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Posts Tagged ‘ténèbre’

RETOURNE SUR TES PAS (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



RETOURNE SUR TES PAS

Retourne sur tes pas ô ma vie
Tu vois bien que la rue est fermée.

Vois la barricade face aux quatre saisons
Touche du doigt la fine maçonnerie de nuit
dressée sur l’horizon
Rentre vite chez toi
Découvre la plus étanche maison
La plus creuse la plus profonde.

Habite donc ce caillou
Songe au long cheminement de ton âme future
Lui ressemblant à mesure.

Tu as bien le temps d’ici la grande ténèbre ;
Visite ton coeur souterrain
Voyage sur les lignes de tes mains
Cela vaut bien les chemins du monde
Et la grand’place de la mer en tourment

Imagine à loisir un bel amour lointain
Ses mains légères en route vers toi

Retiens ton souffle
Qu’aucun vent n’agite l’air
Qu’il fasse calme lisse et doux
À travers les murailles

Le désir rôde vole et poudre
Recueille-toi et délivre tes larmes
Ô ma vie têtue sous la pierre !

(Anne Hébert)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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À une ténèbre (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Illustration: Natacha Mondon
    
À une ténèbre

Au commencement, regarde mon amour
J’entends dans moins déjà de la lumière
Hurler un navire, hors des vagues
Ô mon amour

En vain se taire, et se fendre les phares :

Un qui change, éclaire doucement les naufrages
Un qui offre à la nuit, sur un tourment de mer
Les berceaux d’une rade aux brumes d’émeraude.

Au commencement regard, mon amour j’aimais
La clarté, tiède éclose un matin à tes yeux
Ma barque ivre de nuit malgré l’appel du port;

Regarde, la saison même absente respire
Ce vin de vérité d’une ténèbre au coeur
Et le jour, invisible aux tristesses ressemble.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Un prisonnier debout à sa fenêtre (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Un prisonnier debout à sa fenêtre
ouverte, écoute l’appel du désert,
où le néant se dissipe en poussière,
derrière les montagnes vertes.

Il se découvre en traversant l’absence
de son désir toujours nu et sans nombre,
prêt à saisir la visite impromptue
qui le purifie et le désencombre.

Soudain au seuil s’invite la présence,
qui sans un mot le regarde, et l’inspire
à reconnaître en elle l’espérance,
sous la ténèbre qui l’obombre.

(Jean Mambrino)

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Le baiser (Vera Feyder)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Le baiser ne prendra plus la nuit ses allées cavalières:
il s’en retournera sans bruit au silence des lèvres –
le mourir, la ténèbre saisis contre l’absence.

(Vera Feyder)


Illustration: Carolus Duran

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SERAIT-CE SAISON D’ARIDITÉ (Dominique Aguessy)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

SERAIT-CE SAISON D’ARIDITÉ

Serait-ce saison d’aridité
Soleil fantôme
Épineux en baguettes de verre
Entre lesquelles glissent
Les ombres courtes du crépuscule
Par intermittence
Un cri d’oiseau
Fait rouler une pierre
De l’océan crayeux
La houle ramène la rumeur
De langages d’autres espaces

Serait-ce saison d’absence
Prise au piège
Du tourbillon du fanal

Les mots dérivent
À peine entrevus
Fragments de feu et de nuit
Le long de plages mirages
Des visages familiers
Surgissent à fleur d’écume
S’évanouissent avec le ressac
Laissant flotter un sourire

Hors saison mûrit le vide
Toute question retournée
À sa source
Ténèbres tamisées
Après la mort d’un être cher
Vol de cormoran
Dans le sillage de l’éclair

(Dominique Aguessy)

 

 

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LES BRODEUSES (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Charles Frederic Ulrich
    

LES BRODEUSES

Un geste engendre un autre geste mémorable
Sous la lampe. Les brodeuses
Filent l’or dans le temps régulier des horloges.
Ce soir encore le temps oscille et nous ne savons pas
Quelle heure dans la nuit toute proche s’avance.
Pour qui l’ouvrage sur vos genoux, Marie ?
Hier, dans le sillon, Novembre a découvert
Une hache rouillée perdue dans la ténèbre.
Toujours le même geste de vos mains, sous la lampe qui tremble,
Puis les ciseaux détachent le fil de la bobine, vivement
Dans la chambre à côté, l’enfant s’est endormi,
Ignorant de la mort, bercé
Par la voix qui chantonne.
La moisson lèvera sur le sol où l’on a combattu,
Les grains se mêleront aux souvenirs des morts.
Vous n’avez pas sourcillé quand il a dit : voici
Ce que la herse a fait surgir de la vieille terre.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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MON NOIR TOURMENT DE TOI (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



MON NOIR TOURMENT DE TOI

De la saoule ténèbre au soleil méridien
Chaque fois que j’arrive à me tenir debout
Entre les morts pour un futur tranquillisant
Tout un jeu de poulies fait osciller le ciel

Dans le chaos des murs des enceintes de craie
J’appuie contre la nuit mon front troué de paille
Les oiseaux décharnés par la fièvre des îles
Blessent à coups de bec mon noir tourment de toi

La main abandonnée au vieil arceau denté
Ma douleur a nourri la mâchoire de squale
Ancrée à cet amour qui survit au malheur

Ecume primitive où naissent les soleils
Le jour à petits coups éponge la blancheur
De l’aube pour guetter la marche de la guerre

De toits en toits la peur sautille sur la ville
Serrée dans le corset des reines violées
Pour mourir sur le dur abdomen des galets

Sous les paupières nues les larmes vaticinent
Ton ombre sort de la giboyeuse mémoire.

(Albert Ayguesparse)

Illustration

 

 

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Parfois (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018



 

parfois
quand on est las
de marcher

quand les champs de pierres
succèdent
aux champs de pierres

qu’il n’est plus de bornes
ni de critères
et que la ténèbre s’accentue

parfois
quand tout vacille
et se brouille
que l’on devient cet autre
que l’on ne peut rejoindre

qu’il faut poursuivre
encore
alors que s’est éteint
l’espoir de s’agenouiller
un jour près de la source

parfois
au fond de la douleur
et de la nuit

on aimerait tant
que s’achève le voyage

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Laurent Gorris

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Les poètes (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Les poètes sont les murs nus de la maison
crépis de cris, de sel, de lèvres, de nuages
fondés sur l’infini des larmes et jetés
à l’infini du ciel errant. La seule lune
réchauffe l’or cendreux et sonne, cor perdu
dans la mélancolie du sombre sang et l’Ombre.
Quand ce pays sans nom que dieu dans le futur
se tourne vers ses morts en implorant l’aurore
ses pierres calcinées par la ténèbre sont
des cœurs, ses marbres bleus des mers, ses eaux des palmes
et ses essaims de sang se suspendent aux arbres.
Mais où ton ocre Ô bouche amère retentit
on verra trouer l’œil vague des apparences
une vierge colonne adossée à la mer.

(Pierre Emmanuel)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: L’Âge d’Homme

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Je regardai la fenêtre (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2017



    


Je regardai la fenêtre. Murée.
La porte. Condamnée.

Ah, « Quelle folle danse »
(je me mis à chantonner,
ainsi, pour ne pas désespérer
dans la ténèbre) « est l’Espérance. »

***

Guardai la finestra. Murata.
La porta. Condannata.

Ah, « Quale folle danza »
(mi misi a canticchiare,
cosí, per non disperare
nel buio) « è la Speranza. »

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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