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Poésie

Posts Tagged ‘terre’

La Femme de Loth (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Marvin Haye

La Femme de Loth

La femme de Loth regarda en arrière,
et elle devint une statue de sel
Genèse 19, 2.6

Et le Juste marchait derrière l’ange de Dieu
Immense et lumineux sur la montagne noire
Mais la détresse parlait fort à sa femme:
Non, il n’est pas trop tard, tu peux encore la voir
Ta Sodome natale, ses tours rouges,
La place où tu chantais, la cour où tu filais,
Et les fenêtres vides de la haute maison
Où tu as donné des enfants à ton mari bien aimé.
Elle se retourne — frappés soudain d’une douleur mortelle,
Ses yeux déjà s’aveuglent,
Et son corps se raidit, sel transparent,
Et ses jambes rapides dans la terre s’enracinent.

Qui pleurera cette femme ?
Quelle importance a-t-elle ?
Mais mon coeur, lui, jamais n’oubliera
Celle qui, pour un regard, donna sa vie.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Tu lèves les yeux (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




    
Tu lèves les yeux
sur un dernier
dahlia, frileux,

contre la murette,
tu t’approches
de lui, tu frôles
ses pétales, tu

voudrais que pour
toi, il refasse
le ciel et demande
à la terre de préparer

l’éveil des prochaines
ferveurs. Sois
le refrain qu’il
laisse entre les
couplets de l’existence,

sois ce qu’il fut
avant de s’éteindre.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Toute une après-midi (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




    
Toute une après-midi,
j’ai recopié des noms
de fleurs — il pleuvait,

il ventait, vrai temps
de chien. À la fin,
je ne savais plus, sous
ma main crispée,

si les longues listes
écrites étaient un
passe-temps sans
intention, sans but,

ou le prolongement de
ce corps inconnu que
je sentais frémir

en moi, avec toutes
les fleurs de la terre.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Printemps du corps (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Printemps du corps

Mon corps ici, mon corps ailleurs, mon corps
Ensoleillé par la mort et qui glisse
De source en fleuve et de fleuve en caresse
Pour se mêler à d’autres floraisons.

Que ma non-mort en ses terres vitales
Soit cet oiseau, ce poisson, ces parures
De fleurs et d’ors dans le jardin des mots
Et que ma nuit ne soit qu’une apparence.

Ma bouche parle en d’intenses corolles,
Mon oeil regarde au-delà du rosier,
Mes bras unis sont rives de l’étang
Où nénuphar je chante au ras des eaux.

Ainsi mes mains, les ultimes semeuses,
Sont la semence éparse du blé noir
Et mon échine à tous les vents frissonne
La mort en moi, la mort qui danse encore.

Ce doux pollen aux ailes de l’abeille :
Un peu de moi. Ce bourgeon qui s’entrouvre :
Mon vieux délire ici ressuscité
Par le savoir infini de l’aurore.

Mon corps en moi, mon corps en vous, mon corps,
Cette parcelle éminente du jour,
Pour t’affranchir frère de la durée
Et composer la musique des gestes.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

 

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Saperlipopette (Christian Moncelet)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Saperlipopette

Saperlipopette ! Saperlipopette !
Le clair juron que celui-ci
comme une fleur criarde
aux lèvres d’un printemps !

Saperlicoquette ! Saperlicoquette !
dit l’oiseau qui voit tant de rose
sur les tendres joues de l’aurore !

Saperlipompette ! Saperlipompette !
dit mon cœur qui voit tant de rouge
sur le nez solaire d’un ciel
ivre d’été dès le matin

Saperlipoprette ! Saperliproprette !
dit le ciel en voyant la terre
se laver à grande eau de pluie.

Et toi qui lis présentement
mes mots en jeu mes mots en joie
Tu dois te dire en souriant :
Saperlipoète ! Saperlipoète !

(Christian Moncelet)


Illustration

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Le jour, l’étrange c’est le ciel (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Yannick Bouchard -   - (6)

Le jour, l’étrange c’est le ciel ;
la nuit, la terre est l’étrange.
L’un et l’autre me cherchent,
oh corps, oh âme !

Le jour, c’est la terre qui est en fleur ;
la nuit, en fleur, c’est le ciel.
L’un et l’autre me trouvent,
ô âme, ô corps !

***

De día, el estraño es el cielo;
de noche, es la tierra la estraña.
Iguales me buscan,
¡oh cuerpo, oh alma!

De día, la tierra es la en flor;
de noche, el en flor es el cielo.
Iguales me encuentran,
¡oh alma, oh cuerpo!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Yannick Bouchard

 

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Pesanteur et tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



 

Illustration
    
Pesanteur et tendresse, vos signes sont les mêmes, ô sœurs.
La rose pesante est sucée par guêpes et abeilles.
L’homme agonise. Du sable reflue la chaleur,
Et sur de noirs brancards on emporte l’ancien soleil.

Ah, lourds rayons de miel et tendres rets!
Plus légère est la pierre que ton nom sur mes lèvres.
Il me reste au monde qu’un souci désormais,
Un souci d’or : épuiser le fardeau du temps, sa fièvre.

L’air est trouble, je le bois comme une eau qui s’obscurcit.
On laboure le temps, et même la rose fut terre.
Dans un lent tourbillon les lourdes, tendres roses ainsi,
Les roses pesanteur et tendresse doublement se tressèrent.

***

(Ossip Mandelstam)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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LES ÎLES FORTUNÉES (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



LES ÎLES FORTUNÉES

Quelle voix se glisse dans le bruit des vagues
Qui n’est pas la voix de la mer ?
C’est la voix de quelqu’un qui nous parle,
Mais qui, si nous prêtons l’oreille, se tait,
Du seul fait que nous ayons prêté l’oreille.

Et c’est seulement si, dans un demi-sommeil,
Sans la moindre conscience d’entendre nous entendons,
Qu’elle nous vient alors murmurer l’espérance
À laquelle, tel un enfant
Qui dort, tout en dormant nous sourions.

Ce sont des îles fortunées,
Ce sont des terres de nulle part,
Où séjourne le Roi dans l’attente.
Mais, si nous commençons à nous réveiller,
La voix se tait, il n’y a que la mer.

***

AS ILHAS AFORTUNADAS

Que voz vem no som das ondas
Que não é a voz do mar?
É a voz de alguém que nos fala,
Mas que, se escutamos, cala,
Por ter havido escutar.

E só se, meio dormindo,
Sem saber de ouvir ouvimos,
Que ela nos diz a esperança
A que, como uma criança
Dormente, a dormir sorrimos.

São ilhas afortunadas,
São terras sem ter lugar,
Onde o Rei mora esperando.
Mas, se vamos despertando,
Cala a voz, e há só o mar.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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Une rangée d’arbres (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




Une rangée d’arbres tout là-bas, là-bas vers les coteaux.
Mais qu’est-ce qu’une rangée d’arbres ? Il y a des arbres,
c’est tout.
Rangée et le pluriel arbres ne sont pas des choses, ce sont des noms.

Pitoyables, les âmes humaines, elles qui mettent tout en ordre,
Qui tracent des lignes de chose à chose,
Qui mettent des pancartes portant des noms sur les arbres absolument réels,
Et qui dessinent des parallèles de latitude et longitude
Sur la terre même, la terre innocente et plus verte et fleurie
que tout ça !

(Fernando Pessoa)

Illustration: Claude Monet

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Chaque main (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Chaque main situe son nuage
dans un ciel différent
mais un jour elle le trouve
dans le ciel de tous.
Seulement alors elle peut redevenir
le morceau de terre promise
qu’elle était avant d’être main.
Seulement alors son nuage
pleuvra sur elle.

*

Cada mano coloca su nube
en un cielo distinto.
Pero un día la encuentra
en el cielo de todos.
Sólo entonces puede volver a ser
el pedazo de tierra prometida
que era antes de ser mano.
Sólo entonces su nube
lloverá sobre ella.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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