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Poésie

Posts Tagged ‘ténèbre’

LA NUIT MÛRIT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



LA NUIT MÛRIT

En cherchant mon coeur dans le noir
mes yeux cristal de ce que j’aime
s’entourent de moi sans me voir

Mais leur ténèbre est l’amour même
où toute onde épousant sa nuit
dans mes jours se forge un sourire

Afin qu’aux traits où je le suis
Sa transparence ait pour empire
Mon corps en soi-même introduit

(Joë Bousquet)

Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson

 

 

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Jusqu’à la fin des mondes (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
jusqu’à la fin des mondes
dans le coeur du coeur noir
par frissons d’avant l’aube

des lézards d’insomnie
à porter jusqu’au ciel
avec la ténèbre pour boussole

pour fleurir infini
entre l’os et l’aube
comme les étoiles géantes

pour combler mon exil
dans le coeur du coeur noir
dans ta blessure si blanche

dans la faille entre les âmes
en lambeaux de ferveur
en morsures d’en-haut

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Je serais peut-être plus seule sans la Solitude (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



Je serais peut-être plus seule
Sans la Solitude —
Tant je me suis faite à mon Sort —
L’Autre — la Quiétude —

Pourrait rompre la Ténèbre —
Encombrer la petite Chambre —
Trop étriquée — de loin — pour contenir
Le Sacrement — de Sa Personne —

L’Espoir m’est étranger —
Il pourrait déranger —
Son doux cortège — profaner le lieu –
A la Souffrance consacré —

Il est peut-être plus facile
De faillir — la Terre en Vue —
Que de gagner — ma Bleue Péninsule —
Pour y périr — de Volupté —

***

It might be lonelier
Without the Loneliness —
I’m so accustomed to my Fate —
Perhaps the Other — Peace —

Would interrupt the Dark —
And crowd the little Room —
Too scant — by Cubits — to contain
The Sacrament — of Him —

I am not used to Hope —
It might intrude opon —
It’s sweet parade — blaspheme the place —
Ordained to Suffering —

It might be easier
To fail — with Land in Sight —
Than gain — my Blue Peninsula —
To perish — of Delight —

(Emily Dickinson)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Déroute (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Christian Schloe 
    
Déroute

Voici que me fascine enfin le mal hagard…
Enfin, je suis en proie aux multiples malaises,

Et mes yeux aveuglés par les larmes mauvaises
S’attachent… La ténèbre a repris mon regard.

Car mon coeur est vaincu, mon âme est en déroute.
J’erre à tâtons, selon le hasard de la route.

Et mon coeur bat moins fort, et mon âme s’enfuit.
Et je n’aperçois plus la lueur sur la route.

Mais tandis que le temps irrévocable fuit,
Et que je n’ose plus affronter cette face

Qui fut mienne, j’aurai cette dernière audace
D’affronter, seule à seule, en silence, la Nuit !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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LES USINES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



 

 

LES USINES

Se regardant avec les yeux cassés de leurs fenêtres
Et se mirant dans l’eau de poix et de salpêtre
D’un canal droit, marquant sa barre à l’infini,
Face à face, le long des quais d’ombre et de nuit,
Par à travers les faubourgs lourds
Et la misère en pleurs de ces faubourgs,
Ronflent terriblement usines et fabriques.

Rectangles de granit et monuments de briques,
Et longs murs noirs durant des lieues,
Immensément, par les banlieues ;
Et sur les toits, dans le brouillard, aiguillonnées
De fers et de paratonnerres,
Les cheminées.

Se regardant de leurs yeux noirs et symétriques,
Par la banlieue, à l’infini,
Ronflent le jour, la nuit,
Les usines et les fabriques.

Parée et noire et opulente,
Au cri des orgues violentes
Qui la célèbrent,
La mort tout en ténèbres
Règne, comme une idole assise,
Sous la coupole des églises.

Des feux, tordus comme des hydres,
Se hérissent, autour du catafalque immense,
Où des anges, tenant des faulx et des clepsydres,
Dressent leur véhémence,
Clairons dardés, vers le néant.

Le vide en est grandi sous le transept béant ;
De hautes voix d’enfants
Jettent vers les miséricordes
Des cris tordus comme des cordes,
Tandis que les vieilles murailles
Montent, comme des linceuls blancs,
Autour du bloc formidable et branlant
De ces massives funérailles.

Drapée en noir et familière,
La Mort s’en va le long des rues
Longues et linéaires.

Drapée en noir, comme le soir,
La vieille Mort agressive et bourrue
S’en va par les quartiers
Des boutiques et des métiers,
En carrosse qui se rehausse

De gros lambris exorbitants,
Couleur d’usure et d’ancien temps.

Drapée en noir, la Mort
Cassant, entre ses mains, le sort
Des gens méticuleux et réfléchis
Qui s’exténuent, en leurs logis,
Vainement, à faire fortune,
La Mort soudaine et importune
Les met en ordre dans leurs bières
Comme en des cases régulières.

Et les cloches sonnent péniblement
Un malheureux enterrement,
Sur le défunt, que l’on trimballe,
Par les églises colossales,
Vers un coin d’ombre, où quelques cierges,
Pauvres flammes, brûlent, devant la Vierge.

Vêtue en noir et besogneuse,
La Mort gagne jusqu’aux faubourgs,
En chariot branlant et lourd,
Avec de vieilles haridelles
Qu’elle flagelle
Chaque matin, vers quels destins ?
Vêtue en noir,
La Mort enjambe le trottoir
Et l’égout pâle, où se mirent les bornes,
Qui vont là-bas, une à une, vers les champs mornes ;
Et leste et rude et dédaigneuse
Gagne les escaliers et s’arrête sur les paliers
Où l’on entend pleurer et sangloter,
Derrière la porte entr’ouverte,

(Emile Verhaeren)

 

 

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D’Étincelles notre rencontre (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



D’Étincelles notre rencontre – Silex
Divergents – volant de tous côtés –
Notre séparation, une Hache
Le Coeur de la Pierre clivé –
Nous vivons de la Clarté qui fut Nôtre
Avant d’éprouver la Ténèbre –
Par sa différence avec cette céleste
Étincelle, révélée.

***

We met as Sparks – Diverging Flints
Sent various – scattered ways –
We parted as the Central Flint
Were cloven with an Adze –
Subsisting on the Light We bore
Before We felt the Dark –
We knew by change between itself
And that etherial Spark.

(Emily Dickinson)

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Pour qu’aucune lumière ne nous aime (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



 

Pour qu’aucune lumière ne nous aime

Ils sont venus
portant drapeaux acérés et pistolets
ont abattu toutes les étoiles et la lune
pour qu’aucune lumière ne nous reste
pour qu’aucune lumière ne nous aime

Alors nous avons enterré le soleil
Ce fut une éclipse sans fin

***

Damit kein Licht uns liebe

Sie kamen
mit scharfen Fahnen und Pistolen
schossen alle Sterne und den Mond ab
damit kein Licht uns bliebe
damit kein Licht uns liebe

Da begruben wir die Sonne
Es war eine unendliche Sonnenfinsternis

(Rose Ausländer)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Le mot prairie (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2017


 


Le mot prairie:

Tout coloré qu’il est,
De papillons, de pâquerettes,
De ténèbres grouillantes

Et de l’enfer que c’est,
La tuerie sous les herbes.

Et l’eau,
Et l’infini de l’eau.

D’autres coulées,
D’autres passages.

Des infinis,
En veux-tu en voilà.

(Guillevic)


Illustration

 

 

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EXORCISME (Tudor Arghezi)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2016



 

EXORCISME

Cadenas, qui t’a fermé
sur la porte de mon rêve ?
Où est la clé, où est notre gardien
pour qu’ils défassent le verrou,
et que nous puissions voir, au fond de notre nuit,
remuer lentement les trésors de l’azur ?
De temps à autre un pas lourdaud
s’approche… et puis il nous dépasse…
Tous les pas s’éloignent et meurent
pour ton oreille en fer, ô cadenas!
A quelque veine recourbée par-dessus toi
je crois qu’en l’air scintillent des glycines
et des volubilis aux voûtes,
des bourgeons, des raisins d’étoiles.
Qui dans notre porte mettra la clé
d’une seule étincelle ?
La lumière y pose son oeil
et dans la pièce obscure elle tente de voir.
Le cadenas la sent et il tressaille,
comme sous un baiser, avec la ténèbre.
Étoile, ne peux-tu, entrant dans son anneau,
déverrouiller le cadenas de ce silence ?

(Tudor Arghezi)

 

 

 

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La douceur de la danse est passée (Jean-Pierre Luminet)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2016




La douceur de la danse est passée.

Danse silencieuse
Ivresse du mouvement circulaire, légèrement embarrassée par les irrégularités célestes.
Le moins chaud tourne autour du plus chaud, à juste distance.

L’apanage des êtres vivants est le mouvement volontaire Et l’irruption est un bris de clôture.

L’espace est plein comme une petite chambre.
Aussi loin qu’il porte, nous trouvons des soleils
et toute sensation excitée, les membres de nos corps animaux
se mouvant le long des filaments solides de nos nerfs…

Ces rapprochements sans heurts, ces noeuds dénoués, cette confusion aussitôt démêlée…
d’autres glissements se produisent
et nos nuits rayonnent d’une splendeur inconnue

Ce qui semble noir, muet, se comble de son et de clarté.
La lumière forme avec tes mèches des rets infinis, qui lient toutes
les parties de mon univers et les désirs en sont les noeuds.

Riche en corps noirs invisibles, feutrée de nébuleuses obscures qui
absorbent l’excès de mes rayons
ta ténèbre est féconde
Son eau noire, du sépulcre dissous
vagues lourdes et suffocantes
corps plus pâle que tous les ors imaginables

Le vide est un creux psychologique

Unité indéfiniment rompue par une dispersion nouvelle.
Était- ce un soleil de feu ? Non, un globe obscur, terraqué
mais environné d’un éther raffiné

Le corps est donc obscur.
Pour une raison logique les petits corps obscurs tournent autour des étoiles.
Voilà ce qui détermine les courbes et les formes

L’attraction n’est pas une loi d’amour: c’est une chaîne.
Rotation, perpétuel recommencement

La lumière visible elle aussi est un trou
une faille
une diminution de quelque chose d’autre.

Et moi si joyeusement accueilli par ces gemmes de lumière vivante
qui forment couronne autour de toi

demeure un étranger dans ton espace.

(Jean-Pierre Luminet)

Interview de Jean-Pierre Luminet Astrophysicien et Poète

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