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Posts Tagged ‘tendre’

Je chante haut pour m’entendre (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

Giampaolo Ghisetti -  (18)

Je chante haut pour m’entendre,
Car la nuit est noire et sans voix ;
— La route est molle et la terre est tendre
Il a plu trois jours sur les bois.

Je frappe le sol en cadence
Du bout de mon bâton ferré
— Ici, l’ombre des bois est si dense
Qu’en plein jour on n’y verrait.

Je guette des voix à l’orée
Plus pâle, là-bas, vers la plaine ;
— Rien ne sonne à travers la forêt
Que ma voix et mes pas qui peinent.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

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IMITATION DES FLEURS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

IMITATION DES FLEURS

Puisque l’on vous dit
que les fleurs parlent
n’écoutez plus les gigolos
Imitez donc les abeilles
les papillons les coccinelles

Les lilas sont infidèles
bien plus que les artichauts
les chardons et les résédas
Imitez donc la glycine tendre
comme la poitrine d’un oiseau

Votre emblème n’est-il pas la pensée
coeur clairvoyant fleur sincère
aussi fragile qu’une larme
mais après les fleurs de la terre
acceptez toutes les fleurs du ciel
qui chantent le jour rêvent la nuit

(Philippe Soupault)

Illustration: Nita Bertaudière

 

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ROMANCES SANS PAROLES (Charles Le Goffic)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



 

Louis Garin  Bois CDC [1280x768]

ROMANCES SANS PAROLES

Fraîche et rieuse et virginale,
Vous m’apparûtes à Coatmer,
Blanche dans la pourpre automnale
Du soleil couchant sur la mer.

Et la mer chantait à voix tendre,
Et, des terrasses du ciel gris,
Le soir penchait ses yeux de cendre
Sur les palus endoloris.

Et je crois que nous n’échangeâmes
Ni baiser vain, ni vain serment.
Le soir descendait en nos âmes,
Et nous pleurâmes seulement.

(Charles Le Goffic)

Illustration: Louis Garin

 

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Pas d’ouverture, de trouée (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2019



Illustration : Pierre Faure
    
Pas d’ouverture, de trouée,
aucune perspective ouverte,
nul signe à capter…

Ce n’est pas faute
d’avoir tant que j’ai pu, de pas en pas,
tenté le diable, ouvert les yeux,
tendu les bras…

Mais pas de point lumineux,
je me souviens.
Pas avancé d’un pas.
Regard fixé là-devant,
en aveugle.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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Dieu (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Jeannette Guichard-Bunel
    
Dieu

Je sens Dieu marcher
tellement en moi, avec le soir et la mer.
Ensemble nous allons avec lui. La nuit tombe.
Ensemble nous sombrons dans la nuit, orpheline Solitude…

Mais je sens Dieu. Et même il semble
qu’il me dicte je ne sais quelle bonne couleur.
Comme un hospitalier, il est bon et triste;
s’étiole un tendre dédain d’amoureux :
son coeur doit lui faire très mal.

Oh, mon Dieu, je m’approche tout juste de toi,
maintenant que j’ai tant d’amour ce soir; maintenant
que dans la fausse balance des seins,
je mesure et pleure une fragile Création.

Et toi, comme tu pleureras… Toi, amoureux
d’un si énorme sein giratoire…
Je te sacre DIEU, parce que tu aimes tant;
parce que tu ne souris jamais; parce que ton coeur
toujours doit te faire très mal.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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CLOUÉE (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2019




Illustration: Salvador Dali

    
CLOUÉE

Clouée au pilori de la honte
D’une conscience ancestrale,
Serpent au coeur et marque rouge au front,
Je dois crier mon innocence.

J’affirme que règne dans mon coeur
La paix sereine d’une communiante.
Et que, main tendue, sans pudeur
J’ai mendié sur les places le bonheur.

Fouillez vous-mêmes tous mes coffres
Suis-je devenue aveugle ? Dites,
Où est l’argent, où l’or ? Car dans ma main
Je tiens — quoi ? Une poignée de poussière.

C’est tout ce que j’ai su, mendiante flatteuse,
Reprendre à ceux qui tiennent le bonheur
Et que j’emporterai dans le creux de ma main,
Au pays des amours silencieuses.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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Aimer, aimer de tout son coeur (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Aimer, aimer de tout son coeur,
De tout son coeur pétri d’ardeur…
Et puis un jour triste, ô surprise !
Savoir que l’on s’était méprise,
Que l’on aimait de tout son coeur,
De tout son coeur pétri d’ardeur,
Qui jamais ne sut rien comprendre
A cet amour si pur, si tendre…
… Et pourtant lui garder tout un coin de son coeur,
De ce coeur tout pétri d’ardeur.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Diane Marineau

 

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STANCES (Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



STANCES

Pleurez avec moi, tendres fleurs,
Apportez, ormeaux, les rosées
De vos mignardes épousées,
Mêlez vos pleurs avec les pleurs
De moi désolé qui ne puis
Pleurer autant que j’ai d’ennuis !

Pleurez aussi, aube du jour :
Belle Aurore, je vous convie
A mêler une douce pluie
Parmi les pleurs de mon amour,
D’un amour pour qui je ne puis
Trouver tant de pleurs que d’ennuis !

Cygnes mourants, à cette fois
Quittez la Touvre Engoumoisine
Et mêlez la plainte divine
Et l’air de vos divines voix,
Avec moi chétif qui ne puis
Pleurer autant que j’ai d’ennuis !

Oiseaux qui languissez marris,
Et vous, tourterelles fâchées,
Ne contez aux branches séchées
Le veuvage de vos maris
Et pleurez pour moi qui ne puis
Pleurer autant que j’ai d’ennuis !

Pleurez, ô rochers, mes douleurs
De vos argentines fontaines
Pour moi qui souffre plus de peines
Que je ne puis trouver de pleurs,
Pour moi douloureux qui ne puis
Pleurer autant que j’ai d’ennuis !

(Agrippa d’Aubigné)

 

 

 

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Evasion (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2019



Evasion

Le vert du feuillage
Eclate d’un rire de jeunesse
Sur le bleu tendre du ciel
Et s’élève des roses
Un parfum de velours

Le matin glisse sans bruit
Je quitte la maison
Où mes désirs sont captifs
Pour respirer la joie
Au milieu des champs

J’écoute le rire des pierres
Sur les lèvres du chemin
Je croque à belles dents
Dans la chair du jour

Sous un ciel comblé
De nuages folâtres
Qui broutent la colline
La surface de l’étang
Reflète la paix
Des eaux profondes

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: ArbreaPhotos

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Premières journées de chaleur (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



Mark Berens 170194 [800x600]

Premières journées de chaleur.
Etouffant.
Toutes les bêtes sont sur le flanc.
Quand la journée décline,
la qualité étrange de l’air au-dessus de la ville.

Les bruits qui montent et s’y perdent comme des ballons.
Immobilité des arbres et des hommes.
Sur les terrasses, mauresques
qui devisent en attendant le soir.
Café qu’on grille et dont l’odeur monte aussi.

Heure tendre et désespérée.
Rien á embrasser.
Rien où se jeter à genoux,
éperdu de reconnaissance.

(Albert Camus)

Illustration: Mark Berens

 

 

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