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Poésie

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D’où vient cette cascade de mots quand tu écris (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2019



Illustration: Arno Rafael Minkkinen 
    
D’où vient cette cascade
De mots quand tu écris
Où roule cette rivière
Au creux de ta main nue

Qu’est-ce qui s’enracine
Ici lorsque tu pries
Quel est donc ce silence
Où se forme l’épi

D’où vient ce vent ténu
Toutes fenêtres closes
Qui ouvre ce passage
Ce jour entre les lauzes

Quel est ce cri muet
Que la joie perpétue
Qu’est-ce qui chante encore
Même quand la voix s’est tue

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres
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Une douleur se plaint (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018



    

Une douleur se plaint
de ne pouvoir se dire

Halo tremblant
autour du corps

Reptation lente
à ras sous la peau

Sans lieu
souffrant d’ errer

Si proche cependant
nodosité mouvante
étranglement d’être

Stase opaque
aux frontières
d’un lacis d’angoisses

Vacille ténue
reflue se retire
épuisée
de n’ avoir su désigner
la vérité qu’elle recelait

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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LE FIL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
LE FIL

Seule la vierge connaît l’histoire de la vie,
Le mythe implicite dans le bourgeon soyeux
Dont les feuilles sont les pages jamais ouvertes du coeur.

Les filandres de son rêve flottent dans la nuit;
Leurs fils fragiles portent la somnambule
(Que nul n’éveille ma bien-aimée, ou elle est perdue).

Quand l’ange est venu elle connaissait son visage
Et à une question étrange de l’étranger
Elle donna la réponse de tout temps prédestinée.

Les jeunes araignées tissent d’abord des toiles parfaites
Puis avec l’âge leur travail devient moins sûr.
La vieillesse tisse des haillons, des lambeaux, des loques.

Mater Dolorosa, à la fin d’un mythe usé,
Se souvenant du passé, mais non du futur,
A perdu son fil, telle une vieille araignée.

Car le temps nous défait, l’obscurité efface
Les figures du rouet nocturne de Pénélope.
Les étoiles qui tournent cassent les fils ténus de la rêverie
Et la vieille fileuse emmêle ses écheveaux de mort.

***

THE CLUE

Only the virgin knows the life story,
The myth implicit in the silk-spun bud
Whose leaves are the unopened pages of the heart.

The gossamer of her dream frets out across the night;
Its fragile thread upholds the somnambulist —
(Let none awaken my beloved, or she is lost)

When the ange’ came, she knew his face
And to the stranger asking a strange thing
Gave the answer predestined before time.

Young spiders weave at first their perfect webs,
Later, less certain, they weave worse.
Old age spins tattered cobwebs, rags and shreds.

Mater Dolorosa, at the end of a spent myth,
Remembering the part, but not the future,
Has lest ber due, like an old spider,

For time undoes us, darkness defaces
The figures of Penelope’s night loom.
Revolving stars wind up the tenuous threads of day-dream
And the old spinner ravels skeins of death.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Si loin – (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Si loin —
Hors de la nuit,
Nous avons voyagé, toi et moi,
Pour nous rencontrer sur cet astre ténu.
Notre destin choisi,
Récompense et seul désir
Tout ce qu’avons perdu.

***

So far
Out of the night
We travelled, you and I,
To meet on this small star.
Our chosen fate,
Our meed and sole desire
All we have lost.

(Kathleen Raine)

Illustration: Jean-Luc Ollivier

 

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Comme un naufragé (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



    

Comme un naufragé indemne je me retourne
et je vois derrière moi, attendris
par le passé, des océans de rares
violettes, de primevères silencieuses.
Mais ce paysage de jeunes pousses azurées
que le clair Avril adoucissait
est déjà un songe plus lointain que le ciel.

Le temps se dissipe sans vague :
papillons aux vols pudiques,
fleurs violentes, paix hérissée…

Et saurais-je encore m’effrayer si
un son désaccordait la musique ténue
des champs ? Lever les yeux comme un enfant
angoissé par les gouffres célestes
que voile le cours paisible des nuages ?
Et si dans l’azur aride
l’irascible rossignol exhalait son chant diurne
je l’écouterais avec ferveur, mais sans espoir.
Je ne rêve pas, je ne veille pas…

***

Corne un naufrago incolume mi volgo
e vedo, inteneriti dal passato,
alle mie spale, oceani di rare
viole, di silenziose primule.
E già un sogno lontano più del cielo
il paesaggio di germogli azzurri
che il trasparente Aprile intiepidiva.

Il tempo è dileguato senza moto:
le farfalle che volano pudiche,
i fiori violenti, l’irta quiete…

E so ancora atterrirmi ad un accento
che disaccordi con la fioca musica
dei campi? Alzare il capo, puerilmente,
angosciato dai baratri celesti
tra i veli tranquilli delle nuvole?
Se l’iroso usignolo nell’azzurro
arido, esala i suoi canti diurni,
lo ascolto ardente, ma non ho speranza.
Io non sogno, non veglio…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Une nuit d’été (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



    

Une nuit d’été
— la porte et la fenêtre
de ma maison étaient ouvertes
la mort entra dans ma maison.
De sa couche elle s’approcha
— sans même me regarder,
de ses doigts très fins
elle brisa
une chose si ténue.
Muette et sans me regarder
la mort passa de nouveau
devant moi. Qu’as-tu fait?
La mort ne répondit pas.
Ma petite fille demeura tranquille,
mon coeur plein de douleur.
Ah! ce que la mort a brisé
était un fil entre nous deux!

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Combien désiré combien doux ce murmure (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Combien désiré combien doux
ce murmure trop ténu
auquel je donne voix
en me creusant
dans mon silence

puis lourds
encore aveugles
encore mêlés
à tous cet humus
où ils prenaient vie
les mots qui montent affluent
s’inscrivent sur la page

ces mots que j’enfante
et qui me donnent le jour

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Le soleil (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018




    
Le soleil — c’était toi — disparaît,
un voile le dérobe à mes yeux,
Mais quand la lune vient trouer de sa clarté
la trame ténue des nuages,
C’est ton visage, et lui seul,
qui sous le voile maintenant resplendit.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Signe (Jacques Ceaux)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



 

Signe

Un signe
qui éclot fin
comme un sanglot

l’air de dire
retenu
ficelle de sens

espoir ténu
sourire timide
sur peut-être.

(Jacques Ceaux)

 

 

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Au creux de la nuit (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



 


    
Au creux de la nuit tout dort
parfois un semblant de souffle intermittent
une série de craquements ténus
interfèrent avec le ronron du réfrigérateur
mais dans l’obscurité profonde du couloir
persiste ce point luminescent
dont la source demeure inconnue

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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