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Poésie

Posts Tagged ‘ténu’

Comme un naufragé (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



    

Comme un naufragé indemne je me retourne
et je vois derrière moi, attendris
par le passé, des océans de rares
violettes, de primevères silencieuses.
Mais ce paysage de jeunes pousses azurées
que le clair Avril adoucissait
est déjà un songe plus lointain que le ciel.

Le temps se dissipe sans vague :
papillons aux vols pudiques,
fleurs violentes, paix hérissée…

Et saurais-je encore m’effrayer si
un son désaccordait la musique ténue
des champs ? Lever les yeux comme un enfant
angoissé par les gouffres célestes
que voile le cours paisible des nuages ?
Et si dans l’azur aride
l’irascible rossignol exhalait son chant diurne
je l’écouterais avec ferveur, mais sans espoir.
Je ne rêve pas, je ne veille pas…

***

Corne un naufrago incolume mi volgo
e vedo, inteneriti dal passato,
alle mie spale, oceani di rare
viole, di silenziose primule.
E già un sogno lontano più del cielo
il paesaggio di germogli azzurri
che il trasparente Aprile intiepidiva.

Il tempo è dileguato senza moto:
le farfalle che volano pudiche,
i fiori violenti, l’irta quiete…

E so ancora atterrirmi ad un accento
che disaccordi con la fioca musica
dei campi? Alzare il capo, puerilmente,
angosciato dai baratri celesti
tra i veli tranquilli delle nuvole?
Se l’iroso usignolo nell’azzurro
arido, esala i suoi canti diurni,
lo ascolto ardente, ma non ho speranza.
Io non sogno, non veglio…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS
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Une nuit d’été (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



    

Une nuit d’été
— la porte et la fenêtre
de ma maison étaient ouvertes
la mort entra dans ma maison.
De sa couche elle s’approcha
— sans même me regarder,
de ses doigts très fins
elle brisa
une chose si ténue.
Muette et sans me regarder
la mort passa de nouveau
devant moi. Qu’as-tu fait?
La mort ne répondit pas.
Ma petite fille demeura tranquille,
mon coeur plein de douleur.
Ah! ce que la mort a brisé
était un fil entre nous deux!

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Combien désiré combien doux ce murmure (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Combien désiré combien doux
ce murmure trop ténu
auquel je donne voix
en me creusant
dans mon silence

puis lourds
encore aveugles
encore mêlés
à tous cet humus
où ils prenaient vie
les mots qui montent affluent
s’inscrivent sur la page

ces mots que j’enfante
et qui me donnent le jour

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Le soleil (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018




    
Le soleil — c’était toi — disparaît,
un voile le dérobe à mes yeux,
Mais quand la lune vient trouer de sa clarté
la trame ténue des nuages,
C’est ton visage, et lui seul,
qui sous le voile maintenant resplendit.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Signe (Jacques Ceaux)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



 

Signe

Un signe
qui éclot fin
comme un sanglot

l’air de dire
retenu
ficelle de sens

espoir ténu
sourire timide
sur peut-être.

(Jacques Ceaux)

 

 

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Au creux de la nuit (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



 


    
Au creux de la nuit tout dort
parfois un semblant de souffle intermittent
une série de craquements ténus
interfèrent avec le ronron du réfrigérateur
mais dans l’obscurité profonde du couloir
persiste ce point luminescent
dont la source demeure inconnue

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Double invention (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Double invention

Lorsque la rose qui nous émeut
chiffre les termes du voyage
lorsque dans le temps du paysage
s’efface le mot qui dit neige,

un amour nous reconduira
jusqu’à la barque du passage,
et dans ces lèvres sans message,
ton signe ténu s’éveillera.

Je suis en vie car je t’invente,
alchimie d’aigle dans le vent
au ras du sable et la pénombre,

toi dans cette veillée tu animes
l’ombre avec laquelle tu m’éclaires
et le murmure qui m’imagine.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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En vous attendant (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    

En vous attendant
j’ai confectionné un bijou d’écume
que je porte à mon front comme un diadème arc-en-ciel
reine dans ma solitude
et pourtant je n’avais pas prévu de
vivre en solo près du rien

Étrange timbre du frigo
note ténue dans le silence
où vos voix joyeuses ne font pas tapage
mais le chant des oiseaux et le prélude
du muezzin à la nuit rendent cette idée moins absurde
vivre en solo près du rien

Je joue mon rôle dans votre univers
et vous dans le mien
Ne m’oubliez pas
A chacun sa complétude
même si vous n’aviez pas prévu de
vivre en solo près du rien

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Que dire ? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018




    
Que dire ?

Que dire
Des trouées de l’âme
De la glisse des pensées
Des dérapages du sens

Que dire
Du corps qui se rénove
Par la grâce d’une parole
Le secours d’une caresse
La saveur d’une malice

Que dire
Des jours si vivaces
Des heures si ténues
De la geôle des mots
De l’attrait du futur

Que dire
De l’instant
Tantôt ennemi
Tantôt ami ?

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Toi si fragile (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Klaus Kampert
    
Toi si fragile

Toi si fragile enfin tu te ressembles
comme ce mot léger, si pur qu’il tremble
et se refuse à la bouche, à l’oreille
et va mourir, écume sur la grève.

Tu ressentais cela quand, dès l’enfance,
tu mariais la cerise et la fraise
et n’osais pas manger tant de beauté.

Tremble ta voix comme feuille d’automne.
Des dieux ténus se penchent sur ta vie.

Tu ne peux plus déchirer une lettre
par peur d’entendre un long cri de souffrance.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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