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Poésie

Posts Tagged ‘ténèbres’

OH ! TES SI DOUCES MAINS… (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022




    
OH ! TES SI DOUCES MAINS…

Oh ! tes si douces mains et leur lente caresse
Se nouant à mon cou et glissant sur mon torse
Quand je te dis, au soir tombant, combien ma force
S’alourdit, jour à jour, du plomb de ma faiblesse !

Tu ne veux pas que je devienne ombre et ruine
Comme ceux qui s’en vont du côté des ténèbres,
Fût-ce avec un laurier entre leurs mains funèbres
Et la gloire endormie en leur creuse poitrine.

Oh ! que la loi du temps m’est par toi adoucie,
Et que m’est généreux et consolant ton songe.
Pour la première fois tu berces d’un mensonge
Mon coeur qui t’en excuse et qui t’en remercie ;

Mais qui sait bien pourtant que toute ardeur est vaine
Contre tout ce qui est et tout ce qui doit être,
Et qu’un profond bonheur se rencontre peut-être
A finir en tes yeux ma belle vie humaine.

(Emile Verhaeren)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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Le muguet rougit (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2022




Le muguet rougit — le
sang tire à soi
les blancs, nous
sommes suspendus
au-dessus du chagrin,

désarticulés, gauches,
paroles défleuries,
mémoire au rebut,

nous bourlinguons
dans nos noirceurs,
nos bouches s’unissent,
ténèbres — traversée
des étoiles mortes.

(Richard Rognet)

Illustration

 

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MACROCOSME (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2022



    

MACROCOSME

Soleils, ex-voto des ténèbres,
Coeurs palpitants, coeurs transpercés,
Larmes d’argent des draps funèbres,
Soleils, je passe et vous passez.

Mirés au fond de ma prunelle,
Comme moi vous vous consumez;
Vous roulez dans l’ombre éternelle,
Sans savoir que vous l’enflammez;

Je sais, car je sais que j’ignore.
Dans ce coquillage sonore,
Dans cette éponge où le sang bat,

Dans les entrailles de mon ventre,
La même angoisse se concentre,
Et ma lutte est votre combat.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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FERME PROPOS (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



    
FERME PROPOS

Ni s’abriter du jour sous l’arbre des ténèbres,
Ni mordre dans les fruits le doux corps de l’été,
Ni baiser longuement sur leurs lèvres funèbres
Les morts évanouis et las d’avoir été.

Ni pénétrer, transis, au coeur froid des algèbres,
Ni clouer sur le vide un masque illimité,
Ni sous l’oubli massif coucher des os célèbres
Et verser son néant dans un cercueil vanté.

Ni caresser, Amour, ta gorge consentante,
Ni brûler son désir au feu noir de l’attente,
Ni tendre à la douleur un garrot résigné.

Ni lever vers le ciel des mains inexaucées,
Mais porter avec soi dans la nuit sans pensées
L’immense creux d’un coeur où la vie a saigné.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le char balance (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2022




    
Le char balance

Le char balance, les chevaux galopent.
Ma pensée te poursuit, jamais ne t’oublierai.
Où vas-tu, à l’ouest, vers la capitale ?
J’aimerais être ton ombre pour te suivre,
Mais elle ne se voit pas dans les ténèbres :
Puisses-tu demeurer dans la lumière !

(Anonyme)

 

Recueil: Cent poèmes d’amour de la Chine ancienne
Traduction: André Lévy
Editions: Philippe Picquier

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MACROCOSME (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2022




    
MACROCOSME

Soleils, ex-voto des ténèbres,
Coeurs palpitants, coeurs transpercés,
Larmes d’argent des draps funèbres,
Soleils, je passe et vous passez.

Mirés au fond de ma prunelle,
Comme moi vous vous consumez;
Vous roulez dans l’ombre éternelle,
Sans savoir que vous l’enflammez;

Je sais, car je sais que j’ignore.
Dans ce coquillage sonore,
Dans cette éponge où le sang bat,

Dans les entrailles de mon ventre,
La même angoisse se concentre,
Et ma lutte est votre combat.

(Marguerite Yourcenar)

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jours vides (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2022




    
jours vides
interminables
écrasés d’ennui

rien ne se propose
de ce qui pourrait
m’apporter
ce dont l’attente
me consume

une région de ténèbres
où tout m’est retiré
de ce qui habituellement
me fait vivre

certes le temps va
mais si lentement si lentement
et chaque seconde
ronge lancine accable

ce qui me fait
défaut
je l’ignore

le ne le connais
que par cе besoin
que j’en ai un âpre désir
une torturante
nostalgie

alors
replié dans mes limbes
sourd et aveugle
à ce qui me hèle
voué souvent
à des heures
lasses et cendreuses

j’attends

j’attends
que sourde
la lumière

que meure
le temps

que jaillisse l’eau
dont j’ai soif

(Charles Juliet)

Recueil: Pour plus de lumière anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vois comme sur la vaste rivière (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2021




    
Vois comme sur la vaste rivière,
Portés par les eaux réveillées,
Vers l’immense infini de la mer,
Les blocs de glace voguent d’affilée.

Qu’ils s’irisent au soleil éclatant,
Ou bien la nuit, dans les ténèbres,
Tous, fondant inexorablement,
Ils voguent vers un même terme.

Tous ensemble, petits et grands,
Perdant la forme qu’ils avaient jadis
Tous, insensibles et indifférents,
S’en vont rejoindre les fatals abysses.
Ô toi, mirage de notre esprit,

Toi, notre petit
Moi humain,
N’est-ce point là le sens de ta vie,
N’est-ce point là ton vrai destin ?

(Fiodor Tiouttchev)

Recueil: POÈMES
Traduction: traduit du russe par Sophie Benech
Editions: Interférences

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Mon amour a la couleur de la nuit (Sôseki)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2021




    
Mon amour a la couleur de la nuit
Couleur des ténèbres
Que vient visiter la lune

(Sôseki)

 

Recueil: Haïkus
Traduction: Elisabeth Suetsugu
Editions: Philippe Picquier

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LE SENS (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2021



Illustration
    
LE SENS

Le sens ne réside pas en un lieu.
C’est comme une lèvre tronquée
ou la musique d’une planète lointaine.
Rarement c’est un palais ou une plaine,
le diamant d’un vol ou le coeur de la pluie.
Parfois c’est le bourdonnement d’une abeille, une infime présence
et le jour est un feu brûlant sur la corolle de la mer.
Il s’abreuve de violence et d’obscurité
et ses rivages sont jonchés d’oubli et de chaos.
Ses caprices contiennent toute la distance du silence
et tout l’éclat du désir. Avec une musique désespérée,
il craque parfois sous le masque du temps.
Avec des cendres d’eau, il crée des halos de pénombre
et d’un côté c’est le désert, de l’autre une cataracte.
On peut le parcourir certaines fois comme le spectre solaire
ou le sentir comme un cri en lambeaux ou une porte condamnée.
Souvent ses noms ne sont pas des noms,
mais des blessures, des murailles sourdes, des lames effilées,
de minuscules racines, des chiens d’ombre, des ossements de lune.
Toutefois, il est toujours l’amant désiré que
recherche le poète dans les remous des ténèbres.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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