarde vivre
Tu me redonnes vie
Tes gestes me délivrent
De tout ce que je suis

(Georges Moustaki)

Illustration: Francois Martin-Kavel

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 7 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :