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Poésie

Posts Tagged ‘terre’

CONCERT DANS LE JARDIN (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



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CONCERT DANS LE JARDIN

Il a plu.
L’heure est un oeil immense.
En elle nous marchons comme des reflets.
Le fleuve de la musique
entre dans mon sang.
Si je dis : corps, il répond : vent.
Si je dis : terre, il répond : où?

S’ouvre, fleur double, le monde :
tristesse d’être venu,
joie d’être ici.

Je marche perdu en mon propre centre.

(Octavio Paz)

 

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Quarante ans (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



Quarante ans

Je connais peu ma vie. Je ne l’ai jamais vue
S’éclairer dans les yeux d’un enfant né de moi.
Pourtant j’ai pénétré le secret de mon corps. O mon corps !
Toute la joie, toute l’angoisse des bêtes de la solitude
Est en toi, esprit de la terre, ô frère du rocher et de l’ortie.
Comme les blés et les nuages dans le vent.
Comme la pluie et les abeilles dans la lumière,
Quarante ans, quarante ans, mon corps, tu as nourri
De ton être secret le feu divin du Mouvement :
Tu ne passeras pas avant le mouvement de l’univers.
Que le son de ton nom inutile et obscur
Se perde avec le cri du dormeur dans la nuit ;
Rien ne saurait te séparer de ta mère la terre.
De ton ami le vent, de ton épouse la lumière.
Mon corps ! tant que deux cœurs séparés, égarés ,
Se chercheront dans les vapeurs des cascades du matin.
Tant qu’un douzième appel de midi vibrera pour réjouir
La bête qui a soif et l’homme qui a faim ; tant que le loriot.
L’hôte des sources cachées, renversera sa pauvre tête
Pour chanter les louanges du Père des forêts ; tant qu’une touffe
De myrtil noir élèvera ses baies pour leur faire respirer
L’air de ce monde, quand l’eau de soleil est tombée,
errante poussière ! ô mon corps ! tu vivras pour aimer et souffrir.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration

 

 

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Ô POÉSIE — JE T’AI TANT DEMANDÉ… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Ô POÉSIE — JE T’AI TANT DEMANDÉ…

Ô Poésie — je t’ai tant demandé !
Terre de personne, celle où j’habite.
Je ne sais plus qui je suis — moi qui survécus
Quand le roi fut tué et le royaume partagé.

***

Ó POESIA — QUANTO TE PEDI..

Ó Poesia — quanto te pedí !
Terra de ninguém é onde eu vivo
E nao sei quem sou — eu nâo morri
Quando o rei foi morto e o reino dividido.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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La terre me fait un signe secret (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Illustration: Françoise Martin-Marie
    
La terre
me fait
un signe secret
et me dit Adieu

Je lui réponds
Au revoir

***

Die Erde
gibt mir
ein geheimes Zeichen
und sagt ade

Ich antworte
auf Wiedersehen

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Etudes (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




    
Etudes

Études monotones
la litanie de la pluie
réveille le sommeil il roule
sur des cordes dans ma
conscience d’un
pas sourd
marchent
des régiments morts
à travers mon cerveau
sans nom sans visage
le temps
pleure une marche funèbre
face au juge inconnu
je lève ma main jurant
mon innocence
je ne suis
qu’une
goutte
coulant
dans la bouche
de la terre assoiffée

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Entre les pôles du conscient et de l’inconscien (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 

    
Entre les pôles du conscient et de l’inconscient,
l’esprit se balance.
A cette balançoire sont suspendus tous les êtres et tous les mondes ;
et cette balançoire ne cesse jamais de se balancer.

Des millions d’êtres y sont accrochés :
le soleil et la lune, dans leur course, s’y balancent.
Des millions d’âges passent et toujours la balançoire se balance.

Tout est balancé :
le ciel et la Terre et l’air et l’eau et le Seigneur Lui-même qui se personnifie :
Et la vue de tout ceci a fait de Kabîr le serviteur de son Dieu.

(Kabîr)

 

 

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A quel rivage veux-tu atteindre, ô mon coeur ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    
A quel rivage veux-tu atteindre, ô mon coeur ?
Il n’y a aucun voyageur devant toi.
Il n’y a pas de route.
Où est l’action, où est le repos sur ce rivage ?

Il n’y a pas d’eau : aucun bateau, aucun marin ne sont en vue.
Il n’y a pas même de corde pour hâler le bateau, ni d’homme pour la tirer.
Ni terre, ni ciel, ni temps; rien n’y existe : ni fleuve, ni rive.

Il n’y a là, ni corps, ni esprit
et où pourrais-tu y apaiser la soif de ton âme ?
Tu ne trouverais rien dans ce néant.

Sois fort et rentre en toi-même.
Là tu seras sur un terrain solide.
Considère ceci, ô mon coeur !
Ne va pas ailleurs.

Kabîr dit : « Rejette toute imagination et
affermis-toi dans ce que tu es. »

(Kabîr)

 

 

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Qu’avez-vous fait (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration: Benoit Colsenet
    
Qu’avez-vous fait, sinon
marcher sur terre énergumène.

Chercher un lieu

mais le voyage était sans fin.

Chercher quelqu’un. Mais c’était
à qui chercherait, sans prendre une autre main.

Même l’extrémité des branches
aurait été une patrie.

Perdus, vous vous en alliez avec la galaxie
mais vous serrez un mot qui vous est resté,
entendu par hasard au seuil d’une porte
comme reçoit une caresse un cheval solitaire.

Un mot
devenu
soleil et lieu.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Cœur pur (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration: Egon Schiele
    
Cœur pur

Je n’ai ni père, ni mère,
ni dieu, ni patrie,
ni berceau, ni linceul,
ni baiser, ni maîtresse.

Voilà trois jours que je ne mange
ni beaucoup ni peu.
Mes vingt ans, c’est ma puissance.
Mes vingt ans, je les vends.

Si personne ne les veut,
Que le diable les prenne.
le cœur pur je force les portes,
Et s’il faut, la mort j’apporte.

On m’attrape et on me pend,
En terre bénie on m’étend,
de la mort la mauvaise herbe
pousse sur mon cœur superbe.

(Attila Jozsef)

 

Recueil: Le mendiant de la beauté
Traduction: Francis Combes, Cécile Guichard, Georges Kassai
Editions: Le temps des cerises

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Le semeur (Norge)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017


Le semeur

Il jeta toutes ses graines, sauf la dernière.
La terre les recevait dans sa grande lèvre de chaleur et d’humidité.
La dernière graine, il la tenait au creux de sa main.
La terre ne l’aurait pas tout de suite.
C’est si bon, disait-il, de tenir une petite forêt dans le creux de la main.

(Norge)


Illustration: Vincent Van Gogh

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