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Il n’y a pas de fin heureuse (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



Illustration
    
Il n’y a pas de fin heureuse.

Au milieu,
le bonheur est improbable
et s’il survient,
il a presque toujours les yeux bandés.

À la fin,
les yeux n’ont pas besoin de bandeaux
pour ne pas voir.

Ne pas voir et ne pas être heureux
composent l’ultime équation.
Les autres équations possibles
tombent derrière la pensée
comme si un terrain plus fertile
les eût attendues là.

Il n’y a pas de fin heureuse.
La place du bonheur
a été occupée par un appel.
Et on ne sait même pas
si l’appel s’entend jusqu’à la fin.

***

No hay final feliz.

En el medio,
la felicidad es improbable
y si aparece
tiene casi siempre los ojos vendados.

Al final,
los ojos no necesitan vendas
para no ver.
No very no ser feliz

componen la última ecuación.
Las otras ecuaciones posibles
se caen detrâs del pensamiento,
como si alti las aguardara
un terreno más fértil.

No hay final feliz.
El lugar de la felicidad
lo ha ocupado un llamado.
Y ni siquiera sabemos
si el llamado se oye hasta el final.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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SILENCE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Stéphane Pencréac’h
    
SILENCE

Il s’étale, effrayant: c’est la mer murmurante,
C’est un champ infini de toutes parts neigeux.
C’est la Mort déguisée attrapant mes cheveux,
Chagrine et qui fait peur. La Mort caracolante.

Je dépose à ses pieds mon âme pantelante.
Mon coeur bat-il encor? Je l’écoute, anxieux.
Musique monotone… et pourtant — justes cieux ! —
J’aime l’entendre vivre au sein de ma tourmente.

Je marche, dirait-on, sur un frêle terrain.
Quand le sol se défait sous mon pied incertain,
Je prétends résister comme fou qui s’éveille.

Puis je baisse la tête au comble de l’émoi.
Car la vase, déjà, vient boucher mon oreille.
Interdit, je me rends. Qu’adviendra-t-il de moi?

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Noircir les pages jusqu’à épuisement des mots (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



 

Noircir les pages jusqu’à épuisement des mots
et surgissement de ce personnage que je vois pour la première fois
Je ne connais pas son nom
inutile de le lui demander
il ne sait pas écrire
il ne sait pas parler non plus
il sait seulement qu’il est né du contact de la plume et du papier
du voisinage de deux mots que le hasard a mis côte à côte
il se laisse faire lorsque je l’installe au milieu de la ligne entre un verbe et un objet
mais l’écarte un rien lorsqu’il essaie d’occuper tout le terrain
et fais la sourde oreille lorsqu’il tente de m’entraîner dans l’action
j’ai décidé d’être seule maître du jeu

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Misha Gordin

 

 

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Au milieu des terrains désertés (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




    
Au milieu des terrains désertés
parmi la suie des soies brûlées
auprès de la bourse des valeurs
non loin des piliers du crépuscule
sous le cadran des équinoxes
par-delà les gelées blanches du temps
au fond de l’oeil des quatre coins
au centre du métropolitain

il y a les citernes

(Raymond Queneau)

 

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Sur un terrain couvert de mines (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017



 

sur un terrain couvert de mines
des centaines d’arbres
couverts de bourgeons

(Abbas Kiarostami)

 

 

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La chanson d’un soir de tempête (Maurice du Plessys)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



 

Salvador Dali __vieillard crépusculaire

La chanson d’un soir de tempête

J’ai sablé le vin, j’ai humé les roses ;
J’ai cueilli la fleur du plus beau baiser :
Je ne trouve plus au fond de ces choses
De quoi me griser…

Les jours ont brillé sur ma tête pâle
Sans m’apprendre rien du Tout qu’il y a :
Mon coeur m’apparaît comme sort d’un châle
Un camélia…

Jeunesse, éclair ! jours enfuis comme un rêve !
Flambeaux morts de gloire en cendre à mes pieds,
Le Temps vous a pris comme un aigle enlève
Les sanglants ramiers !

A mes pieds, des flots ô plèbe insultante !
Du lâche Destin prête-nom menteur !
Arrière, Avenir qu’attend sous la tente
Achille et mon coeur !

Passions, passé, crache ça, mon âme,
Comme ces hauts cieux d’éclairs déchirés
Vident par cent trous dans les eaux leur flamme :
Homme, ici mourez !

Non, vivons ! Mais si, dans l’atroce lutte,
Je dois au vain flot céder le terrain,
A ma lèvre expire en silence, Ô flûte
Morte dans l’airain !

(Maurice du Plessys)

Illustration: Salvador Dali

 

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A quel rivage veux-tu atteindre, ô mon coeur ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    
A quel rivage veux-tu atteindre, ô mon coeur ?
Il n’y a aucun voyageur devant toi.
Il n’y a pas de route.
Où est l’action, où est le repos sur ce rivage ?

Il n’y a pas d’eau : aucun bateau, aucun marin ne sont en vue.
Il n’y a pas même de corde pour hâler le bateau, ni d’homme pour la tirer.
Ni terre, ni ciel, ni temps; rien n’y existe : ni fleuve, ni rive.

Il n’y a là, ni corps, ni esprit
et où pourrais-tu y apaiser la soif de ton âme ?
Tu ne trouverais rien dans ce néant.

Sois fort et rentre en toi-même.
Là tu seras sur un terrain solide.
Considère ceci, ô mon coeur !
Ne va pas ailleurs.

Kabîr dit : « Rejette toute imagination et
affermis-toi dans ce que tu es. »

(Kabîr)

 

 

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La dispute (Stanley Kunitz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



La dispute

Les mots que j’ai dits en colère
pèsent moins qu’une graine de persil,
mais une route passe par eux
qui mène à ma tombe,
ce terrain acheté et payé
sur une colline saupoudrée de sel à Truro
où les pins de Virginie
surplombent la baie.
À mi-chemin je suis assez mort,
éloigné de ma propre nature
et de ma féroce emprise sur la vie.
Si je pouvais pleurer, je pleurerais,
mais je suis trop vieux pour être
l’enfant de quelqu’un.
Liebchen,
avec qui me disputerais-je
sinon dans le sifflement de l’amour,
cette flamme âpre et irrégulière.

***

The Quarrel

The word I spoke in anger
weighs less than a parsley seed,
but a road runs through it
that leads to my grave,
that bought-and-paid-for lot
on a salt-sprayed hill in Truro
where the scrub pines
overlook the bay.
Half-way I’m dead enough,
strayed from my own nature
and my fierce hold on life.
If I could cry, I’d cry,
but I’m too old to be
anybody’s child.
Liebchen,
with whom should I quarrel
except in the hiss of love,
that harsh, irregular flame?

(Stanley Kunitz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Les mauvais jours (Jean Orizet)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2016



Les mauvais jours

Que mon bonheur porte ton nom,
Que tes yeux rongent mon espace,
Que je sois ton terrain conquis.

Ainsi deviendrons-nous
Cette rose unique
A jamais sauvée
Du long dessèchement.

Ainsi pourrons-nous vivre
Sans faiblir au cœur
Des foules grimaçantes
Et soutenir la lumière crue
Des mauvais jours.

(Jean Orizet)

Illustration: Andrei Protsouk

 

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« JE » SONT TOUS LES AUTRES (René Laporte)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



« JE » SONT TOUS LES AUTRES

Je suis là, mais ma pensée est ailleurs. J’attends
Devant cette porte cadenassée, mais c’est un autre qui se tient là à ma place.
Loin, très loin, les chalands amarrés, les navires prêts à partir,
Et cette armoire quelque part où le linge a une odeur de coings et d’automne.

Il fait bon, oui, il fait bon rester ainsi aux fenêtres
Et voir le jour qui monte comme une plante neuve de la terre.
Il y a les oiseaux qui essaient le vol comme une forme plus pure.
Et cette course joyeuse de l’homme qui s’avance vers son destin.

O, ne me demandez pas :
A quoi bon tout cela ?
Il y a encore des terrains vastes, il y a encore des maisons à bâtir,
Et des hommes qui n’ont jamais mangé à leur faim
Et la vie et le soleil qu’on soupçonne parmi eux.

Ce sont des paroles simples à la portée de tout le monde,
Pas même la peine de les chercher dans un dictionnaire :
Le droit au repos ; le droit au travail. se promener
Dans un beau parc lumineux. ouvrir une terrasse au grand air, un poème.

Faut-il briser le cœur de l’homme comme la surface
D’une rivière glacée pour trouver une onde claire ?
Je dis cela ou autre chose. J’attends
Devant cette porte, mais c’est un autre qui attend à ma place.

(René Laporte)

Illustration: Mustapha Merchaoui

 

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