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Poésie

Posts Tagged ‘tendre’

Intangible (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Daria Petrilli   
    
Intangible

Nul n’oserait frôler l’effilement des doigts
Que je tends en un geste indifférent et triste.

L’amour n’a point d’écho pour répondre à ma voix,
Nul n’ose interroger mes regards d’améthyste…

Car moi, fille royale, ainsi je l’ai voulu,
Sachant que mon bonheur était dans le silence…

Seuls, les beaux chants lointains de l’autrefois m’ont plu,
Car c’est vers l’autrefois que mon âme s’élance…

Et nul n’ose troubler la sombre paix d’un seuil
Que garde l’inconnu. Mais j’y règne, impassible…

J’y sers obscurément le Dieu de mon long deuil…
Nul n’ose m’approcher… Car je suis l’Intangible…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Pèlerinage (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Egon Schiele
    
Pèlerinage

Il me semble n’avoir plus de sexe ni d’âge,
Tant les chagrins me sont brusquement survenus.
Les Temps se sont tissés… Et me voici pieds nus,
Achevant le terrible et long pèlerinage…

Je sais que l’aube d’or ne sait que décevoir,
Que la jeunesse a tort de suivre les chimères,
Que les yeux ont trompé… Mes lèvres sont amères…
Ah ! que la route est longue et que lointain le soir !

Et la procession lente et triste défile
De ces implorateurs que lasse le chemin.
Parfois on me relève, une me tend la main,
Et tous nous implorons le Divin Soir tranquille !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Adieux à la Sirène (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



    Illustration: Victor Nizovtsev
    
Adieux à la Sirène

Je t’ai gardée, auprès de moi, toute une nuit…
Et maintenant retourne à la mer, ma Sirène !
Vers la mer, tour à tour menaçante ou sereine,
Car ton front se détourne et mon regard te fuit…

Retourne à cette mer toujours renouvelée,
Vers laquelle en secret ton songe amer revient,
Qui t’a bercée, et qui t’appelle et te retient,
Grande comme les cieux, et, comme eux, étoilée !

Toi que mes yeux en pleurs ne reverront jamais,
Qui ne peux habiter la maison chaude et tendre
Où fut notre bonheur, qui ne peux plus m’entendre,
Va, plonge dans les flots, Sirène que j’aimais !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Oiseaux dans la Nuit (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017




    
Oiseaux dans la Nuit

CETTE nuit, des oiseaux ont chanté dans mon coeur…
C’était la bonne fin de l’ancienne rancoeur…
J’écoutais ces oiseaux qui chantaient dans mon coeur.

Dans ma grande douleur, la nuit me fut clémente
Et tendre autant que peut se montrer une amante.
Ce fut la rare nuit qui se montra clémente.

Dans son ombre, j’ouïs le chant de ses oiseaux
Et je dormis enfin… Mes songes furent beaux
Pour avoir entendu le chant de ces oiseaux…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Echappée à l’oeil des gens (Ernest Raynaud)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



Illustration: Marc Chagall
    
Echappée à l’oeil des gens,
Phillis, la blonde aux yeux fous,
Par les sentiers obligeants
Trouve Hylas au rendez-vous.

Aux lèvres qu’elle a vermeilles
Le galant qui l’aime, vite,
Comme aux fleurs font les abeilles
Follement se précipite.

Puis pour un très doux babil
Sous le ciel tendre, un long temps,
Un bouquet d’arbres, subtil,
Prête son ombre aux amants.

Le berger fouille les grâces
Tant que ses mains doivent-elles
A la fin, se trouver lasses
Du saccage des dentelles.

Livrant ses roses, ses lis,
Belle, aux bras de son vainqueur
Comme une folie, Philis,
En riait de tout son coeur.
Enfin juste la fatigue

— Voyez combien opportune ! —
A point dénoua l’intrigue
Au jour levant de la lune.

(Ernest Raynaud)

 

Recueil: Chairs profanes
Editions: Léon Vanier

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DÉDICACE (Albert Boissière)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



DÉDICACE

Je t’apportais des fleurs, des roses, de la vie ;
Comme en rêvant, je semais, au long des chemins,
Des fleurs, des roses, de la vie, à pleines mains,
Et je trouvais insignifiante la Vie…
Sous mes doigts prestigieux, et d’un geste allier,
J’effeuillais mon cœur las, au détour du sentier.

Les hypocrites trouvaient ma constance vaine
Et j’épuisais le sang anème de mes veines
A paraître celui que je n’étais pas,
A semer toutes mes roses sous tous les pas.

Mais je t’ai rencontrée, un soir de lilas tendre,
Et j’ai rassemblé sur ma poitrine la gerbe
Eparse des fleurs, des roses et de l’herbe
Mauvaise qu’est la vie, odeur de lilas tendre !

Et, pour complaire à ton subtil enchantement,
O ma très belle, ô ma très bonne au Bois Charmant,
Par le parc idéal où pleurent les fontaines,
En l’égrènement doux de musiques lointaines,
— Loin de les effeuiller, au détour du sentier,
J’ai rangé les fleurs de mon cœur en ton herbier.

(Albert Boissière)

Illustration: Marc Chagall

 

 

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Chute de météore (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017




    
Chute de météore
Au-dedans de soi,
À corps perdu,
à corps fendu.

Craquement, fracture,
Creusant le vide,
Jusqu’à la venue
du haut silence…

Lointainement alors,
Par-delà l’oubli,
Se fait entendre,
du sol ouvert,

Le gémissement
d’une tendre herbe.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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BILLETS A LILY (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration: Andrei Protsouk 
    
BILLETS A LILY

Ma petite compatriote,
M’est avis que veniez ce soir
Frapper à ma porte et me voir.
Ô la scandaleuse ribote
De gros baisers et de petits
Conforme à mes gros appétits?
Mais les vôtres sont si mièvres?
Primo, je baiserai vos lèvres,
Toutes, c’est mon cher entremets,
Et les manières que j’y mets,
Comme en tant de choses vécues,
Sont friandes et convaincues!
Vous passerez vos doigts jolis
Dans ma flave barbe d’apôtre,
Et je caresserai la vôtre.
Et sur votre gorge de lys,
Où mes ardeurs mettront des roses,
Je poserai ma bouche en feu.
Mes bras se piqueront au jeu,
Pâmés autour de bonnes choses
De dessous la taille et plus bas.
Puis mes mains, non sans fols combats
Avec vos mains mal courroucées
Flatteront de tendres fessées
Ce beau derrière qu’étreindra
Tout l’effort qui lors bandera
Ma gravité vers votre centre.
A mon tour je frappe. Ô dis: Entre!

(Paul Verlaine)

 

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Avec des gestes apeurés (Camille Legrand)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Illustration: Pierre-Auguste Renoir
    
Avec des gestes apeurés
Tu voiles ta beauté frileuse;
Autour de ta taille onduleuse
L’eau fait des grands cercles moirés.
Et narguant tes pudeurs farouches,
Tes chastes yeux emplis d’effroi.
Toutes les fleurs tendent vers toi
Les baisers tièdes de leurs bouches.

(Camille Legrand)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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LA ROSE SÈCHE (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



LA ROSE SÈCHE

Quand mon coeur sera noir comme une rose sèche,
Les écouterez-vous encor ces mots d’amour
Eperdu, qui battaient avec lui le tambour
Tout au long des beaux soirs ou des saisons revêches ?

Les écouterez-vous, Sylvie aux joues de pêche,
Marguerite au rouet, soeur Anne sur la tour
Et vous ma tendre amie aux yeux de brun velours,
Quand mon coeur sera noir comme une rose sèche ?

Qu’importe! si je dors près de l’archet brisé,
Sourd à tout bruit, insoucieux de tout déboire,
Dans mon squelette à grands ajours fleurdelisé…

Ni chérir, ni souffrir, ni rêver ni vouloir,
Tel enfin sous la grille et le sombre rosier
Sera mon joyeux sort quand mon coeur sera noir.

(Tristan Klingsor)

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