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Poésie

Posts Tagged ‘tenir’

BARDO (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019




    
BARDO
(Métamorphose des 5 poisons)

Je garde l’énergie d’une colère sans haine,
j’affronte l’ignorance sans cérémonie,
je repousse l’émotion jalouse sans complaisance,
j’accède à l’intensité du désir sans plus d’attachement,
je sais l’orgueil nocif mais tiens au sursaut de l’être
à l’aplomb de lui-même.

(Vairocana)
Ce n’est déjà plus l’heure
de survivre à blanc
au centre des illusions ou des cieux,
la roue a pris le temps de vitesse
et distancé les dieux,
elle rejoint la sphère pareille
à la conscience pure, sans limites et sans âge.

(Aksobhya)
J’ai confié ma colère
à la lumière bleue
qui se lève à l’est,
ô sagesse, ô miroir,
comme un baiser à bouche close
chante un autre ciel
libre de nos enfers.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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CLOUÉE (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2019




Illustration: Salvador Dali

    
CLOUÉE

Clouée au pilori de la honte
D’une conscience ancestrale,
Serpent au coeur et marque rouge au front,
Je dois crier mon innocence.

J’affirme que règne dans mon coeur
La paix sereine d’une communiante.
Et que, main tendue, sans pudeur
J’ai mendié sur les places le bonheur.

Fouillez vous-mêmes tous mes coffres
Suis-je devenue aveugle ? Dites,
Où est l’argent, où l’or ? Car dans ma main
Je tiens — quoi ? Une poignée de poussière.

C’est tout ce que j’ai su, mendiante flatteuse,
Reprendre à ceux qui tiennent le bonheur
Et que j’emporterai dans le creux de ma main,
Au pays des amours silencieuses.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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NUÉE (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



NUÉE

Comme si rien n’était solide, comme si
Je marchais sur un trou, comme si leurs corps denses
Allaient se diluer en poussière de nuit…

Mon geste vain s’ouvre et se ferme sur des formes
Qu’en plein jour le soir mange et mes yeux qui s’endorment

Ne percent plus la brume où s’enfoncent vos traits
Vous que je tiens, vous que je serre, et qu’en secret
Je veille dans la veille et le silence ainsi
Qu’une bête couvant en elle ses petits.

Un tournoiement abat le ciel bas sur les toits,
Est-ce le monde qui bascule ? suis-je moi ?
L’air vacille sans plus d’épaisseur que la vie.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

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Sont les fleuves (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Sont les fleuves

Nous sommes temps. Nous sommes la fameuse
parabole d’Héraclite l’Obscur,
nous sommes l’eau, non pas le diamant dur,
l’eau qui se perd et non pas l’eau dormeuse.
Nous sommes fleuve et nous sommes les yeux
du Grec qui vient dans le fleuve se voir.
Son reflet change en ce changeant miroir,
dans le cristal changeant comme le feu.
Nous sommes le vain fleuve tout tracé,
droit vers sa mer. L’ombre l’a enlacé.
Tout nous a dit adieu et tout s’enfuit.
La mémoire ne trace aucun sillon.
Et cependant quelque chose tient bon.
Et cependant quelque chose gémit.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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Rien ne pourrait tenir (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


 

Ici,
pas plus qu’ailleurs,

Ciel, brindilles, vallons,
Insectes, clair de lune,

Rien ne pourrait tenir
S’il n’y avait le chant.

(Guillevic)

 

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Le miracle (Yànnis Stiggas)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019



Illustration: Antony Lelgouarch
    
Le miracle c’est d’arriver à rire
en tenant notre ennui,
ce cygne noir,
dans nos mains.

Le miracle c’est simplement de rire.

(Yànnis Stiggas)

 

Recueil: Vagabondages du sang
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Des Vanneaux

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DIURNE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
DIURNE

Est-ce que tu dors ?
Est-ce que tu t’éveilleras un jour ?
Ni veille ni rêve : cela est.

Des enfants jouent
Un éclat sur une vitre
Un ronflement d’avion
Le sol résonne Je marche à grands pas
Fraîcheur sur les yeux
Je tiens J’éprouve Je sais à qui parler
Tout répond
Foisonnement.
( Oublie ! N’oublie pas ! Oublie ! N’oublie pas ! )

Un coup de frein
Un nuage passe
et tout change de couleur.

Surprise sans fin
Horizons qui n’en finissent pas de se déplier
Il y a toujours quelque chose plus loin.
Ce qui murmure hors de moi en moi-même
est comparable au fleuve
qui traverse tout sans se mélanger à rien

Ma vie, je t’ai cherchée toute ma vie
tu as pris les plus beaux visages
mais je n’entends que la voix.
Au bord de quelle nuit te trouverai-je enfin ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chanson d’amour (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Chanson d’amour

Comment tenir mon âme, de sorte
qu’elle ne touche pas la tienne ? Comment
la tendre haut par-dessus toi vers d’autres choses ?
Je voudrais tant l’héberger quelque part, auprès
d’une chose perdue dans l’ombre,
en un lieu étranger, tranquille, qui
ne continue pas à vibrer quand vibrent tes graves.
Mais tout ce qui nous effleure, toi et moi,
nous unit comme un archet qui tire
de deux cordes une seule voix.
Sur quel instrument sommes-nous tendus ?
Et quel musicien nous tient-il dans sa main ?
Ô douce chanson.

(Rainer Maria Rilke)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Pierrette Lilot

 

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Non, mes heures idéales ne tiennent pas (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Moonlight installation.

Non, mes heures idéales
ne tiennent pas — non ! —
en mon jour matériel !

Non ! il ne m’est pas possible
de couper la rose de feu,
de la réduire aux limites
que fixe l’implacable horloge !

Si ma vie toute entière
n’est rien d’autre qu’une heure ;
et si seule l’éternité
pouvait être mon soir ou mon matin !

***

¡No, si no caben mis horas
ideales en las horas
de mi día material!

¡Si no es posible que corte
la rosa de fuego, hasta
dejarla justa en los límites
que le da el reló implacable!

¡Si mi vida enteras es
sólo una hora; y tan sólo
podría la eternidad
ser mi mañana o mi tarde!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

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Nous allons vidant des éternités (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2019



Nous allons vidant des éternités,
tandis que la lumière nous parvient
d’un lieu obstinément caché.

Rien ne tient entre nos mains,
mais rien ne tient nulle part.

Nous-mêmes tiendrons-nous dans la mort ?

Ou sera-ce à la fin la même chose ?

Lire cela
qui s’il est lu s’efface.

***

Andamos vaciando eternidades
mientras la luz nos llega
de un lugar tercamente escondido.

Nada nos cabe entre las manos,
pero nada cabe en ningún sitio.

¿Cabremos nosotros en la muerte?

¿O al fin será lo mismo?

Leer algo
que se borra si es leído.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos

 

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