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Poésie

Posts Tagged ‘ténèbre’

Parfois (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018



 

parfois
quand on est las
de marcher

quand les champs de pierres
succèdent
aux champs de pierres

qu’il n’est plus de bornes
ni de critères
et que la ténèbre s’accentue

parfois
quand tout vacille
et se brouille
que l’on devient cet autre
que l’on ne peut rejoindre

qu’il faut poursuivre
encore
alors que s’est éteint
l’espoir de s’agenouiller
un jour près de la source

parfois
au fond de la douleur
et de la nuit

on aimerait tant
que s’achève le voyage

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Laurent Gorris

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Les poètes (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Les poètes sont les murs nus de la maison
crépis de cris, de sel, de lèvres, de nuages
fondés sur l’infini des larmes et jetés
à l’infini du ciel errant. La seule lune
réchauffe l’or cendreux et sonne, cor perdu
dans la mélancolie du sombre sang et l’Ombre.
Quand ce pays sans nom que dieu dans le futur
se tourne vers ses morts en implorant l’aurore
ses pierres calcinées par la ténèbre sont
des cœurs, ses marbres bleus des mers, ses eaux des palmes
et ses essaims de sang se suspendent aux arbres.
Mais où ton ocre Ô bouche amère retentit
on verra trouer l’œil vague des apparences
une vierge colonne adossée à la mer.

(Pierre Emmanuel)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: L’Âge d’Homme

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Je regardai la fenêtre (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2017



    


Je regardai la fenêtre. Murée.
La porte. Condamnée.

Ah, « Quelle folle danse »
(je me mis à chantonner,
ainsi, pour ne pas désespérer
dans la ténèbre) « est l’Espérance. »

***

Guardai la finestra. Murata.
La porta. Condannata.

Ah, « Quale folle danza »
(mi misi a canticchiare,
cosí, per non disperare
nel buio) « è la Speranza. »

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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INSTANCE DU MÊME (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    
INSTANCE DU MÊME

« Que voulez-vous que je demande.
A ma ténèbre, abandonnez-moi.
Seulement cela. Que je voie. »

***

ISTANZA
DEL MEDESIMO
« Cosa volete ch’io chieda.
Lasciatemi nel mio bufo.
Solo questo. Ch’io veda. »

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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AU VIN (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
AU VIN

Dans son mètre d’airain l’Iliade te nomme
Et t’exalte, noir vin joyeux au cœur de l’homme.

Depuis l’aube des temps tu vas de main en main
Et du rhyton grec à la corne du Germain.

Tel le fleuve des jours et des nuits, tu déploies
Ton beau cours acclamé des amis et des joies.

Toujours l’homme le long des générations
Trouva sur son chemin ta flamme et tes lions,

Et ta fluence patriarcale et profonde
Fleurit de ses présents la mémoire du monde.

Tu donnes leur envol aux strophes des soufis
Qui te surnomment fleur, cimeterre et rubis.

Dans ton cristal vivant le saint autel adore
Le sang du Christ en une rouge métaphore.

Sésame dont le nom m’ouvre d’antiques nuits,
Dans la ténèbre offrande et feu qui me conduis,

Sois pour d’autres l’oubli qui signe la défaite;
Je te veux la ferveur, le partage et la fête.

T’appellerai-je un jour, vin du rouge péril
Ou de la mutuelle amour? Ainsi soit-il.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Je ne pleurerai pas (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration: Edvard Munch
    
Je ne pleurerai pas de voir que tu me quittes
Ici il n’y a rien d’enchanteur,
Et doublement m’affligera le sombre monde
Tant qu’y souffre ton coeur —

Je ne pleurerai pas — car la splendeur de l’été
Toujours doit finir en ténèbre
Et le conte le plus heureux, à terme
Se clôt avec la tombe —

Et puis je suis lasse de la détresse
Qu’engendrent les hivers grandissants
Ecoeurée de voir l’esprit se languir
Dans le pur désespoir des ans —

Si donc une larme à l’heure de ta mort
Vient par hasard à m’échapper
C’est seulement que mon âme soupire
D’aller près de toi reposer —

***

I’ll not weep that thou art going to leave me
There’s nothing lovely here,
And doubly will the dark world grieve me
While thy heart suffers there —

I’ll not weep — because the summer’s glory
Must always end in gloom
And follow out the happiest story,
It closes with the tomb —

And I am weary of the anguish
Increasing winters bear —
I’m sick to see the spirit languish
Through years of dead despair —

So if a tear when thou art dying
Should haply fall from me
It is but that my soul is sighing
To go and rest with thee —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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VOICI S’OUVRIR LES FLEURS DE MAI (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration
    
VOICI S’OUVRIR LES FLEURS DE MAI

Voici s’ouvrir les fleurs de mai,
S’éployer librement les feuilles;
Dans chaque corolle une abeille
Et sur chaque branche un oiseau.

Le ruisseau chante avec bonheur,
Le soleil rayonne avec joie,
Je suis la seule à me languir
Et tout est ténèbre pour moi.

Ô de glace est mon coeur, de glace!
Il ne veut, ne peut s’exalter;
Il est sans sympathie aucune
Pour ce ciel baigné de clarté.

Ô défunte est ma joie, défunte!
Il me tarde d’être en repos
Et que la terre humide couvre
Cette poitrine désolée.

Fussé-je entièrement seule,
Peut-être serait-ee moins sombre :
Une fois tout espoir perdu,
Je n’aurais plus sujet de craindre.

Mais les yeux ravis qui m’entourent
Devront pleurer comme les miens,
Je devrai voir le même orage
Éclipser leur radieux matin.

Si le ciel déversait sur moi
Cette pluie de futurs malheurs
En épargnant leurs tendres âmes,
Je la souffrirais de bon coeur.

Hélas, comme l’éclair dessèche
Tant le vieil arbre que le jeune,
Eux et moi nous devrons subir
Un inéluctable destin.

***

MAY FLOWERS ARE OPENING

May flowers are opening
And leaves opening free;
There are bees in every blossom
And birds on every tree.

The sun is gladly shining,
The stream sings merrily,
And I only am pining
And all is dark to me.

D cold, cold is my heart!
It will not, cannot rise;
It feels no sympathy
With those refulgent skies.

Dead, dead is my joy,
I long to be at rest;
I wish the damp earth covered
This desolate breast.

If I were quite alone,
It might not be so drear,
When all hope was gone,
At least I could not fear.

But the glad eyes around me
Must weep as mine have done,
And I must see the same gloom
Eclipse their morning sun.

If heaven would rain on me
That future storm of care,
So their fond hearts were free
1’d be content to bear.

Alas! as lightning withers
The young and agèd tree,
Both they and 1 shall fall beneath
The fate we cannot flee.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Je ne saurais rien dire de cet état (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration: El Greco
    
je ne saurais rien dire de cet état,
où je fus happé derrière l’horizon.

Comme renversé d’amour,
les nerfs aiguisés à la braise,
les veines meurtries au vivant.

Oui, le très vivant.

Ce qui n’en finit pas
de prendre visage
entre deux apparences.
C’est, tellement.

Et l’on voudrait que cette spirale
qui noue coeur et ventre
fût traduite au mieux du monde.

On voudrait
l’exact sanglot de la ténèbre,
la fièvre de tous les rires.
Et la décomposition même,
si parfaite.
Sa toute blancheur.

Pour mieux accueillir
le poudroiement.
Là où tout parle.
Où la pensée s’efface.
Où frémit
la nuque des étoiles.

Il faut aller vers ce ressac,
traverser les atomes,
sevrer la nuit.

Avec toutes les langues du vertige.
La secousse,
si belle.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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LA NUIT MÛRIT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



LA NUIT MÛRIT

En cherchant mon coeur dans le noir
mes yeux cristal de ce que j’aime
s’entourent de moi sans me voir

Mais leur ténèbre est l’amour même
où toute onde épousant sa nuit
dans mes jours se forge un sourire

Afin qu’aux traits où je le suis
Sa transparence ait pour empire
Mon corps en soi-même introduit

(Joë Bousquet)

Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson

 

 

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Jusqu’à la fin des mondes (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
jusqu’à la fin des mondes
dans le coeur du coeur noir
par frissons d’avant l’aube

des lézards d’insomnie
à porter jusqu’au ciel
avec la ténèbre pour boussole

pour fleurir infini
entre l’os et l’aube
comme les étoiles géantes

pour combler mon exil
dans le coeur du coeur noir
dans ta blessure si blanche

dans la faille entre les âmes
en lambeaux de ferveur
en morsures d’en-haut

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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