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La grotte opale du rêve (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2022




    
La grotte opale du rêve

Dans la grotte opale du rêve j’ai trouvé une fée:
Ses ailes étaient plus frêles que des pétales de fleur,
Plus frêles encore que des flocons de neige.
Elle n’était pas effrayée et se tenait sur mon doigt,
Puis délicatement elle rentra dans ma main.
J’ai joint mes deux paumes
Et l’ai tenue prisonnière.
Je l’ai portée hors de la grotte opale,
Puis j’ai ouvert les mains.
D’abord elle devint une aigrette de chardon*,
Enfîn une particule dans un rayon de soleil,
Enfîn — plus rien du tout.
Vide est maintenant la grotte opale de mon rêve.

***

The Opal Dream Cave

In an opal dream cave I found a fairy:
Her wings were frailer than flower petals,
Frailer far than snowflakes.
She was not frightened, but poised on my finger,
Then delicately walked into my hand
I shut the two palms of my hands together
And held her prisoner
I carried her out of the opal cave,
Then opened my hands.
First she became thistledown*,
Then a mote in a sunbeam,
Then—nothing at all
Empty now is my opal dream cave.

*Thistledown est le nom d’une fée dans un des contes de Louisa May

(Katherine Mansfield)

Recueil: Villa Pauline Autres Poèmes
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Bonsoir mon enfant (Cécile Coulon)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2022




    
Bonsoir mon enfant,
bonsoir mon frère,
bonsoir mon amour.

Il y a des vérités simples que je n’ose pas écrire.
Elles se chamaillent en moi comme des chiots adorables.
Alors j’attends qu’elles se taisent,
et je regarde la nuit tenir les toits des immeubles bas
dans la poche de son manteau.
Demain matin, une fois de plus,
je rassemblerai tous mes morceaux.

Bonsoir mon enfant,
bonsoir mon frère,
bonsoir mon amour.

(Cécile Coulon)

Recueil: Noir Volcan
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LE MAURE (Nathalie Handal)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2022



Illustration
    
LE MAURE

Voici ce que je vois :
un grain de blé dans la main d’un petit garçon

pieds nus sur les routes sans nom,
qui dort dans le rêve de quelqu’un d’autre.

Un oud, un violon, une guitare,
un miroir de rosée,

un homme qui va se déshabiller
une femme qui regarde

Un voyageur
qui retourne
partout

et l’étourderie
qui échappe à elle-même.

Mektoûb, dit le Maure,
nous tenons les nuages entre nos lèvres
et nous croyons voir Dieu dans notre souffle.

(Nathalie Handal)

 

Recueil: Anthologie des femmes poètes du monde arabe
Traduction: Maram al-Masri
Editions: Le Temps des Cerises

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« Il doit y avoir… » (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022



Illustration : Pierre Faure
    
« Il doit y avoir… »

Il doit y avoir une couleur à découvrir,
Un assemblage de mots caché,
Il doit y avoir une clef pour ouvrir
La porte de ce mur démesuré.

Il doit y avoir une île au Sud,
Une corde plus tendue et résonnante,
Une autre mer qui nage dans un autre bleu,
Une autre hauteur de voix qui chante mieux.

Poésie tardive toi qui n’arrives
A dire pas même la moitié de ce que tu sais :
Ne te tais pas, si possible, ne renie pas
Ce corps de hasard où tu ne tiens pas.

***

«Há-de haver…»

Há-de haver urna cor por descobrir,
Um juntar de palavras escondido,
Há-de haver urna chave para abrir
A porta deste muro desmedido.

Há-de haver uma ilha mais ao sul,
Urna corda mais tensa e ressoante,
Outro mar que nade noutro azul,
Outra altura de voz que melhor cante.

Poesia tardía que não chegas
A dizer nem metade do que sabes:
Não calas, quanto podes, nem renegas
Este corpo de acaso em que não cabes.

(José Saramago)

 

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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ÉLOGE DU LOINTAIN (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2022




    
ÉLOGE DU LOINTAIN

Dans la source de tes yeux
vivent les nasses des pêcheurs de la mer délirante.
Dans la source de tes yeux la mer tient sa parole.

J’y jette,
coeur qui a séjourné chez des humains,
les vêtements que je portais et l’éclat d’un serment :

Plus noir au fond du noir, je suis plus nu.
Je ne suis, qu’une fois renégat, fidèle.
Je suis toi, quand je suis moi.

Dans la source de tes yeux
je dérive et rêve de pillage.

Une nasse a capturé dans ses mailles une nasse :
nous nous séparons enlacés.

Dans la source de tes yeux
un pendu étrangle la corde.

(Paul Celan)

Recueil: Choix de poèmes
Traduction: Jean-Pierre Lefebvre
Editions: Gallimard

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Boire à la bouteille (James Sacré)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2022



 Illustration: Joan Miro  
    
Boire à la bouteille
je sais plus où dans
le haut d’un champ
fait chaud les
jambes çа tient bon
ça fait du bien par
où qu’ça passe.

Bouteille qu’on sort de
quel souvenir buisson
braguette ou quoi d’autre
poème pour on voudrait
rien désir ou tendresse
donner boire
t’en veux ?

(James Sacré)

Recueil: Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (Comme)
Traduction:
Editions: Le Castor Astral & Le Noroît

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Si c’était la lumière (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2022




    
Si c’était la lumière qui tenait la plume
l’air même qui respirait dans les mots,
cela vaudrait mieux.

(Philippe Jaccottet)

Recueil: L’encre serait de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cela (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2022



Illustration
    
cela
comment le nommer
comment l’inscrire
en un poème

cela
qui fissure
chaque instant
me coupe
du quotidien
vide de sa substance
ce qui m’est accordé

cela
qui me porte
me jette en affamé
à la rencontre de la vie
fait monter
au-devant de mes pas
cette lumière
que je ne peux atteindre

cela
qui me tient
en exil
qui m’embrase
brûle mon sang
d’une telle avidité

cela
comment le nommer
le traduire
comment répandre
son feu dans mes mots

(Charles Juliet)

Recueil: Pour plus de lumière anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce n’est plus cette lourdeur (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2021



Illustration: Laurent Fièvre
    
Ce n’est plus
cette
lourdeur enfoncée
avec toi parfois dans
l’heure. C’est une lourdeur
autre.
C’est le poids qui retient le vide
qui avec
toi s’en irait.
Ça n’a, comme toi, pas de nom. Peut-être
êtes-vous la même chose. Un jour peut-être
toi aussi, tu m’appelleras
ainsi.
RESTER LÀ, TENIR, dans l’ombre de la cicatrice en l’air.
Rester là, tenir pour-personne-et-pour-rien . Non-connu de quiconque,
pour toi
seul.
Avec tout ce qui en cela possède de l’espace, et même sans la
parole.

(Paul Celan)

Recueil: Choix de poèmes
Traduction: Jean-Pierre Lefebvre
Editions: Gallimard

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SOMEWHERE – WEST SIDE STORY (West Side Story)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2021




    
SOMEWHERE – WEST SIDE STORY

Il existe un endroit pour nous,
Quelque part, un endroit pour nous.
Paisible et tranquille, en plein air
Nous attend
Quelque part.

Il existe un temps pour nous,
Un jour, un temps pour nous,
Du temps pour nous, à partager,
Du temps pour apprendre, du temps pour nous,
Un jour !

Quelque part.
Nous trouverons une nouvelle façon de vivre,
Nous trouverons un moyen de pardonner
Quelque part…

Il existe un endroit pour nous,
Un temps et un endroit pour nous.
Tiens-moi par la main, nous y sommes presque.
Prends ma main, je t’y amènerai
D’une manière ou d’une autre,
Un jour,

Quelque part !

(West Side Story)

***

WEST SIDE STORY – SOMEWHERE L

There’s a place for us,
Somewhere a place for us.
Peace and quiet and open air
Wait for us
Somewhere.

There’s a time for us,
Some day a time for us,
Time together with time to spare,
Time to learn, time to care,
Some day!

Somewhere.
We’ll find a new way of living,
We’ll find a way of forgiving
Somewhere . . .

There’s a place for us,
A time and place for us.
Hold my hand and we’re halfway there.
Hold my hand and I’ll take you there
Somehow,
Some day,

Somewhere!

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